L’Ukraine doit devenir un Etat fédéral bilingue

Un homme avec un drapeau ukrainien à Moscou. REUTERS/Maxim Zmeyev.

Un homme avec un drapeau ukrainien à Moscou. REUTERS/Maxim Zmeyev.

Selon l'ancien ministre Jean-Marie Bockel, c'est la seule solution au conflit qui déchire le pays depuis un an.

Dans un climat de guerre civile, entre l’ouest tourné vers l’Europe et l’est tourné vers la Russie, aucune résolution durable du conflit ukrainien ne peut reposer sur l’unilatéralisme manichéen. Si l’approche consiste à vouloir faire plier un camp au bénéfice de l’autre, le conflit perdurerera.

L’ouest europhile peut compter sur le soutien des Etats-Unis et de l’Union européenne. L’est russophile peut compter sur celui de la Russie. Dans ce contexte, le réalisme commande de renouer avec l’esprit de l’accord de Genève. Il faut donc une négociation associant les représentants ukrainiens de l’ouest et de l’est. En outre, puisque le Conseil de l’Europe est une des rares institutions où siègent à la fois l’Europe, l’Ukraine, la Russie, et les Etats-Unis comme observateur, sa médiation serait idéale pour concilier les points de vue.

Compte tenu des différences de culture, de langue, d’activités économiques dominantes et de tropisme géopolitique, la seule issue stable et durable du conflit apparaît être la transformation de l’Ukraine en un Etat fédéral bilingue, fortement décentralisé et militairement neutre. La France doit donc d’urgence prendre l’initiative de proposer une négociation entre représentants ukrainiens de l’ouest et de l’est, sous triple médiation américano-russo-européenne, pour transformer pacifiquement l’Ukraine dans ce sens.

Incidemment, l’actuelle crise géopolitique ukrainienne se serait évidemment déroulée différemment si Vladimir Poutine avait eu face à lui un président de l’Europe directement élu par les citoyens européens, et donc fort de cette immense légitimité politique. A fortiori, cette crise aurait sans doute évolué différemment si ce président européen avait eu à sa disposition l’effet dissuasif d’une armée européenne unifiée, sur le modèle de la Communauté européenne de défense (CED) rêvée jadis par les pères fondateurs de l’Europe.

La France doit donc prendre l’initiative de proposer deux grandes réformes à ses partenaires de l’Union: d’une part, modifier les traités européens pour créer un vrai poste de président de l’Europe, en fusionnant ceux de président du Conseil et de président de la Commission; d’autre part, proposer la résurrection du projet de Communauté européenne de défense.

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