Holocauste: 55% des Allemands pensent qu'il faudrait «enfin tirer un trait sur le passé»

Auschwitz II / Miika Silfverberg via Flickr licence by

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Alors que l'Allemagne commémorait mardi le 70ème anniversaire de la libération du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, une étude de la fondation Bertelsmann, issue du grand groupe de médias allemands du même nom, se penche sur le rapport des Allemands et des Israéliens d'aujourd'hui à l'Holocauste.

Côté allemand, 37% considèrent «tout à fait exacte» l'affirmation «Nous devrions plutôt nous occuper des problèmes actuels que des crimes contre les Juifs, qui ont été commis il y a plus de 60 ans», contre 27% côté israélien, où seules des personnes de confession juive ont été interviewées.

55% des Allemands se prononcent par ailleurs en faveur de l'affirmation selon laquelle il faudrait «enfin tirer un trait sur le passé», contre seulement 22% des juifs israéliens.

Les Allemands seraient-ils «un peuple qui refoule l'Histoire?», s'interroge le quotidien bavarois Süddeutsche Zeitung, avant d'avancer un autre résultat du sondage qui tend à prouver le contraire: 42% des Allemands estiment ainsi que l'affirmation «Aujourd'hui, près de 70 ans après la fin de la guerre, nous ne devrions plus autant parler de la persécution des juifs, mais enfin tirer un trait sur le passé» est «fausse», soit plus du double qu'en 1991, où ils n'étaient que 20% à le penser.

Un résultat ambivalent qui illustre bien le rapport ambigu des Allemands à leur passé nazi, estime la Süddeutsche Zeitung:

«Le fait qu'Auschwitz ne devait plus jamais exister est la base de la loi fondamentale et la profession de foi de la république fédérale, pas seulement pour l'élite politique. En même temps l'exigence selon laquelle il fallait bien finir par tirer un trait sur le méchant passé est présente tout au long de l'histoire de la république.»

Le quotidien donne l'exemple du parti libéral allemand FDP, assez nationaliste à ses débuts, qui dès 1949 écrivait sur ses affiches électorales: «Tirer un trait dessus!», «dessus» signifiant «la dénazification, la dépossession de leurs droits, la mise sous tutelle» des Allemands.

L'opinion des deux peuples diverge également au sujet de l'image qu'ils ont aujourd'hui l'un de l'autre, fait remarquer l'hebdomadaire Der Spiegel: au bout de 50 ans de relations diplomatiques entre les deux pays, les Israéliens voient les Allemands d'une manière de plus en plus positive. 68% des juifs israéliens interrogés disent avoir une image positive de l'Allemagne, alors que les Allemands, au contraire, sont 48% à avoir une image négative d'Israël. «Le conflit au Proche-Orient a laissé des traces», analyse la Süddeutsche Zeitung, y voyant le reflet d'une critique de la politique menée par Israël à l'égard de la Palestine.

Mais Der Spiegel avance pour sa part que ce chiffre témoigne aussi d'une certaine montée de l'antisémitisme en Allemagne, citant un autre résultat de l'étude:

«Alors qu'en 2007 environ 30% des Allemands comparaient la politique israélienne vis-à-vis des Palestiniens au national-socialisme, ils étaient dernièrement déjà 35%.»

Afin d'éviter que la mémoire des crimes perpétrés par les nazis disparaisse avec la mort des derniers survivants de l'Holocauste, le président du Conseil central des juifs d'Allemagne, Josef Schuster, préconise de rendre la visite d'un camp de concentration obligatoire pour tous les élèves inscrits dans une établissement scolaire allemand à partir de l'âge de quinze, comme il l'explique dans une interview au quotidien Neue Osnabrücker Zeitung:

«La théorie et les cours, c'est une chose, l'expérience concrète sur place, appréhender de façon plastique, c'en est une autre.»

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