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La ritournelle du «front républicain» masque d'autres problèmes

Nicolas Sarkozy et François Hollande à l'Elysée, le 11 janvier 2015. REUTERS/Pascal Rossignol.

Nicolas Sarkozy et François Hollande à l'Elysée, le 11 janvier 2015. REUTERS/Pascal Rossignol.

Derrière le débat sur l'appel à voter PS face au FN ou sur le «ni-ni» se cachent les questions de l'espace que cherche à occuper la droite ou d'une éventuelle «grève civique» de l'électorat de gauche en mai 2017.

Alors, dans le Doubs, «front républicain» ou «chacun pour soi» tendance «ni-ni»? Cette ritournelle n’en finit pas, avec ses inexactitudes routinières, que nous avions déjà évoquées dans un cas précédent. L’essentiel des cadres de l’UMP affirment aujourd’hui que le Front républicain est un leurre et qu’il participe de l’indifférenciation de l’offre politique hors Front national. Cela n’est pas faux, mais sert aussi à donner un habillage à d’autres problèmes.

Pour aller à droite, c’est par où?

Sondages après sondages, les électeurs UMP s’affirment plus prêts à l’alliance avec l’extrême droite. Néanmoins, cette tendance ne doit pas faire occulter le caractère extrêmement clivant d’une telle possibilité. Un récent sondage Harris Interactive pour le magazine Marianne montrait que 55% des sondés sympathisants de l’UMP approuvaient l’idée d’alliances ou de fusions de listes entre l’UMP et le FN dans l’entre-des-tours des régionales 2015. Il ne s’agit cependant que d’un sondage, tributaire des rapports de force actuels, et qui demande à s’actualiser en pratique. Et ce désir d’alliance ne signifie pas pour autant victoire: 55% des sondés pro-UMP, cela ne fait pas une majorité dans le peuple permettant de gagner…

Par ailleurs, il y aurait aujourd’hui encore un risque démesuré pour la droite à s’allier avec l’extrême droite. Refuser de faire front républicain avec la gauche, c’est ainsi une façon de justifier le refus de s’allier avec le FN. Dans les deux cas, la direction de l’UMP sait qu’une alliance lui coûterait soit son flanc droit, soit son flanc gauche. Or, la stratégie sarkozyste, en cela continuant la stratégie Buisson sans Buisson et inspirée de l’observation du Partido Popular espagnol, est d’occuper l’arc des droites sans exception. Face au haut niveau du vote frontiste, Nicolas Sarkozy veut occuper un espace qui va de l’ultra droite au centre droit. Le front républicain ou le Front national, ce sont, en termes d’arithmétiques, deux combinaisons perdantes pour lui.

Mais aujourd’hui, le modèle espagnol a justement prouvé ses limites. Certes, Podemos semble rallier la sympathie de l’électorat social-démocrate et non celui de droite. Toutefois, mutatis mutandis, cela souligne l’exaspération de populations face à la politique euro-libérale. Or, en France, c’est le FN et non la gauche radicale qui capte cet élan. Conséquemment, réaliser un arc de convergences entre les droites devient très difficilement gérable.

Pour y réussir, il faut demeurer dans les appels solennels au «rassemblement», le nom dont on dit que Nicolas Sarkozy eût voulu baptiser sa nouvelle UMP. C’est le mot du moment, conforme aux difficultés présentes comme à la culture politique française au long cours. Marine Le Pen devrait aussi s’en habiller en 2017, pour déconstruire les appels «antifascistes»; Manuel Valls et François Hollande ont su jouer élégamment sur cette corde après le 11 janvier. Et tout à chacun de constater à cette date comme l’idée du peuple rassemblée, tournant le dos aux divisions, était un mythe mobilisateur d’une rare force.

Vers une impasse républicaine?

Rassembler donc, mais comment le faire quand on ne pense qu’à une seule élection, la présidentielle, qui se joue à la majorité absolue en deux tours? Comment, au-delà de quelques mots bien troussés, réussir une telle stratégie quand le système institutionnel oblige à cliver? Il semble bien que le staff sarkozyste considère comme une chose acquise qu’un second tour face à Marine Le Pen en 2017 lui permette de vaincre grâce au report des voix de gauche. Or, si on ajoute à la détestation personnelle qu’une part significative de la gauche a à l’égard de Nicolas Sarkozy, l’éventualité que s’enchaînent des élections où l’UMP se maintiendrait à l’encontre du candidat de gauche, quand la gauche elle se désiste au profit du FN, il n’est pas impossible que le report de la gauche vers la droite soit ô combien moins massif en 2017 qu’en 2002 en cas de duel Sarkozy-Le Pen... Si, face au FN, se perpétue le jeu «la gauche se désiste, la droite se maintient» ou «la gauche appelle à voter UMP, la droite au ni-ni», ne peut-on subodorer que l’électorat de gauche se mette partiellement en grève civique?

Certes, la culture «antifasciste» fait partie de la «vision du monde» du peuple de gauche. Mais, depuis 2012, les partielles précédentes ont été marquées par un phénomène analysé par le politiste Joël Gombin: le transfert d’une part des voix PS du premier tour sur le candidat FN face au candidat UMP. Quitte à voter à droite, l’électorat social-démocrate choisirait ainsi le vote national-populiste comme aiguillon idéologique à l’encontre du libéralisme économique.

Dans une récente étude, Jérôme Fourquet, Sylvain Manternach et l’auteur de ces lignes se sont penchés sur le cas perpignanais lors des municipales où, face à un FN en tête, la gauche s’est retirée au second tour au profit du maire sortant, issu de la Droite populaire et ayant lui-même déclaré que «le Front national est un parti républicain». Qu’observe-t-on? Ce n’est pas précisément le dispositif de mai 2002: le candidat de droite est élu mais avec une explosion du vote blanc; il est en tête dans les bureaux de vote lorsque la part de l’électorat liée aux mondes arabo-musulmans est supérieure à 20% du corps électoral. Autrement dit, une fraction significative des électeurs de gauche a refusé de choisir entre extrême droite et ultra droite, mais l’inquiétude de nos compatriotes issus des mondes arabo-musulmans a permis la victoire de la droite. Ce n’est pas un front où s’allieraient républicains de droite et de gauche, mais un vote utile, socio-ethniquement construit.

Le refus de la droite de procéder à des fronts républicains dans des partielles pourrait, autant que le discours anti euro-libéral frontiste, accentuer cette tendance d’un désalignement de l’électorat de gauche à l’égard de la «discipline républicaine».

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