Economie

Les descendants des familles qui étaient riches en 1858 sont toujours riches

Repéré par Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 03.02.2015 à 18 h 09

Repéré sur Royal Economic Society, The Guardian

Rolls-Royce Silver Spirit Royale Limousine by Robert Jankel / Alden Jewell via Flickr CC License By

Rolls-Royce Silver Spirit Royale Limousine by Robert Jankel / Alden Jewell via Flickr CC License By

Le professeur Gregory Clark est de retour. Cet économiste de l’université de Californie, qui traque le destin des générations sur plusieurs siècles en pistant dans les archives les mentions des noms de famille rares des grandes familles de l'aristocratie mondiale, avait déjà avancé des thèses «incendiaires» dans un livre paru en 2014. Il constatait que les descendants de ces familles appartenant à l’élite jouissaient encore aujourd’hui d’un statut bien supérieur à la moyenne, et en concluait que ses résultats «n’exclu[ai]ent pas la génétique comme un lien dominant entre les générations».

Il vient de publier avec son collègue Neil Cummins un article à paraîre dans le numéro de février 2015 de The Economic Journal [PDF], se concentrant cette fois sur plus de 600 noms de famille rare de la haute société britannique du milieu du XIXème siècle. L’analyse de documents portant sur près de 19.000 personnes montre que les descendants des familles britanniques fortunées en 1858 le sont toujours plus que la moyenne. Un niveau de vie supérieur étant corrélé avec une meilleure santé, ces individus ont aussi une espérance de vie supérieure à la moyenne de leurs compatriotes.

The Guardian note que cette étude tombe au même moment qu’un rapport de l’OCDE qui mesure la corrélation entre le revenu des parents et celui des enfants, et qui place la Grande Bretagne en première position des pays développés, en faisant de fait le pays dans lequel la mobilité sociale intergénérationnelle est la plus faible.

Mais, contrairement à l’économiste Thomas Piketty, qui dans Le capital au XXIème siècle conclut que les riches concentrent encore plus de richesses, les auteurs de l’étude considèrent eux que la richesse n’est pas persistante et observent qu’elle se disperse au fil des générations. Au rythme qu’ils ont mesuré depuis 150 ans, les héritiers de ces familles privilégiées finiraient par avoir un revenu situé dans la moyenne... aux alentours de 2300.

Valoriser la mobilité sociale est un programme politique très consensuel, remarquent les auteurs, mais «nos données suggèrent qu’il n’y a pas de programme ayant plus de probabilité d’échouer». «A ceux qui ont déjà, on donne plus» qu’aux autres, ajoutent-ils. Plus riches et en meilleure santé, les descendants de l’élite anglaise ont aussi plus de probabilité de faire des études prestigieuses dans des universités comme Oxford ou Cambridge.

Comme si ces nouvelles ne suffisaient pas, les auteurs aggravent leur cas en considérant que leurs résultats ne sont pas incompatibles avec l’existence d’une méritocratie: Gregory Clark a ainsi déclaré que «La richesse semble être avant tout un marqueur d’un talent plus général fortement hérité au fil des lignées familiales».

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