France

Ministre en temps de crise, un sport de haut niveau

Caroline Vigoureux, mis à jour le 03.02.2015 à 13 h 51

La semaine des attentats et de la marche républicaine a remis en lumière la nécessité pour les politiques de disposer d'une résistance physique supérieure à la moyenne.

Manuel Valls, François Hollande, Christiane Taubira et Bernard Cazeneuve, le 10 janvier à l'Elysée. REUTERS/Philippe Wojazer.

Manuel Valls, François Hollande, Christiane Taubira et Bernard Cazeneuve, le 10 janvier à l'Elysée. REUTERS/Philippe Wojazer.

Durant 96 heures, la question de dormir ou de manger ne s’est plus posée pour eux. Du 7 au 11 janvier, de l'attaque contre Charlie Hebdo jusqu’à la marche républicaine, François Hollande, Manuel Valls, Bernard Cazeneuve et Christiane Taubira ont vécu au rythme invraisemblable des événements qui ont touché la France. Le quatuor a enchaîné les réunions de crise, multiplié les déplacements, suivi en direct les prises d’otages et coordonné les opérations de police. «Le Président a très peu dormi. Son endurance nous a impressionnés», assure un conseiller du chef de l’Etat.

Comme Manuel Valls, qui a dû se contenter de trois ou quatre heures de sommeil par nuit tout au plus. Le Premier ministre n’a quasiment pas fermé l’œil lorsque le Raid menait une opération d’envergure à Reims, entre les 7 et 8 janvier. «Ce sont des moments exceptionnels, le corps s’adapte. Il y a une adrénaline liée à l’action, à la pression. On est portés par la force de l’évènement», explique un conseiller du chef du gouvernement. L’ex-ministre de l’Intérieur, qui fait du sport deux fois par semaine (de la boxe notamment), s’autorisait des micros-siestes pour récupérer. Un ancien médecin du Palais résume, sous couvert d’anonymat:

«Ca n’est pas en devenant président ou ministre que vous avez la capacité de dormir peu et de réagir vite. Le parcours politique des uns et des autres leur permet d’affiner une certaine performance avec le temps. Ce ne sont pas des athlètes de haut niveau, mais on n’en est pas loin.»

Nuits blanches et noix de cajou

Des nuits blanches, Bernard Cazeneuve en passera deux, entre les 7 et 9 janvier. Comment dormir alors que les frères Kouachi sont toujours en fuite? Le ministre de l’Intérieur, qui vit place Beauvau, demandait à être informé en temps réel du déroulé des opérations. En à peine trois jours, ses équipes ont dû organiser la grande marche républicaine, qui réunissait plus de 50 chefs d’Etat. Place Beauvau, tout le monde est resté sur le pont. Comme cet agent d’entretien du matin qui traînait jusqu’en fin de journée dans les couloirs «en cas de besoin». Pour aider les équipes à tenir le coup, les cuisines du ministère les ravitaillaient en permanence en clémentines et en café.

Place Vendôme, Christiane Taubira a mitraillé ses conseillers de mails à toute heure du jour ou de la nuit. «Elle n’a pas montré de signes d’épuisement. Quoi qu’on endure dans ces cas-là, il faut continuer à être efficace et laisser l’engagement émotionnel de côté», explique-t-on à la chancellerie. La ministre de la Justice, qui d’ordinaire mange et dort très peu, grignote parfois des noix de cajou, antidotes à la fatigue. «Elle a une énergie remarquable dans ces moments-là mais il y a peut-être un week-end où elle va finir par tomber», glisse un membre de son cabinet.

La tension a été à son comble le 9 janvier en milieu d’après-midi, lorsque François Hollande a décidé de lancer l’assaut à Dammartin-en-Goële et à Vincennes. En sortant du bureau du Président, tous se sont tombés dans les bras. Comme si le corps avait besoin de relâcher cette terrible pression.

«Beaucoup de fantasmes autour de la santé des politiques»

Mais leurs entourages respectifs promettent qu’aucun suivi médical particulier n’est prévu en temps de crise. Ni pour le chef de l’Etat, ni pour ses ministres. Ils ne sont pas non plus abreuvés de cocktails vitaminés. «Il existe beaucoup de fantasmes autour de la santé des politiques. On ne leur donne aucun produit, les médecins sont simplement vigilants. Au moindre signe de fatigue, on va immédiatement réagir pour ne pas laisser apparaître l’aggravation», explique l'ancien membre de l’équipe médicale de l’Elysée.

Prévenir plutôt que guérir, donc. L’hiver, le Président suit une cure de vitamines et de minéraux pendant deux mois. Et c’est parce que les médecins qui le suivent redoublent de vigilance que le chef de l'Etat peut, quand il le faut, soumettre son organisme à un rythme intense. «De manière générale, François Hollande est d’une bonne constitution. Mais il a besoin de dormir, comme tout le monde. Il peut même lui arriver de ne pas se réveiller, comme tout le monde», confie l'ancien membre du corps médical du Palais. En temps de crise, le Président, déjà réputé pour sa gourmandise, se réfugie dans la nourriture. De la même façon, que dans les coups durs, Nicolas Sarkozy ne résistait pas au chocolat, connu pour ses vertus anti-stress.

A l’Elysée, l’équipe médicale –composée de cinq médecins et d’une infirmière– se relaie pour que la permanence au Palais soit assurée 24h/24. Quand la gravité de la situation l’impose, le médecin en chef du Palais préconise au chef de cabinet d’alléger l’agenda présidentiel pour ne privilégier que les déplacements indispensables. Il peut aussi donner au chef de l’Etat un médicament pour faciliter son sommeil –du type Donormyl, inducteur de sommeil prescrit sans ordonnance– afin que le Président ne perde pas une heure de sa courte nuit. Rien de très miraculeux, donc. Hervé de Charrette, ministre des Affaires étrangères au moment des attentats de 1995, résume:

«Il n’y a pas de recette. C’est une question de caractère et de tempérament. Ce genre d’événements est un moment test pour les ministres.»

Caroline Vigoureux
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