Slatissime

L'île Maurice, une destination de luxe qui cherche à se démocratiser

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 08.02.2015 à 9 h 18

Les touristes viennent encore principalement de France, d'Allemagne, ou de Grande-Bretagne, mais le ministère du Tourisme se tourne aujourd'hui vers la Chine.

La plage de l'hôtel Le Morne

La plage de l'hôtel Le Morne

En 2001, on dénombrait 660.000 visiteurs étrangers sur l'île Maurice, le cap du million a été passé en 2014. La progression en 14 ans est saisissante, d’autant qu’il y a plus de 170 hôtels disséminés sur les plages mauriciennes, et qu’aux cinq étoiles haut de gamme (20 unités) s’est ajoutée une multitude de villas en location, de demeures et de résidences hôtelières d’un rapport qualité-prix quasi imbattable en France sauf pour Noël et le 31 décembre où il fait 30°C.

Il faut bien voir que l’île aux Cerfs ourlée de lagons turquoise a fondé sa notoriété sur une kyrielle de destinations cinq étoiles au nord, au sud, à l’est qui ont forgé l’image «high class» de Maurice, occupée l’hiver par des «rich and famous» et des people comme Alain Delon, Mireille Darc, Johnny Halliday, Nadine de Rothschild, Patrick Bruel, Chantal Goya, le photographe des stars Jean-Daniel Lorieux, Jean Dujardin, Pierre Perret, Jacques Chirac, client régulier du Royal Palm à Grand Baie: une sorte de paradis sur le sable, le ressourcement par 28°C dans la mer, la pêche au gros, des repas étoilés voire diététiques mitonnés par le chef lyonnais, MOF, Michel de Matteis, devenu résident mauricien.

Inventé en 1985, aménagé par Jean-Pierre Chaumard, formé au Ritz à 17 ans, hôtelier de génie, le Royal Palm, dirigé aujourd’hui par l’excellent Jacques Silvant –66 suites seulement depuis 2014– a été avec l’Hôtel Saint Géran et le Spoon, table réputée d’Alain Ducasse, les adresses phare de l’île aux pamplemousses comme à Cannes le Carlton et le Majestic ou à Deauville le Normandy et le Royal à proximité des fameuses planches. La grande hôtellerie, c’est du rêve.

A ces adresses incontournables de Maurice sont venues s’ajouter d’autres unités hôtelières de Beachcomber, groupe mauricien –le Paradis, le Dinarobin, le Mauricia...– dynamisées par une stratégie de conquête en Europe et aux Etats-Unis, un marketing appuyé par des campagnes de pub dans des magazines de luxe. Quoi de plus vendeur que ces images estivales sur papier glacé de plages de sable bien peigné, de mer d’huile et de langoustes façon créole servies sous les palmiers?

D’où cette profusion de destinations locales, le Club Med, et de chaînes hôtelières: Sun Resorts, Constance, Sofitel (deux adresses), St. Regis au Morne, le Four Seasons, le Hilton, le Shangri-La (Saint Géran) et Lux* Resorts & Hotels qui ont fait décoller l’offre touristique sur l’île. Il y a désormais une sorte d’embarras du choix, différencié par le prix des séjours et des nuitées –de 200 à 1.500 euros selon le standing des hôtels et la saison.

La France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne restent les pays leaders, suivis de la Suisse, de l’Autriche en Europe. Le potentiel de clientèle est énorme: l’Afrique du Sud, l’Inde, la Chine et le Japon sont des marchés à conquérir. Le seul hic, le vrai problème de l’île reste la limitation des vols internationaux.

Le nouveau ministre du Tourisme, Xavier-Luc Duval, a orienté la stratégie actuelle vers ces pays émergeants, la compagnie Emirates accomplit deux vols par jour en provenance de Dubaï, les tarifs en business sont plus avantageux que ceux d’Air Mauritius et Air France, mais au temps de vol de Paris il faut ajouter six heures, trois heures d’escale à Dubaï.

Hôtel Le Morne

Disons-le, le transport aérien demeure la clé de voûte du boom touristique à venir. Depuis 2013, une compagnie chinoise affiche des vols depuis Shanghai et le hôtels comptent de plus en plus de personels parlant mandarin et de cuisiniers chinois. 

Le nombre de touristes chinois à Maurice, 38.500, a augmenté de 80% de juillet 2013 à juillet 2014, c’est pourquoi Beachcomber, leader dans le secteur, vient d’ouvrir un bureau en Chine en partenariat avec la société chinoise JPK Express qui a des bureaux à Pékin, Shanghai et Guangzhou, et confirme que la Chine est devenue le marché le plus prometteur pour l’île.

Loin d’être saturée côté accueil et lieux de vie, l’île tropicale a généré une nouvelle catégorie d’investisseurs mauriciens tournés vers la mise en valeur des sites paradisiaques, face à l’océan Indien et d’autres destinations hors des frontières –une expansion bien conçue.

C’est le cas du groupe Lux* Resorts & Hotels, filiale d’un conglomérat coté en bourse, chercheur d’investissements locaux (bières, distribution, immobilier…) qui a créé un ensemble de six hôtels dont trois à Maurice, un aux Maldives, un autre à La Réunion, un autre en Chine, ce dernier est un véritable défi pour l’économie de la chaîne.

Comme souvent à Maurice, l’emplacement au bord de l’océan est capital, la mer bleu turquoise, un site enchanteur loin de toute urbanisation confèrent un charme irrésistible au Lux* Grand Gaube à l’est, au Lux* Belle Mare d’esprit colonial (coût 15 millions d’euros) et au Lux* Le Morne, au pied de cette montagne de 350 mètres (Morne Brabant) dominant une péninsule verdoyante classée par l’Unesco au sud-ouest de l’île, cet ensemble remarquable complète l’offre mauricienne de ce trio d’adresses nouvelles: multi-activités nautiques, pêche au gros, piscines d’eau douce, kid club, spa de classe mondiale et tables asiatique, italienne, marine (poissons frais et bar d’élevage mauriciens), et même un bistrot à la parisienne dirigé par un chef français, Alexandre Giraud venu de l’Institut Paul Bocuse à Lyon –tout cela façon buffets à volonté. Le restaurant thaï, trente places, est pris d’assaut le soir. Dîner à 50 euros environ.

Restaurant The Beach

La démocratisation touristique implique des unités de 150 à 200 chambres et suites afin de diversifier l’offre côté tarifs: au Lux* Belle Mare, douze villas privées et service majordome, au Lux* Le Morne, quinze suites junior. L’hôtellerie mauricienne sait décliner les types de séjours, du plus chic au plus modeste –c’est ce que Paul Jones, PDG de la chaîne, appelle «le luxe simple» ou «lighter, brighter». Qui ne rêve pas de dépaysement insulaire à un prix décent?

Ancien manager de Sun Resorts puis de One & Only Resorts, depuis quarante-trois ans impliqué dans le développement du tourisme mauricien, cet hôtelier mythique sur l’île a effacé les pertes du groupe Lux* et engrangé des profits en trois ans d’activité.

Y aura-t-il à court terme trop d’hôtels à Maurice? Pour la parenthèse de la fin de l’année et les vacances scolaires en Europe, sûrement pas. C’est le tourisme familial, sans glamour ni «beautiful people» qui va attirer de nouvelles couches de clientèle, notamment des Japonais et des Chinois qui rejoindront peut-être nombre de Français à la retraite ou pas qui ont choisi d’y vivre jusqu’à leur dernière heure, à l’ombre des palmiers. C’est mieux que la banlieue de Bruxelles, mais c’est plus loin –dans l’hémisphère sud.

Lux* Le Morne

Le Morne Plage, Île Maurice, à 1h15 de l’aéroport.

Tél. : +230 401 4000.

Chambres climatisées face à la mer à partir de 374 euros.

Trois restaurants dont The Kitchen, The Beach et l’East. Buffets et à la carte.

Spa, pêche au gros, sorties en mer.

Demi-pension conseillée, limousine à l’aéroport.

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Nicolas de Rabaudy
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