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L'Allemagne pourrait-elle se retrouver isolée après la victoire de Syriza?

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 06.02.2015 à 10 h 27

Repéré sur Die Welt, Die Zeit

Angela Merkel lors d'un forum à Athènes le 11 avril 2014. REUTERS/Alkis Konstantinidis

Angela Merkel lors d'un forum à Athènes le 11 avril 2014. REUTERS/Alkis Konstantinidis

«Nous sommes d'accord sur le fait que nous ne sommes pas d'accord.» À en croire cette déclaration laconique du «Sparkommissar» («commissaire de la rigueur»), comme les Allemands surnomment leur ministre des Finances, Wolfgang Schäuble (CDU), la visite de son nouvel homologue grec Yanis Varoufakis (Syriza) jeudi à Berlin n'a visiblement rien changé au profond désaccord qui oppose les deux pays au sujet de la dette grecque, rapporte l'hebdomadaire Die Zeit. Mais qui est désormais en position de force pour négocier?

Lors de la victoire du parti de gauche radicale Syriza aux élections législatives grecques du 25 janvier 2015, les pancartes anti-Merkel ont refait surface dans les scènes de liesse populaires à la une des journaux du monde entier, comme si l'arrivée d'Alexis Tsipras au pouvoir signait la fin de la politique d'austérité prônée par la chancelière allemande ces dernières années. Jusqu'ici, la plupart des journaux allemands ont pourtant commenté avec retenue et prudence ce tournant politique historique.

Mais face à la vaste opération séduction lancée par le nouveau gouvernement grec auprès des chefs d'État européens ces dernières semaines, Die Welt tire désormais la sonnette d'alarme: dans un long article d'analyse intitulé «La fin amère des projets de l'Allemagne pour l'Europe», le quotidien édité par le groupe Axel Springer (qui édite aussi entre autres le tabloïd Bildzeitung) s'inquiète de ce que l'Allemagne pourrait se retrouver isolée au sein de l'Europe:

«Jusqu'il y a peu, Angela Merkel faisait souvent figure à l'étranger de sorte de reine sans couronne de la zone euro. Quand la chancelière disait "nein", cela voulait dire "nein". Rien n'allait contre sa volonté. Ce qu'elle voulait devenait une loi. En tout cas en apparence. Depuis que la Grèce a Alexis Tsipras pour nouveau Premier ministre, il est clair que cette appréciation était erronée.»

Mais selon le quotidien, si l'Allemagne en vient à perdre son leadership, elle en sera l'unique responsable:

«Parce que l'Allemagne n'a pas utilisé les dures années de la crise pour réformer en profondeur la zone euro, l'espace monétaire commun reste une construction bancale. [...] On voulait dicter à la commission européenne à Bruxelles des changements qui rendraient enfin l'espace monétaire européen compétitif –au goût des Allemands bien sûr. Mais on n'avait pas pensé à tout: aux réformes structurelles, aux traités de rigueur budgétaire, et même aux changements dans les traités européens. Plus de droits pour Bruxelles, moins pour les États. Plus d'Europe, pas moins.»

Pire, la France pourrait bien profiter de la situation, estime Die Welt, froissé que les premiers déplacements officiels des nouveaux responsables politiques grecs aient d'abord eu lieu à Paris, à Rome et à Londres et non à Berlin:

«Frappée depuis quelques années par un déclin économique et par conséquent soumise aux exigences de réformes, Paris saute sur l'occasion et devient le médiateur des relations compliquées entre Athènes et Bruxelles. Pour les Français, qui étaient ces derniers temps si malchanceux, c'est une occasion bienvenue d'acquérir une nouvelle influence.»

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