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«Dette allemande»: la Grèce n'est pas le seul pays européen à avoir été pillé par les nazis

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 07.02.2015 à 11 h 14

Repéré sur Der Spiegel, Deutsche Welle

Les crimes financiers commis par les nazis pendant la Seconde guerre mondiale restent assez méconnus

Queue à l'extérieur d'une soupe populaire, à Klostertorv à Aalborg en 1943 via Wikimedia Commons

Queue à l'extérieur d'une soupe populaire, à Klostertorv à Aalborg en 1943 via Wikimedia Commons

Depuis l'élection d'Alexis Tsipras (Syriza), le serpent de mer de la dette qu'aurait l'Allemagne envers la Grèce depuis la Seconde guerre mondiale s'agite de nouveau, comme nous le rappelions récemment sur Slate. Le nouveau Premier ministre grec compte présenter la facture des crimes nazis à l'Allemagne, faisant sienne une revendication très populaire en Grèce. Rien que le remboursement des 476 millions de Reichsmark que le Troisième Reich a extorqué à la banque nationale grecque en 1942 sous forme d'emprunts obligatoires s'élèverait à plusieurs milliards d'euros en comptant les intérêts, fait remarquer l'hebdomadaire Der Spiegel:

«Le service scientifique du Bundestag a évalué la valeur de l'emprunt à 8,25 milliards d'euros avec les intérêts en 2012. Un rapport du gouvernement grec avance la somme de 11 milliards. Cet ordre de grandeur suffirait à accorder ne serait-ce qu'une respiration à Tsipras.»

Mais la Grèce n'est pas le seul pays européen à avoir été pillé par les nazis, écrit Der Spiegel. En 1944, l'Allemagne nazie avait déjà dérobé 14 milliards de Reichmarks à la France, à la Belgique et au Danemark via des emprunts forcés de ce type.

Si les actes de barbarie commis par le Troisième Reich ont été largement documentés, les crimes financiers commis par les nazis restent assez méconnus:

«Presque tout le monde sait aujourd'hui que pendant la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne a pillé les territoires occupés avec une brutalité inconcevable. Mais en plus de déporter, de mettre au travail forcé, d'exproprier et de laisser mourir de faim des millions de personnes, les nazis usaient d'une politique de vol encore plus subtile: la politique monétaire et financière du Reich allemand visait à se servir de manière systématique chez les ministères des Finances et les banques centrales des Etats occupés –en ruinant leur monnaie au passage.»

S'appuyant sur les recherches de l'historien Götz Aly, spécialiste de l'histoire du nazisme, l'hebdomadaire allemand donne quelques exemples des combines auxquelles avaient recours les nazis pour dévaliser les territoires occupés par leurs troupes: afin de doter d'un fort pouvoir d'achat les entreprises allemandes ainsi que les soldats de la Wehrmacht stationnés hors d'Allemagne, les nazis manipulaient les taux de change. La couronne tchèque fut ainsi dévaluée d'un tiers peu après que les troupes allemandes ont envahi le pays.

Ils ne se gênaient pas non plus pour «exporter» l'inflation, en mettant en place une monnaie parallèle au Reichsmark, les «Reichskreditkassenscheine», qui n'était valable que dans les pays qu'ils avaient envahis et que les soldats pouvaient échanger sur place à des taux de change très avantageux. Leur pouvoir d'achat était ainsi dopé, et ce sans provoquer d'inflation en Allemagne:

«A la suite de cela, les marchandises vinrent vite à manquer dans les territoires occupés, l'inflation masquée augmenta.»

L'Allemagne n'a pourtant jamais honoré ses dettes. Comme l'explique Der Spiegel dans un autre article, l'Accord de Londres, signé en 1953, lui a permis d'effacer plus de la moitié des 30 milliards qu'elle devait aux pays européens qu'elle avait envahis. C'est cette clémence des puissances alliées qui ont d'ailleurs permis à l'Allemagne de connaître son fameux «Wirtschaftswunder»miracle économique») dans les années 1950, comme l'expliquait en 2013 l'historienne allemande Ursula Rombeck-Jaschinski sur le site de la radio et télévision internationale allemande Deutsche Welle:

«On peut considérer que le miracle économique n'aurait pas été possible sans cet accord sur la dette.»

Un enseignement qui pourrait bien donner de nouveaux arguments à Alexis Tsipras.

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (343 articles)
Journaliste
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