Culture

La pop britannique est en pleine gentrification et c'est un problème

Repéré par Grégor Brandy, mis à jour le 05.02.2015 à 12 h 35

Repéré sur New Statesman, Pitchfork

Coldplay en concert en 2008 Yahoo! via Flickr CC License by

Coldplay en concert en 2008 Yahoo! via Flickr CC License by

La pop-culture britannique a pendant très longtemps été créée par des enfants des milieux populaires. Jarvis Cocker, Paul McCartney, Morrissey...

Mais ces dernières années, les «privilégiés», de James Blunt, à Lily Allen, en passant Eliza Doolitle, Mark Ronson, Florence Welch (Florence + The Machine) et la bande de Chris Martin, ont, par exemple, pris le contrôle de la musique pop. C'est du moins la théorie de Stuart Maconie qui vient de publier un article sur le site de New Statesman assurant qu'«une indéniable et curieuse gentrification de la pop culture est en cours». Il précise:

«La pop star typique aujourd'hui n'a rien à voir avec la pop star typique qui dominait ce monde il y a ne serait-ce que dix ans. A l'époque on se moquait de Damon Albarn, de Blur, en le traitant comme le petit bourge de la Britpop, alors qu'il avait fait un collège public dans le comté de l'Essex et que sa famille était gentiment bohème. Aujourd'hui, il serait clairement en bas de l'échelle.»

Maconie cite aussi la chanteuse Sandie Shaw, selon laquelle une carrière dans la pop est désormais impensable «à moins d'être Mumford & Sons et de venir d'une école privée, et d'avoir une famille riche qui puisse vous entretenir».

Le chanteur britannique Jarvis Cocker évoquait déjà le problème en novembre 2014 dans une interview à Pitchfork:

«Certaines choses se sont produites au sein de la société britannique ces dernières années. Par exemple, les facs d'arts ont longtemps été l'endroit où allaient les gens qui n'avaient pas de très bonnes notes, et historiquement, beaucoup de groupes de musique du Royaume-Uni y avaient fait leurs études, parce que c'est là-bas qu'ils pouvaient trouver un peu de liberté pour créer. Mais aujourd'hui c'est fini, parce que maintenant ça coûte cher d'aller dans ces universités-là. [...] Si ça avait déjà été le cas il y a 30 ans, je n'aurais pas pu faire ce que j'ai fait de ma vie.»

Le fond de la pop

Le problème de cette «gentrification» selon Stuart Maconie, ce sont les conséquences qu'elle peut avoir sur la musique:

«La pop culture devrait refléter les vies de tout le monde, dans tout leur éclat, leurs tensions, leur brouhaha, pas seulement les intérêts et expériences de quelques uns. La plupart des paroles des morceaux de groupes indés semblent être ou bien des bouts ampoulés de philosophie à moitié-mâchée ou des dissertations complaisantes sur le micro-climat affectif fragile du chanteur. Cela veut bien dire quelque chose, le fait que les derniers groupes alternatifs à avoir émergé avec des morceaux qui parlaient du monde autour d'eux, et en parlaient de manière intelligente, mordante, c'était Kaiser Chiefs et les Arctic Monkeys, tous deux issus des milieux ouvriers du Yorkshire.»

La meilleure musique pop, selon le journaliste, est toujours venue d'outsiders: «Le conflit, qu'il soit générationnel, géographique, ou économique est le moteur qui fait avancer l'art.»

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