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Djihadisme: le clip choc du gouvernement sera sans doute inefficace

Temps de lecture : 3 min

Mais voilà pourquoi il est positif malgré tout.

Capture d'écran de la vidéo de prévention contre le jihadisme publiée par le gouvernement le 28 janvier 2015.
Capture d'écran de la vidéo de prévention contre le jihadisme publiée par le gouvernement le 28 janvier 2015.

Ça ne vous a probablement pas échappé, le gouvernement vient de lancer un clip choc de sensibilisation pour prévenir l’embrigadement djihadiste. Publiée sur le site du gouvernement, la vidéo veut répondre directement aux discours des organisations islamistes comme l’Etat islamique.

Le clip de deux minutes s'inscrit dans le changement de ton employé par la communication du gouvernement depuis quelques temps. Ici on tutoie directement le spectateur avec des messages comme «Ils te disent: sacrifie-toi à nos côtés, tu défendras une juste cause. En réalité tu découvriras l'enfer sur terre et mourras seul loin de chez toi». La vidéo alterne images de propagandes et vidéos en noir et blanc de la réalité syrienne: la guerre.

Cependant, comme l’explique Le Parisien, le coup de com du ministère de l’Intérieur ne convainc pas tout le monde.

Changement de ton

Philipe Moreau-Chevrolet, le directeur de MCBG conseil, une entreprise de conseil en communication, explique à Slate que la forme de la vidéo est selon lui la bonne (même s'il estime que les images utilisées dans le clip auraient pu être plus violentes, histoire de faire passer le message du gouvernement «de la même façon que les campagnes pour la sécurité routière»):

«C’est très bien fait, d’abord parce que ce clip reprend les codes et le langage des organisations islamistes. Et puis ce qui est intelligent, c’est que la vidéo va être diffusée sur les réseaux sociaux, le média de prédilection des djihadistes. Le gouvernement se bat avec les armes de son adversaire.»

Même constat pour David Thomson, journaliste à RFI, auteur des Français jihadistes et spécialiste des questions liées au terrorisme:

«Le ministère a visiblement étudié les codes des islamistes et sur le plan technique, c’est vraiment bien fait. La vidéo est crédible dans ce qu’elle dit.»

Toujours sur la forme, David Thomson se félicite que les services de communication du ministère de l’Intérieur aient tiré les leçons d’une campagne américaine datant d’il y a quelques mois. Lancée sur Twitter, celle-ci voulait répondre directement aux djihadistes. Elle avait été critiquée parce qu'elle donnait finalement de la visibilité à ces groupes extrêmistes.

Raphaël Liogier, sociologue à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, auteur notamment de Le Mythe de l'islamisation, essai sur une obsession collective, salue de son côté le langage de la vidéo, son «tu» omniprésent. Pour lui, cela prouve que le gouvernement a compris ce qu’il doit faire et comment il doit s'adresser aux jeunes tentés par le djihad:

«Avec l’emploi du "tu", le gouvernement s’adresse à des jeunes sensibles au discours de l'Etat islamique.»

Des jeunes, qui, selon lui, sont souvent des adolescents en conflit avec la société, parfois asociaux:

«On leur promet qu’ils seront des héros. C'est pour ça qu'ils se radicalisent, pas l'inverse. Les djihadistes s’attachent à leur donner un rêve, mais là justement, la vidéo dit bien que ce ne sont que des rêves.»

Effets concrets

Mais les bonnes intentions de la vidéo ne préjugent pas de sa réussite. Au contraire. David Thomson:

«La vidéo ne va pas convaincre des gens déjà embrigadés qui se méfient du discours de l’Etat. Le fait est que le gouvernement ne peut pas faire grand-chose contre le recrutement djihadiste, ces organisations sont présentes sur les réseaux sociaux depuis 2011/2012. C’est quasi impossible de lutter contre leur présence. Quand vous fermez un compte Twitter, il y en a neuf qui rouvrent derrière.»

«Cette vidéo vaut moins pour son efficacité que parce qu’elle dit que le gouvernement a enfin compris ce qu’il se passe», remarque Raphaël Liogier.

«Ce qui est bien, c’est qu’on ne parle ni d’islam, ni de musulmans ici, mais d’abord d’embrigadement.»

Et au-delà de la vidéo, un site du gouvernement qui l'accompagne a été pensé pour les familles, «souvent les dernières au courant de l’embrigadement de leurs enfants», selon David Thomson. Quatre rubriques, «comprendre, agir, décrypter et se mobiliser» peuvent leur être utiles. De même qu'un numéro vert qui vise à «prévenir une radicalisation violente».

Fabien Jannic-Cherbonnel

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