Monde / Société

Obama critiqué pour avoir parlé des violences commises au nom du christianisme

Temps de lecture : 2 min

Barack Obama prend la parole lors du «petit-déjeuner national de prière», le 5 février 2015. REUTERS/Kevin Lamarque
Barack Obama prend la parole lors du «petit-déjeuner national de prière», le 5 février 2015. REUTERS/Kevin Lamarque

Chaque année, le président américain parle religion lors du «petit-déjeuner national de prière», et jeudi dernier, Barack Obama en a profité pour dénoncer les violences perpétrées au nom de la foi. Il a particulièrement condamné l'Etat Islamique, qu'il a qualifié de «brutal culte de la mort qui commet des actes de barbarie épouvantables au nom de la religion».

Mais le président a aussi tenu à rappeler que ce genre de perversion de la foi n'est pas unique à l'islam.

«Plutôt que monter sur nos grands chevaux et dire que ce genre de choses n'arrive qu'ailleurs, souvenons nous que pendant les Croisades et l'Inquisition, les gens ont commis des actes terribles au nom du Christ. Dans notre propre pays, l'esclavage et la ségrégation ont trop souvent été justifiées au nom du Christ.»

C'est ce petit rappel historique que la droite américaine ne pardonne pas au président. De nombreux conservateurs y ont en effet vu une comparaison moralement douteuse dont le but serait de déculpabiliser les islamistes.

Pour l'ancien gouverneur de Virginie Jim Gilmore, les commentaires d'Obama «sont les propos prononcés par un président les plus insultants que j'ai jamais entendu de ma vie. Il a insulté tous les Chrétiens des Etats-Unis.»

Bobby Jindal, le gouverneur de Louisiane, en a profité pour accuser le président de ne pas être assez ferme contre le terrorisme islamiste:

«La menace chrétienne médiévale a été maîtrisée, M. le président. S'il vous plaît, occupez-vous de la menace de l'islam radical.»

Dans The Atlantic, le journaliste Ta-Nehisi Coates répond que la perspective historique mentionnée par Obama est importante, et qu'elle n'enlève en rien à la condamnation des horreurs de l'Etat Islamique.

Pour Coates, il est important de rappeler que particulièrement pendant l'esclavage, des Américains ont commis des actes barbares au nom de Dieu. Il cite le vice-président des Etats confédérés qui avait déclaré que c'est Dieu qui a créé l'homme noir inférieur à l'homme blanc, et que «la christianisation des tribus barbares d'Afrique» ne pouvait être accomplie que par l'esclavage. Dans un célèbre discours de défense de la ségrégation en 1963, le gouverneur d'Alabama George Wallace avait répété le mot dieu 27 fois, et décrit le gouvernement américain comme «l'opposé du Christ.»

«Le christianisme n'a pas “causé” l'esclavage, écrit Ta-Nehisi Coates. Mais les gens qui cherchent à avoir du pouvoir tentent presque systématiquement de sanctifier ce pouvoir. C'est ce que les terroristes musulmans de l'Etat Islamique font aujourd'hui, et c'est ce que les esclavagistes chrétiens et les terroristes chrétiens ont fait pendant une bonne partie de l'histoire américaine.»

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