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Les détenus allemands veulent eux aussi avoir droit au salaire minimum

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 02.02.2015 à 9 h 44

Repéré sur Süddeutsche Zeitung, Die Welt, Le Monde

Une prison en Allemagne, à Essen, le 14 novembre 2014. REUTERS/Ina Fassbender

Une prison en Allemagne, à Essen, le 14 novembre 2014. REUTERS/Ina Fassbender

À peine mis en place, le salaire minimum fait déjà des jaloux en Allemagne. Plusieurs catégories de travailleurs n'y ont en effet pas droit, à l'instar des étudiants, des apprentis et des chômeurs longue durée[1]. Ces derniers mois, les médias allemands ont consacré de nombreux articles à ces exclus du salaire minimum, en omettant toutefois de signaler une autre catégorie de travailleurs elle aussi laissée au bord de la route par la nouvelle loi: les détenus.

En Allemagne, où les détenus sont tenus de travailler durant leur séjour en prison dans la plupart des Länder, une journée de travail est aujourd'hui rémunérée entre 7 et 16 euros bruts selon les Länder, rapporte le quotidien bavarois Süddeutsche Zeitung. Une somme dérisoire par rapport au salaire minimum de 8,50 euros bruts de l'heure entré en vigueur le 1er janvier 2015.

Se sentant lésés, plusieurs détenus berlinois de la prison de Tegel se sont regroupés en mai 2014 pour former une sorte de syndicat de détenus, le GGBO (abréviation de Gefangenen-Gewerkschaft/Bundesweite Organisation, «syndicat de détenus/organisation fédérale»). Leur initiative a désormais gagné le Land de Rhénanie-Westphalie et regroupe aujourd'hui plus de 400 membres détenus dans une trentaine d'établissements pénitenciers à travers l'Allemagne. Sans valeur légale, ce regroupement de détenus se bat «contre l'esclavage», pour reprendre les mots d'André Schmitz, son coordinateur dans l'Ouest de l'Allemagne. Incarcéré pour possession de stupéfiants, André Schmitz pilote le GGBO depuis la prison de Willich, en Rhénanie-Westphalie. Ses revendications: le droit au salaire minimum pour les détenus qui travaillent, ainsi que le droit à une assurance vieillesse.

Car comme l'explique la Süddeutsche Zeitung, seules les personnes qui travaillent de manière «volontaire» peuvent cotiser pour l'assurance vieillesse en Allemagne. Étant donné que le travail derrière les barreaux est obligatoire dans treize des seize Länder allemands, les détenus qui travaillent n'ont donc pas droit à une assurance vieillesse.

Une fois sortis de prison, les détenus qui ont purgé une longue peine ont donc l'impression d'avoir été condamnés à une double peine, puisqu'ils se retrouvent en moyenne avec 50 à 100 euros de moins d'allocations retraite mensuelles par rapport aux autres retraités, comme l'explique l'expert en droit pénal Bernd Maelicke, chercheur à l'Université de Lunebourg:

«Lors des longues peines, cela fait vite 15 années durant desquelles un détenu travaille mais ne cotise rien pour sa retraite. Cela les condamne à la pauvreté dans leurs vieux jours.»

Jusqu'à présent, le GGBO n'est pas pris au sérieux par l'administration pénitencière allemande, rapporte le quotidien Die Welt, citant une dépêche de l'agence de presse allemande DPA. Beate Peters, directrice du centre de détention de Willich 1, où André Schmitz purge actuellement sa peine, estime ainsi que cette «association douteuse» n'a pas lieu d'être puisque les détenus ne peuvent pas selon elle être considérés comme des travailleurs, étant donné que les tâches qu'ils effectuent sont très basiques et doivent faire l'objet d'une surveillance par le personnel de la prison.

En France non plus, les détenus ne sont pas considérés comme des salariés comme les autres. Ils n'ont pas droit au salaire minimum. Comme l'expliquait Le Monde en 2012, ils sont rémunérés 45% du Smic pour les activités de production effectuées pour le compte d'entreprises extérieures à la prison et entre 20 et 33% pour le «service général», qui correspond à «des travaux d'entretien des locaux ou des tâches nécessaires au fonctionnement des établissements». En outre, ils sont eux aussi pénalisés sur le plan des retraites:

«Depuis 1977, les personnes détenues qui travaillent acquièrent des droits à la retraite en versant des cotisations sociales au titre de l'assurance vieillesse. Toutefois, compte tenu des faibles rémunérations, les détenus ont le plus grand mal à valider leurs trimestres. […] Compte tenu du niveau des rémunérations du service général dans les établissements pénitentiaires, les personnes détenues ne valident, par année travaillée, qu'un trimestre sur les quatre.»
 

1 — En recherche d'emploi depuis plus d'un an. Les chômeurs longue durée ne peuvent bénéficier du salaire minimum qu'à compter du septième mois de leur nouveau contrat de travail. Une mesure destinée à faciliter leur retour à l'emploi.a première note Retourner à l'article

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (344 articles)
Journaliste
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