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Combien de temps à l’avance les journaux rédigent-ils les nécrologies?

Christopher Beam, mis à jour le 30.08.2009 à 9 h 42

Ça dépend des personnalités.

La famille d'Edward Kennedy a annoncé la mort du Sénateur vers 1h20 mercredi matin. Quelques heures plus tard, les média sortaient des nécrologies complètes semées de citations de ses amis, de sa famille et d'experts politiques. Combien de temps à avance les journaux rédigent-ils les notices nécrologiques?

Ça dépend de l'individu. La très grande majorité des nécrologies est écrite après la mort de leur sujet. Mais des organes de presse pré-rédigent des nécrologies dans les trois situations suivantes: si le sujet est tellement célèbre que le journal serait embarrassé de ne pas avoir de copie prête immédiatement dans l'hypothèse d'une mort prématurée; si le sujet est vieux ou malade; ou si le sujet est «à risque» - par exemple, s'il est toxicomane ou cascadeur.

La première catégorie s'est raréfiée: on compte parmi elle des grands dirigeants comme Barack Obama ou Gordon Brown. La deuxième catégorie inclut des individus comme le Sénateur Kennedy et d'autres qui ont dépassé l'espérance de vie moyenne de 75 ou 80 ans. (Même avant que Kennedy n'ait annoncé qu'il avait un cancer au cerveau en mai 2008, des journaux préparaient déjà sa nécrologie.) De même, The NewsHour With Jim Lehrer avait une notice prête pour le Pape Jean Paul II deux ans avant sa mort.  Dans la troisième catégorie, on trouve des stars telles que Michael Jackson et Britney Spears. Quand Jackson est mort à 50 ans, le Los Angeles Times avait déjà une nécro prête car son dossier médical était à risque. En 2008, quand les écarts de Spears faisaient régulièrement la «une» des tabloïds, l'Associated Press a pré-rédigé sa nécrologie bien qu'elle n'eût que 26 ans.

La personne désignée pour rédiger la nécrologie dépend du sujet. De grands journaux tels que le New York Times et le Washington Post demandent autant que possible aux journalistes du domaine concerné de rédiger les nécrologies.  (Par exemple, un correspondant politique a écrit la nécro de Kennedy pour le Times).  Aux Etats-Unis, les autres sont rédigées par une équipe appelée nécrologique constituée d'un rédacteur en chef et de quelques journalistes. Parfois ces journalistes ont une expertise dans un certain domaine, comme le sport ou Hollywood, et dans ce cas c'est le spécialiste qui rédige la nécrologie.  Mais, pour la plupart du temps, des rédacteurs des nécros sont des généralistes.

Les «nécrologues» ont différents moyens de se tenir au courant pour savoir qui vient de mourir ou qui n'en est pas loin.  Ils lisent attentivement les autres journaux et des sites web pour pister les avis de décès et mettent parfois en place des alertes sur Google sur des termes comme «est mort à », comme dans la phrase «Edward Kennedy est mort à 77 ans». Une autre stratégie assez simple consiste à demander à ses collègues au journal lequel de leurs sources ou de leurs sujets risque de bientôt passer l'arme à gauche.  Des «nécrologues» communiquent souvent avec les amis et la famille du sujet.  Le Washington Post, par exemple, contactait régulièrement l'entourage de Kennedy pour connaître l'état de santé du sénateur.

Parfois, un organe de presse arrangera un entretien avec le sujet pour avoir du matériel pour sa notice nécrologique.  Justement, en 2007, le New York Times a commencé à enregistrer de tels entretiens pour les utiliser après la mort du sujet.  Dans d'autres cas, c'est le sujet lui-même qui prendra contact avec le journal.  Par exemple, le fameux lobbyiste Edward von Kloberg III, qui a accompli sa carrière en représentant des dictateurs comme Saddam Hussein ou le régime militaire birman, a téléphoné au Post pour arranger un entretien quelques mois avant sa mort.

Combien de nécrologies les journaux gardent-ils dans leurs réserves? Cela dépend de la taille et des ressources du groupe. Le New York Times prétend en avoir pré-rédigé 1.200, la plus ancienne datant de 1982. Le Washington Post en a déjà préparé 150. Parfois, cette pratique conduit à des situations embarrassantes. Des nécrologies pré-rédigées sortent parfois trop tôt, par exemple quand CNN a publié par erreur des maquettes de sa notice nécrologique pour Dick Cheney en 2003. En 1998, l'Associated Press a annoncé par erreur la mort de Bob Hope, qui a été aussitôt annoncée au Sénat. Parfois, le sujet survit à l'auteur de sa nécro: quand l'ancien président américain Gerald Ford est mort en décembre 2006, l'auteur de sa nécrologie était déjà mort depuis 11 mois.

Le rythme de plus en plus effréné de l'actualité rend la rédaction des nécrologies de plus en plus délicate. Auparavant, le pire moment pour le décès d'une personne, c'était après 17h00, la dernière limite pour le bouclage d'un journal, parce que les journalistes étaient obligés de préparer en toute vitesse une nécrologie pour paraître dans le journal du lendemain. Aujourd'hui, il n'y a plus de bon moment, car les organes de presse sont censés avoir un profil prêt quelques heures après un décès.

Christopher Beam

Remerciements à Adam Bernstein du Washington Post; Marilyn Johnson, auteur de The Dead Beat; et Claire Noland du Los Angeles Times.

Image de une: inhumation du sénateur Ted Kennedy, samedi au cimetière d'Arlington. Jim Young/REUTERS

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