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Au Venezuela, une boîte de préservatifs coûte maintenant 660 euros

Repéré par Bénédicte Le Coz, mis à jour le 05.02.2015 à 11 h 02

Repéré sur Bloomberg, BusinessInsider

Des individus faisant la queue dans une pharmacie à Caracas le 3 février 2015. REUTERS/Jorge Silva

Des individus faisant la queue dans une pharmacie à Caracas le 3 février 2015. REUTERS/Jorge Silva

Le préservatif est la nouvelle victime des pénuries au Venezuela. Une boîte de 36 préservatifs se vend actuellement pour la modique somme de 4.760 bolivars (soit environ 660 euros).

Au marché noir, le prix est bien moindre. La même boîte de préservatifs se vend 25 dollars, «mais encore faut-il pouvoir payer en billets verts», note Libération. En effet, au Venezuela «spéculation et corruption autour du dollar sont monnaie courante», expliquait Simon Pellet-Recht dans un article publié sur Slate en 2013.

«Dans un pays où la quasi-totalité de ce qui est consommé est importé, l’accès aux devises étrangères est primordial, mais les réserves internationales liquides de l’Etat bolivarien ont fondu sous le coup d’importations massives et les entreprises sont à court de dollars. Résultat, toutes sortes de trafics apparaissent pour obtenir des devises étrangères, au point que l’on parle d’un "dollar parallèle".»

Mais pour la majorité des Vénézuéliens, acheter des préservatifs reste de l’ordre de l’impossible. Un désastre sanitaire pour ce pays d’Amérique latine où les taux de contamination au VIH et le nombre de grossesses précoces sont déjà parmi les plus hauts du continent, rappelle Bloomberg.

En 2013, le Venezuela avait le troisième taux de contamination au VIH le plus rapide en Amérique du Sud, après le Paraguay et le Brésil, d’après les Nations unies citées par Bloomberg qui ajoute: «Le pays a aussi le plus fort taux de grossesses adolescentes du continent après la Guyane.» En 2014 101.871 Vénézuéliens vivaient avec le VIH estimait ONUSida.

Jhonatan Rodriguez, directeur général du groupe à but non-lucratif StopHIV, se désole dans l'article de Bloomberg: «Cette pénurie menace tous les programmes de prévention sur lesquels nous travaillions jusque-là dans le pays.»

Au Venezuela, où l’avortement est illégal, «la disparition de moyens de contraception conduit à l’augmentation du nombre de morts chez les femmes, poussant de plus en plus de femmes enceintes à accoucher dans des cliniques clandestines», estime Carlos Cabrera, vice-président de la fédération internationale Planned Parenthood cité par Bloomberg. «Un manque de préservatifs a aussi un impact sur l’économie sur le long terme puisqu’il conduit des jeunes femmes à quitter l’école ou le marché de l’emploi», ajoute-t-il.

«Une grossesse involontaire est la marque d’une faillite du gouvernement: une faillite de sa politique économique, de sa politique de santé publique et de sa politique d’éducation.»

Les préservatifs et d’autres contraceptifs ont disparu des pharmacies et des cliniques vers la fin de décembre, selon la Fédération Pharmaceutique vénézuélienne rapporte Bloomberg. Aucun préservatif n’était disponible dans 10 pharmacies de l’est et le centre de Caracas visitées fin janvier, alors que plus de 20 modèles différents étaient présents dans les étalages deux mois plus tôt. «Le pays est tellement bousillé que nous devons maintenant faire la queue pour avoir des rapports sexuels», se lamente dans Bloomberg Jonatan Montilla, directeur artistique d’une entreprise de publicité.

Un exemple qui en dit long sur la santé de l’économie vénézuélienne. Le pays d’Amérique latine est en effet officiellement entré en récession fin 2014, mentionnait en décembre la BBC: miné par les pénuries et l’inflation. La récente baisse du cours du pétrole a aussi frappé le Venezuela. «Alors que le baril de pétrole se vendait à environ 104 dollars en juin 2014, son prix se situe à mi-janvier 2015 aux environs de 47 dollars. (…) Or le président Nicolas Maduro lui-même a reconnu que le pays ne pouvait pas atteindre l’équilibre économique si le baril n’atteignait pas 100 dollars, soit un prix deux fois supérieur», relatait mi-janvier Le Figaro.

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