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Conférence Paris Climat 2015: l'objectif des 2°C commence à dangereusement s'éloigner

Eric Holthaus, traduit par Fabien Jannic-Cherbonnel, mis à jour le 05.02.2015 à 11 h 50

Climate March 21/09/14 - 11 / Garry Knight via FlickrCC License by

Climate March 21/09/14 - 11 / Garry Knight via FlickrCC License by

Ce mercredi nous avons eu des nouvelles déchirantes de cette chose que l’on appelle le réchauffement climatique. Deux des principaux promoteurs de la conférence de l’ONU sur le climat, qui se tiendra en décembre à Paris, sont en train d’essayer de minimiser nos attentes. C’est particulièrement décevant, quand on sait que les négociations de la conférence Paris Climat ont été décrites comme les négociations les plus importantes depuis l’échec de la conférence de Copenhague en 2009.

Miguel Arias Canete, le commissaire européen au Climat et à l’Energie était présent à Washington cette semaine pour discuter du changement climatique avec la tête de la délégation américaine, Todd Stern. Canete, cité par le Guardian explique:

«Avec ce processus [de discussion] continu, vous ne pouvez pas dire que c'est un échec même si les engagements d’atténuation n’atteignent pas 2°C.»

En fait si, vous pouvez appeler ça un échec. Parce que faire en sorte que les températures n’augmentent pas de plus de 2 degrés –la référence arbitraire choisie par les scientifiques et les gouvernements mondiaux qui «signifierait de graves interférences avec le système climatique»– est le but principal des négociations sur le climat de l’ONU. C’est tout. C’est pour ça que la planète se bat. Tous nos œufs ont été mis dans le même panier.

Mais attendez, ça ne s’arrête pas là, nous explique The Guardian:

«Dans le même temps, à Bruxelles, Christiana Figueres, la secrétaire exécutive de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, minimisait de la même façon les attentes, en expliquant que les engagements pris cette année “ne nous amènerons pas vers la route des 2°c”

Je ne sais pas pour vous, mais ça ne me semble pas très optimiste. Honnêtement, pourquoi s’embêter à organiser ces débats si votre patron explique –10 mois en avance– que vous allez échouer?

Certes, les négociations prévues à la fin de l’année ne seront pas un échec complet. La conférence Paris Climat 2015 devrait produire le premier accord global sur le changement climatique et on s’attend à ce que tous les pays présents proposent des objectifs de réductions de gaz à effet de serre. C’est quelque chose qu’il  faut célébrer. Des représentants de près de 200 pays se rassembleront d’ailleurs la semaine prochaine à Genève pour écrire une première version de l’accord.

Mais avec les déclarations de mercredi, on dirait  bien que, additionnés les uns aux autres, ces objectifs ne seront pas suffisants pour contenir le réchauffement climatique à un niveau raisonnable.

Il est temps de changer significativement

A l’inverse, l’accord ressemble de plus en plus à un moyen pour mettre la pression à ceux qui traînent (comme le Canada, l’Australie, le Japon et, dans le passé, les Etats-Unis) pour qu’ils arrêtent de faire le strict minimum. C’est quelque chose qui devrait nous enthousiasmer, mais cette méthode des «petits pas» ne remplacera en aucun cas une action gouvernementale significative sur le climat.

Et tant pis si nous avons perdu les 25 années qui se sont écoulées depuis que le changement climatique est apparu sur le radar diplomatique mondial. Les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont augmenté de 34% depuis 1990, atteignant ou dépassant les projections du scénario le plus pessimiste. Mais le monde ne peut pas continuer à bouder pour toujours.

Au contraire, nous devrions prendre cette opportunité pour admettre que, quand on parle de climat, le processus de discussion de l’ONU est cassé de façon permanente. Si nous nous débarrassons de ce processus, le monde pourrait peut-être enfin faire des progrès sur le climat en se tournant vers des actions locales concrètes qui pourraient stimuler la population et démarrer un vrai changement.

Tout ceci est une preuve supplémentaire que les actions entreprises pour lutter contre le changement climatique rejoindront celles qui sont actuellement considérées comme des solutions radicales.

Quand les gouvernements ne proposent pas de changement significatif, c’est aux individus de le demander. Comme une action directe et non violente, une manifestation de masse et une refondation du capitalisme –en résumé une révolution de nos cultures et de nos sociétés. Cela permettrait de limiter le changement climatique à un niveau qui ne menace pas des écosystèmes entiers et, in fine, la prospérité humaine.

Ce n’est pas parce que ce genre de changement est peu probable qu’il n’est pas nécessaire.

Eric Holthaus
Eric Holthaus (19 articles)
Météorologue
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