France

Doubs: si le FN reste sur sa dynamique des législatives de 2012, il comptera un troisième député dimanche

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 02.02.2015 à 16 h 01

En juin 2012, le PS avait réussi, au mieux, à accroître de dix points le total de premier tour de la gauche quand il était opposé au FN. Or, dimanche, la gauche a plafonné à 37% dans le Doubs...

A l'Assemblée nationale, le 26 février 2014. REUTERS/Jacky Naegelen.

A l'Assemblée nationale, le 26 février 2014. REUTERS/Jacky Naegelen.

Le candidat PS Frédéric Barbier pourra-t-il empêcher le FN de faire élire sa candidate Sophie Montel à l'Assemblée nationale, le 8 février, dans la quatrième circonscription du Doubs, abandonnée par Pierre Moscovici après sa nomination à la Commission européenne? Si Christophe Borgel, secrétaire national aux élections pour le PS, s'est voulu optimiste en rappelant que le FN ne l'avait jamais emporté en duel contre le PS aux dernières législatives, l'examen des chiffres des duels en question laisse de bonnes raisons d'espérer au parti de Marine Le Pen.

En juin 2012, 22 circonscriptions avaient connu un duel de second tour opposant la gauche au FN, tous gagnés par la gauche avec une marge allant d'un petit 50,11% des voix (la victoire à l'arrachée du socialiste Philippe Kemel face à Marine Le Pen à Hénin-Beaumont) à un confortable 75% pour le futur président de l'Assemblée nationale Claude Bartolone en Seine-Saint Denis.

Mais l'examen détaillé des scores montre que, à chaque fois, le FN avait augmenté son matelas de voix de façon substantielle entre les deux tours, avec des hausses oscillant de 20% à 100%, pour une moyenne d'environ 60%. 

Le cas de la 6e circonscription de Moselle

A l'époque, le sondeur Jérôme Fourquet pointait d'ailleurs «un report assez important des voix de l'UMP sur le FN». A l'inverse, le candidat de gauche ne recueillait qu'une fraction du total des voix de son camp et de la droite de gouvernement: un peu moins des deux tiers au pire, près de 90% au mieux, les trois quarts en moyenne.

Ces chiffres sont des ordres de grandeur qui recouvrent la réalité de circonscriptions très différentes politiquement: les poids respectifs de la gauche, de la droite et du FN au premier tour y variaient très fortement, la porosité entre les électorats aussi... 

La circonscription à la configuration politique la plus ressemblante à celle du Doubs était sans doute une autre terre ouvrière, la 6e circonscription de Moselle, où se présentait Florian Philippot. A l'issue du premier tour, le socialiste Laurent Kalinowski était sorti en tête (contrairement à son confrère Frédéric Barbier) avec 37,5% devant Philippot (26,3%) tandis que le député sortant UMP Pierre Lang était éliminé avec 25% des voix, score très proche de celui de Charles Demouge dans le Doubs. Lang avait refusé d'appeler à faire barrage au leader frontiste et opté, comme devrait le faire Nicolas Sarkozy mardi, pour le «ni-ni». Une semaine plus tard, l'extrême droite (qui comptait aussi un FN dissident) avait vu son total de voix augmenter de près de 50%, tandis que Kalinowski avait recueilli 75% des voix cumulées de la gauche et de la droite, ce qui lui avait suffi pour l'emporter avec 53,7% des voix.

Dans cette circonscription très menacée, la gauche, partie de plus haut face à un candidat frontiste moins haut, avait ainsi connu sa plus grosse poussée de second tour dans un duel avec le FN, gagnant environ dix points sur le total gauche-MoDem du premier tour.

Une performance qui serait insuffisante le 8 février: au premier tour, l'ensemble des forces de gauche a à peine dépassé les 37% des voix, ce qui dit l'ampleur de la tâche qui attend Frédéric Barbier pour empêcher le FN d'empocher son premier siège de député avec une majorité absolue depuis Toulon en 1997. Avec, comme espoirs auxquels se raccrocher, la nouvelle donne politique née des attentats du début janvier et l'important réservoir d'électeurs, avec 60% d'abstentionnistes.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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