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Commémorations: N'oublions pas les victimes tsiganes et homosexuelles du nazisme

Repéré par Fabien Jannic-Cherbonnel, mis à jour le 28.01.2015 à 12 h 38

Repéré sur Al Jaeera, Slate

L'ancien camp de concentration Auschwitz, le 16 janvier 2014 en Pologne. REUTERS/Laszlo Balogh.

L'ancien camp de concentration Auschwitz, le 16 janvier 2014 en Pologne. REUTERS/Laszlo Balogh.

Ne pas oublier: c'était le message des commémorations des 70 ans de la libération du camp d'extermination nazi d'Auschwitz, mardi 27 janvier.  

Et si le nombre de victimes juives du régime nazi dépasse tout entendement (2,8 millions: le nombre de juifs morts dans des camps d’exterminations), Slate.com nous rappelle que la Shoah ne doit pas faire oublier l’extermination des Roms et des homosexuels européens.

Sur Open Democracy, l’historienne Anna Hajkova se demande justement ce que l'histoire peut retenir de l'Holocauste. Pour elle il faut penser une histoire qui dialogue avec toutes les victimes:

«Il y a peut être un héritage finalement: l’idée de développer une histoire plus ouverte et moins catégorique. Une histoire qui laisserait la place aux différentes victimes de génocides.»

Comme l’explique Slate.com, on estime qu'entre 5.000 et 15.000 homosexuels ont été détenus dans des camps de concentration sous le régime nazi.

Pour la population tzigane de l’époque, les chiffres sont encore plus élevés. 19.000 personnes seraient mortes à Auschwitz et entre 300.000 et 500.000 dans le reste de l’Europe.

Rien qu’en Allemagne, entre 1933 et 1945, près de 100.000 hommes (dont la moitié a été condamnée) ont été arrêtés en vertu de la loi qui criminalisait l’homosexualité. Un nombre élevé, mais dont on parle rarement à l’école ou dans les commémorations explique Slate.

Selon le site américain, la mort de Gad Beck le 24 juin 2012, considéré comme le dernier survivant gay de l’holocauste, a laissé un vide:

«Il était le dernier témoin vivant et le représentant d'une période de persécution et de souffrance sans précédent, qui a coûté la vie à des milliers d’homosexuels.»

Robert Biedron, un activiste polonais, décrit des scènes d’humiliations quotidiennes pour les homosexuels détenus dans des camps:

«Ils étaient forcés de dormir en chemise de nuit et de garder leurs mains en dehors du lit. A Flossebürg, les homosexuels étaient forcés de fréquenter des prostituées. Les Nazis faisaient même des trous dans les murs pour observer le comportement de leurs prisonniers homosexuels.»

Les Tsiganes aussi, explique Al-Jazeera, connurent une situation similaire.

Déclarés «racialement inférieurs» par les autorités allemandes dans les années 1940, tout comme les Juifs, les Roms ont été victimes d'une campagne déterminée par les nazis pour les rassembler dans des ghettos et des camps de travail et finalement, de les tuer.

Comment alors, commémorer ces morts?

Jusqu’en 1979, les historiens expliquaient que si les Tsiganes avait été tués, c’était parce qu’ils étaient considérés par les Nazis comme des criminels.  Ce n’est qu’après que les chercheurs ont commencé à considérer l’existence d’un Holocauste Tzigane.

En France, il a fallu attendre 2005 pour que Jacques Chirac, alors président de la République, reconnaisse la déportation des Tsiganes et des homosexuels.

Et si l’on en parle plus aujourd’hui, aucun survivant Rom, ou représentant, n’a par exemple été invité à parler lors des cérémonies de commémorations, que ce soit à Auschwitz ou à New York.

Pour Al Jazeera, il y beaucoup à faire pour que le monde n’oublie pas ce qu’il s’est passé.

Slate.com pense également que l’ouverture d’un mémorial de la déportation homosexuelle à Amsterdam ne suffit pas:

«Ce mémorial, peut importe sa forme, ne peut pas nous faire nous souvenir comme un visage humain. Sans des hommes comme Gad Beck et Karl Gorath, et alors que nous nous éloignons collectivement de plus en plus de l’Holocauste, que va-t-il se passer pour la mémoire des déportés gays? Qui va se souvenir d’eux?» 

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