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L'Allemagne sort du nucléaire mais ne sait pas où stocker ses déchets nucléaires

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 05.02.2015 à 10 h 01

Repéré sur Süddeutsche Zeitung, Die Tageszeitung, Der Spiegel

Manifestation antinucléaire devant le Reichstag en 2013 à Berlin, avec des faux barils de déchets nucléaires. REUTERS/Thomas Peter

Manifestation antinucléaire devant le Reichstag en 2013 à Berlin, avec des faux barils de déchets nucléaires. REUTERS/Thomas Peter

L'Allemagne a beau avoir partiellement abandonné le nucléaire –le dernier réacteur doit s'éteindre en 2022– elle n'en reste pas moins elle aussi confrontée à l'épineux problème du stockage des déchets nucléaires. Comme les autres pays, elle ne dispose à ce jour d'aucun centre d'enfouissement des déchets de haute activité à vie longue, mais seulement de sites de stockage temporaire.

Mais elle est désormais confrontée à une nouvelle difficulté, rapporte le quotidien bavarois Süddeutsche Zeitung: elle ne sait aujourd'hui où stocker ni les cinq conteneurs de déchets nucléaires provenant de ses centrales encore en activité qui ont été retraités en France, à La Hague, ni les 21 autres qui se trouvent actuellement à Sellafield, en Grande-Bretagne.

Ces 26 «Castor» (abréviation de «Cask for storage and transport of radioactive material») auraient théoriquement dû rejoindre le site de stockage temporaire de Gorleben, en Basse-Saxe. Mais depuis l'adoption en 2013 d'une nouvelle loi sur la recherche d'un site de stockage définitif des déchets nucléaires, ce centre n'accueille plus de nouveaux déchets. Une condition qui avait été posée par le Land de Basse-Saxe de manière à rendre équitable cette nouvelle recherche d'un site de stockage définitif.

En effet, la mine de sel qui se trouve en face du site de stockage temporaire de Gorleben fait l'objet d'explorations depuis les années 1970 dans la perspective d'y enfouir des déchets de haute activité à vie longue. Un projet extrêmement critiqué depuis ses débuts en raison des risques de contamination de l'environnement, qui est devenu un des bras de fer les plus symboliques des militants écologistes allemands.

Après des décennies de débats houleux, de controverses, de moratoire, de manifestations géantes et même de prières oecuméniques dans la forêt qui borde la mine, comme le rapportait le quotidien Die Tageszeitung en 2014, la recherche d'un site de stockage définitif est repartie de zéro, mais l'option Goerleben n'a pas été officiellement abandonnée. Comme l'expliquait en 2013 l'hebdomadaire Der Spiegel, le ministère de l'Environnement allemand s'est fixé pour objectif de trouver un site d'ici à 2031...

Or, laisser attendre les «castor» en France et en Grande-Bretagne le temps que la situation s'éclaircisse coûterait des millions d'euros, précise la Süddeutsche Zeitung. Une somme dont devraient s'acquitter les grands groupes énergétiques à qui a été confiée la gestion des centrales nucléaires allemandes, tels E.ON, RWE, Vattenfall et EnBW.

Ces derniers refusent de payer la facture, au motif qu'ils ont déjà pris en charge les coûteux aménagements du site de Gorleben. Le géant E.ON vient même de porter plainte contre la nouvelle loi allemande sur le nucléaire auprès du Tribunal constitutionnel de Karlsruhe pour faire pression sur le gouvernement allemand. Comme l'écrit la Süddeutsche Zeitung:

«Soit toutes les dépenses devraient être prises en charge par l'Etat. Soit le législateur rouvre le centre de stockage de Gorleben.»

Jusqu'à présent, le gouvernement allemand et les Länder se renvoient la balle, le premier arguant que ce sont les seconds qui sont tenus de déterminer des sites de stockage temporaire.

En l'absence de décision, les déchets retraités en France et en Grande-Bretagne devraient soit rester sur place, soit être remis à chaque centrale nucléaire qui les a produits, qui serait alors tenue de prendre elle-même en charge leur stockage.

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (344 articles)
Journaliste
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