France

«S’abstenir, c’est renoncer. Voter, c’est croire!»: quand les cadres de l'UMP appelaient à combattre l'abstention

Grégor Brandy, mis à jour le 04.02.2015 à 17 h 39

La plupart des dirigeants du bureau politique du parti se plaignent régulièrement du niveau élevé d'abstention les soirs d'élection.

Le siège de l'UMP. REUTERS/Jacky Naegelen.

Le siège de l'UMP. REUTERS/Jacky Naegelen.

Ni PS, ni FN: c'est la position qu'a adoptée, pour le second tour de la partielle du Doubs, le bureau politique de l'UMP, alors que le président du parti, Nicolas Sarkozy, voulait laisser aux électeurs le choix entre vote PS, abstention et vote blanc. Aux 6.824 électeurs qui ont choisi son candidat, Charles Demouge, au premier tour, le parti lance la consigne suivante:

«[...] L’UMP appelle tous ceux qui se reconnaissent dans ses valeurs à exprimer leur double opposition en votant blanc ou en s’abstenant.»

Oui, vous avez bien lu: un parti politique dirigé par un ancien président de la République appelle officiellement ses électeurs à choisir de s'abstenir. Et ce alors que beaucoup de ses dirigeants, à commencer par les membres de son bureau politique, regrettent régulièrement les niveaux élevés d'abstention en France.

A commencer par Nicolas Sarkozy, comme le rappelle Le Lab, qui a retrouvé un discours de l'ancien président de la République, alors candidat à sa réélection, en février 2012:

«L’abstention, c’est une fuite. L’abstention, c’est un refus d’assumer ses responsabilités. L’abstention, c’est un renoncement. L’abstention, c’est laisser les autres décider. L’abstention, c’est le contraire du courage.»

Quatre ans plus tôt, en mars 2008, Brice Hortefeux –également membre du bureau politique– avait déploré sur RTL l'abstention aux municipales:

«Sept millions d'électeurs ne se sont pas rendus aux urnes. [...] C'est dommage dans le principe.»

Autre lieutenant de l'ancien président, Patrick Balkany, qui s'est également prononcé contre toute consigne de vote, appelait deux ans plus tard à refuser l'abstention aux régionales:

«Le 21 mars, votons et refusons l’abstention. S’abstenir, c’est renoncer. Voter, c’est croire!»

Les cinq dirigeants qui portaient la motion gagnante au bureau politique étaient Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, Bruno Le Maire, Jean-François Copé et Luc Chatel. Le premier s'inquiétait de l'abstention lors des européennes de 2009:

«Si on est plusieurs à parler de l'Europe et de politique européenne, ça fera reculer l'abstention. Pour l'instant, nous sommes les seuls.»

Jean-François Copé, en tant que président de l'UMP à l'époque, l'avait déplorée après le premier tour des municipales de 2014.


Bruno Le Maire, qui a également dit «non» au Front Républicain et qui fait partie du bureau politique qui a appelé à voter blanc ou à s'abstenir, s'était aussi inquiété du haut niveau d'abstention lors de l'arrivée d'un candidat FN en tête de la cantonale partielle de Brignoles, en octobre 2013.

«Le vrai vainqueur de cette élection à Brignoles, c'est l'abstention. [...] Pourquoi est-ce qu'il y a une abstention? Simplement, parce que les électeurs de Brignoles, comme beaucoup de Français, ne croient plus dans les responsables politiques. [...] La responsabilité de ma famille politique, c'est justement de recréer un espoir, c'est de redonner de la crédibilité dans la politique, de dire que nous avons des solutions pour que les gens se disent: "Tiens, ça vaut peut-être le coup d'aller bosser cette fois-ci".»

En 2009, il s'inquiétait de la légitimité des élus européens:

«Une abstention forte, ça veut dire des députés français au Parlement européen qui auront été élus avec une participation insuffisante qui ne témoignera pas suffisamment de leur légitimité.»

Laurent Wauquiez avait lui déclaré, au soir des élections régionales de 2010, qu'il n'y avait qu'«un seul vainqueur par KO, l'abstention».

La palme en la matière revient à Valérie Pécresse. «Ce soir, le premier parti en Ile-de-France, c'est l'abstention. Un Francilien sur deux nous a dit que les élections ce n'était pas pour eux», avait-elle déclaré, là encore à l'issue du premier tour des régionales 2010. Un mois plus tôt, elle avait affirmé que son principal adversaire, c'était l'abstention. Et, en octobre dernier, elle semblait continuer son combat.

Bien sûr, ces propos n'ont pas été tenus dans le même contexte que celui de la partielle du Doubs: les responsables de l'UMP déploraient à l'époque que les politiques ne soient pas capables de convaincre les électeurs de choisir entre une dizaine de candidats, là où ils refusent désormais de faire un choix entre seulement deux. Reste que le choix offert de l'abstention est étrange quand existe l'alternative du vote blanc, désormais partiellement reconnu depuis une proposition de loi que les députés UMP ont votée.

En avril 2008, après l'abstention record des municipales, 25 députés UMP avaient par ailleurs déposé une proposition de loi pour rendre le vote obligatoire, sous peine d'une amende de 35 euros et en contrepartie d'une reconnaissance du vote blanc. Parmi eux, on trouvait l'actuel trésorier de l'UMP, Daniel Fasquelle, qui a appelé les électeurs du Doubs au vote blanc sans mentionner l'abstention.

Au moins, lui est cohérent.

Grégor Brandy
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Journaliste
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