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En Allemagne, lire les dossiers de la Stasi peut changer le cours d'une vie

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 01.02.2015 à 18 h 01

Repéré sur Die Zeit, Archives de la Stasi, Berliner Morgenpost

Au Musée de la Stasi à Berlin. REUTERS/Pawel Kopczynski.

Au Musée de la Stasi à Berlin. REUTERS/Pawel Kopczynski.

En 2019, les millions de documents, microfilms, photographies et diapositives que recèlent les archives de la Stasi devraient rejoindre les archives fédérales, trente ans après leur mise à disposition du public à la chute du Mur. Un transfert regrettable, estime l'hebdomadaire Die Zeit, car celui-ci pourrait signifier que les Allemands de l'Est qui ont été espionnés par la police politique d'ex-RDA n'auraient plus accès à leur dossier, du moins plus aussi facilement qu'aujourd'hui. Sur son site internet, la direction des archives fédérales précise en effet que c'est à elle seule que revient la décision de mettre son fonds à disposition des chercheurs et du public.

Pourtant, des milliers d'anciens citoyens de RDA n'ont aujourd'hui encore toujours pas consulté leur dossier, soit parce qu'ils n'en ont pas fait la démarche, soit parce qu'à l'époque où ils en ont fait la demande, leur dossier n'avait pas encore été retrouvé parmi les milliers de sacs de documents déchirés abandonnés par la Stasi en 1989. Jusqu'à présent, plus de 3 millions de demandes de consultation ont été déposées auprès des archives de la Stasi. En 2014, la vaste couverture médiatique du 25e anniversaire de la chute du Mur a d'ailleurs suscité un regain d'intérêt chez les anciens citoyens de la RDA: plus de 67.563 demandes de consultation ont été déposées, comme le signalent les archives de la Stasi sur leur site internet.

«24 ans après la disparition de la RDA, il y a toujours des gens qui souffrent d'avoir des doutes sur leur vie passée», écrit Die Zeit. «Qui m'a espionné? Qui m'a dénoncé? Et à qui ai-je causé du tort avec mes soupçons?»

Pouvoir accéder à son dossier peut pourtant changer une vie de façon radicale, estime l'hebdomadaire allemand, qui est allé à la rencontre de plusieurs ex-citoyens de l'Allemagne communiste qui ont consulté ou seulement pu consulter leur dossier sur le tard. À l'instar de Susanne Concha Emmrich, qui comptait des opposants au régime et des membres de l'Église protestante parmi ses amis, ce qui faisait d'elle un sujet d'observation intéressant pour la police politique est-allemande.

Avant de consulter son dossier en 2014, Susanne Concha Emmrich a longtemps cru qu'un de ses amis d'enfance, Rudenz Schramm, devenu fonctionnaire après ses études, l'avait espionné des années durant. Son nom figurait dans une liste d'informateurs non officiels de la Stasi publiée en 1990 par le tabloïd Bildzeitung. Pourtant, Rudenz Schramm n'a jamais soufflé mot au sujet de son amie à la Stasi, mais c'est une de ses anciennes voisines qui a observé ses faits et ses gestes, comme le prouvent les documents envoyés à son domicile par les archives de la Stasi. Depuis cette découverte, Susanne Concha Emmrich a repris contact avec son ami d'enfance, 24 ans après ne plus lui avoir adressé la parole...

Le professeur de danse Peter Keup a lui soupçonné son père pendant des décennies d'avoir coopéré avec la Stasi parce que celui-ci hésitait beaucoup à quitter la RDA, contrairement à sa mère. À sa grande stupeur, il a découvert en consultant son dossier que ce n'était pas son père mais son frère qui travaillait pour la police politique en tant qu'informateur non officiel. Son grand regret: n'avoir consulté son dossier qu'après la mort de son père et de son frère.

Nombreux sont les ex-citoyens de RDA qui ont connu un tel choc en consultant leur dossier. En 2012, le quotidien Berliner Morgenpost rapportait également l'histoire de Vera Lengsfeld, ancienne responsable politique au sein de la CDU, le parti chrétien-démocrate, qui a découvert en 2002 en consultant son dossier que son ex-mari l'avait espionnée pendant des années. Ce n'est qu'au bout d'une dizaine d'années, alors qu'il est mourant, qu'elle lui pardonnera.

25 ans après la chute du Mur, des millions de dossiers qui dorment dans les archives de la Stasi attendent toujours de livrer leurs secrets.

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