Science & santé

«A 25 ans, je n’ai jamais été touché par l’amour»

Lucile Bellan, mis à jour le 27.01.2015 à 18 h 33

Cette semaine, Lucile répond à un homme qui s'inquiète de ne pas trouver l'âme soeur alors qu'il en meurt d'envie et se sent prêt à aimer follement.

«Le voyageur au-dessus de la mer de nuages», de Caspar David Friedrich, via Wikipedia, License CC. 

«Le voyageur au-dessus de la mer de nuages», de Caspar David Friedrich, via Wikipedia, License CC. 

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du coeur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes

Je suis, par hasard, tombé sur une de vos chroniques. C’est très intéressant et louable ce que vous faites, je trouve. Dans ce monde où l’accent est presque exclusivement mis sur comment remédier aux problèmes économiques et politiques, on en vient très souvent à oublier qu’[il] exist[e] d’autres maux dont les fameux problèmes de cœur. Et qui sont pourtant un problème existentiel, en tout cas plus existentiel à mon sens que les problèmes politiques ou économiques. Ce problème si particulier est tant être passé sous silence qu’il faut souvent le vivre par soi-même pour prendre conscience de son existence.

En effet, aujourd’hui à l’âge de 25 ans, je n’ai jamais été touché par l’amour. Je ne sais pas ce que [c'est] que d’être aimé, de tenir la main d’une fille, de la regarder dans les yeux, ce que c’est que de regarder un beau film avec elle. 

J’aimerais tant avoir une personne à qui je donnerai tout cet amour que j’ai en moi, une personne que j’appellerai au petit matin au réveil pour demander comment elle a passé la nuit et lui souhaiter un doux réveil… Et c’est bien à la fois triste et réconfortant (mais beaucoup plus triste que réconfortant) de voir que je ne suis pas seul dans cette situation. En effet, ça semble être le lot de nombreuses personnes à travers notre petit monde. Si je suis aujourd’hui encore tout seul, ce n’est pas faute d’avoir essayé hein! Loin s’en faut! Je me suis déjà au moins 12 à 15 fois intéressé sincèrement a des filles mais malheureusement (ou heureusement) ça a été à chaque fois non réciproque. Si bien que je me demande comme Céline Dion (dans son titre «s’il suffisait d’aimer») MAIS COMMENT FONT CES AUTRES A QUI TOUT REUSSIT? C’est dur mais ça a été encore plus dur par un proche passé de supporter ces rejets multiples. En effet, aujourd’hui, avec le recul, je me dis que finalement, je ne suis pas le plus à plaindre dans ce monde. Je vis au Cameroun et pas en Irak, au Soudan du sud, en Palestine ou encore en Syrie (si vous voyez de quoi je veux parler) Finalement, je n’ai peut être pas l’amour mais j’ai de la chance, je suis en vie, je vis dans la paix, j’ai été et suis encore à l’école, j’ai de quoi manger…et ce n’est pas le cas pour beaucoup. C’est pour moi une consolation! Mais si un jour la vie se décidait à me donner ma chance avec une fille, c’est sûr, celle là serait l’une des plus heureuse du monde.

Peut-être auriez-vous pour moi des conseils pratiques pour trouver l'âme sœur? Que faire au juste?

Bertrand

Cher Bertrand,

Mon premier conseil pour trouver l’amour va être de vous dire d’arrêter de citer Céline Dion dans le texte. Mais plus sérieusement, Bertrand, vous semblez être un homme bien, conscient du monde qui l’entoure et des difficultés qui existent. Vous ne semblez même pas en tenir rigueur à «ceux à qui tout réussit». Et vous avez raison. Il n’y a pas de formule magique, pour trouver l’âme sœur. Tout simplement, parce que je n’y crois pas. 

Je suis un indécrottable cœur d’artichaut, pourtant. Mais je ne crois pas en l’existence sur toute la planète entière d’une âme sœur qui soit si parfaite qu’elle complète à merveille notre personnalité et notre vie. Je crois aux rencontres, aux opportunités, au hasard qui fait bien ou mal les choses. On a souvent dit que l’amour c’était «deux névroses qui se comprennent» et je dois avouer que j’adhère plus à cette image. Chacun change, évolue, au fur et à mesure des années. Nous trainons tous nos fêlures et nos doutes. L’important n’est-il pas de trouver la personne qui comprenne et respecte ces aspérités, notre humanité dans sa globalité? 

Vous semblez vouloir offrir aux femmes une «Pluie de roses sur Manhattan» alors que beaucoup –comme les hommes sans doute– ne désirent que de la sincérité, de l’honnêteté, du quotidien enveloppant et rassurant. Cet enthousiasme que vous transportez, ces rêves et cette image complètement idéalisée de l’amour, sont une pression pour les femmes que vous rencontrez, vous savez. Elle les oblige aussi en retour à tellement d’efforts sur les apparences. C’est une perfection qui étouffe, un menu que vous énoncez mais dont on sait à l’avance qu’il sera indigeste. Vous pourriez d’abord vous poser cette simple question: «est-ce que je n’attends pas trop de l’amour et des femmes?».  

Bien sûr que les femmes rêvent Bertrand, elles rêvent comme vous. Le monde dans lequel nous vivons les a quand même obligées à laisser tomber le fantasme du prince charmant. Ne cherchez plus une princesse de conte de fée et vous aurez peut-être une chance de tomber sur une femme bien, qui vous aime en retour. Et vous aurez alors toute l’opportunité, par petites touches, de mettre des paillettes dans ses yeux. Les exceptions sont le sel, vous savez, elles donnent de la valeur au quotidien.

Lucile Bellan
Lucile Bellan (173 articles)
Journaliste
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