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Encore beaucoup de fraudes à l'huile d'olive

Repéré par Lucie de la Héronnière, mis à jour le 30.01.2015 à 14 h 04

Repéré sur DGCCRF

Olives at the olive mill – 001/ Flavio~ via Flickr CCLicence By

Olives at the olive mill – 001/ Flavio~ via Flickr CCLicence By

L’ Union européenne a dernièrement renforcé les contrôles et les sanctions en cas de fraude à l'huile d'olive, mais il reste quand même beaucoup de boulot. En France, c’est la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) qui traque les manquements concernant les produits qui passent dans notre assiette. L’huile d’olive ne fait pas exception, c’est un «secteur propice aux pratiques commerciales trompeuses». Pour obtenir les derniers résultats publiés le 29 janvier, 348 établissements ont été contrôlés, à tous les stades de la filière.

Il y a d’abord beaucoup de problèmes d’étiquettes. Pour 8% des huiles contrôlées, l’origine n’était pas précisée (alors que l’Union européenne impose l’indication de l’origine sur l’étiquetage des huiles d’olive vierge et vierge extra). Certaines étiquettes laissent aussi souvent croire que l’huile est d’origine française, alors que ce n'est pas le cas. Et la DGCCRF a observé des cas de bouteilles sans étiquetage, ou avec une étiquette incomplète ou uniquement en langue étrangère.

Les appellations d’origine protégée (AOP) ou contrôlée (AOC) sont parfois utilisées à tort et à travers, avec entre autres la mise en vente d’huile d’olive vierge extra non AOC sous une mention «AOC Provence».

Et puis des manquements plus isolés concernent des abus de mentions bien valorisantes (mais fausses), comme «Huile… produite au château», «Huile du moulin de…»«coopérative oléicole» ou encore «huile à la truffe» pour des liquides qui n’en contiennent pas un gramme et sont seulement aromatisés… Mais également des allégations nutritionnelles abusives («naturellement riche en oméga 3», «sans cholestérol»…) ou des durées de conservation peu justifiées.

Ensuite, le liquide lui-même a été analysé, sur 143 prélèvements, dont 34% d’huiles françaises, pour vérifier pas mal d’éléments. «Un règlement communautaire définit des critères organoleptiques et physico-chimiques pour chaque catégorie d’huile d’olive», explique la DGCCRF. 

Et là, les mauvais résultats sont majoritaires. 46% des échantillons sont «non conformes», surtout à causes de défauts organoleptiques: des huiles d’olive vierge extra qui sont en réalité des huile d’olive vierge (la différence n'est pourtant gustativement pas négligeable), des mélanges d’huile d’olive vierge avec de l’huile d’olive raffinée ou d’autres huiles comme le soja, colza ou tournesol (sans le préciser au consommateur, bien sûr), zéro morceau de truffe dans des huiles «à la truffe noire», etc. Et 22,4% des huiles ont été jugées «à surveiller», à cause de légers petits défauts.

Ceci dit, 46% des échantillons non conformes, c'est un progrès... Ce chiffre s'élevait à 57,3% l’année dernière. «L’effort de pédagogie entrepris auprès des PME de ce secteur semble porter ses fruits», affirme notamment la DGCCRF. 

L'Europe produit une grosse majorité des bouteilles d'huile d'olive du monde (même si la dernière saison a été assez catastrophique). Et les fraudes –voire les histoires de corruption– sont anciennes et bien installées, comme l’expliquait par exemple le journaliste Tom Mueller dans son ouvrage Extra Virginity. Le journaliste et critique gastronomique Périco Légasse pointait quant à lui en janvier 2014 une certaine faiblesse de l'Union européenne dans ce secteur, dans une interview à Atlantico:

«L'Europe est très efficace en termes de règlementations et de dispositions légales sur la production, la commercialisation et l'exportation des produits européens en général. En revanche, les contrôles ne sont pas efficaces malgré tous les processus de contrôle qui existent. Il y a un problème d'effectif, de rigueur et de volonté politique. Nous en avons eu la preuve avec l'affaire de la viande de cheval. Il existe de très puissants lobbys d'agro-alimentaires à Bruxelles qui entravent l'efficacité du système. Autrement dit, ils sont si actifs que les mesures de rétorsions ne sont pas effectives malgré que les textes existant.»

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