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Inde: une rédactrice en chef publie une caricature de Charlie Hebdo, est virée, menacée de mort et se met à porter la burqa

Une caricature de Mahomet paru dans Charlie Hebdo, en février 2006.

Une caricature de Mahomet paru dans Charlie Hebdo, en février 2006.

Shireen Dalvi était la seule femme à ces responsabilités dans une publication en ourdou. Son cas mélange condition des femmes en Inde et polémique autour des caricatures de Mahomet.

Tout a commencé quand Shireen Dalvi, la rédactrice en chef d'un journal indien, a reproduit en une de sa publication une caricature du prophète Mahomet de Charlie Hebdo, le 17 janvier. 

Comme le raconte le Mumbai Mirror, elle n'a pas publié la «bonne» couverture du magazine satirique. Celle qui s'est retrouvée dans le journal est celle d'un Mahomet en larmes qui disait en 2006«C'est dur d'être aimé par des cons.»

Deux jours plus tard, et malgré une longue lettre d'excuse, cette édition du journal a été fermée et Shireen Dalvi a perdu son emploi, tout comme les 15 autres employés, raconte The Indian Express. «Neuf jours plus tard, elle a été arrêtée par la police de Thane pour "outrage aux sentiments religieux" avec "intention malveillante" sous la section 295 A de l'IPC, le code pénal indien.» 

Depuis, Shireen Dalvi, seule femme rédactrice en chef d'un journal en ourdou, vit avec des menaces de mort. Elle ne voit plus ses deux enfants et s'est mise à porter une burqa, explique-t-elle sur News Laundry:

«Je n'ai jamais porté de burqa, mais je sens que je dois le faire, désormais. Certaines personnes ont dit que tout cet épisode était la façon de Dieu de me punir pour que je sois obligée de cacher mon visage.»

Un de ses anciens collègues explique à l'Urdu Times qu'il lui avait demandé de ne pas publier la caricature, raconte Quartz, qui republie un article de Jyoti Punwani publié sur Scroll In:

«"Je l'avais prévenue de ne pas utiliser la couverture de Charlie Hebdo", a-t-il dit dans l'Urdu Times, "mais elle a tout balayé en disant: 'Nous devrions être ouverts d'esprit. Au pire, quelques exemplaires seront brûlés.'"»

Sauf qu'il est fort possible que Shireen Dalvi n'ait jamais dit ça. Quelques lignes plus tard, on apprend en effet que ce collègue n'était pas là quand elle aurait prononcé ces mots –il avait été viré deux jours plus tôt. Lui explique qu'en fait, c'est un autre ancien collègue qui lui a raconté cette anecdote. De son côté, le chef d'édition de l'Urdu Times rappelle que c'est lui qui a appelé le journal pour donner cette information.

Jyoti Punwani raconte comment son ascension rapide a dérangé nombre de ses collègues hommes.

«Quel est le but de la chasse lancée contre Shireen Dalvi, ancienne rédactrice en chef de l'édition de Mumbai de l'Awadhnaa?

Faire d'elle un exemple pour que "personne n'ose publier une image du prophète Mahomet" [...]? Ou éliminer la seule femme qui a brisé le plafond de verre de sa profession à une vitesse stupéfiante?»

Sharin Dalvi répond que personne au sein de la rédaction ne s'était opposé à sa décision. Interrogé par News Laundry, elle raconte:

«Notre article dans le journal était un compte-rendu neutre, et nous avons utilisé la couverture du magazine après l'attaque, uniquement pour l'illustration. Si nous publions un article sur The Times of India, nous ne devrions pas utiliser une photo du journal?

Je n'ai absolument pas pensé que cette image allait offenser des gens de ma communauté. Mais après le retour négatif, j'ai vu que les gens étaient blessés que nous ayons utilisé une couverture de Charlie Hebdo. Donc j'ai immédiatement publié des excuses le lendemain, expliquant que nous n'avions pas pour intention de blesser qui que ce soit et que nous nous excusions si elles avaient été blessées. [...]

Beaucoup de rumeurs ont commencé à circuler. [...] Certains disent que j'ai publié cette couverture exprès pour insulter l'islam. Toutes ces déclarations sont fausses.»

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