Monde

Iran: Sarkozy fait la leçon à Obama

Daniel Vernet, mis à jour le 01.09.2009 à 9 h 45

Le Président français considère que l'ouverture faite par Barack Obama aux dirigeants iraniens a échoué.

Il y a un an, Nicolas Sarkozy s'était présenté devant la traditionnelle conférence des ambassadeurs, auréolé de son récent succès de faiseur de trêve, sinon de paix, entre la Russie et la Géorgie. Cette année, pas de haut fait à célébrer. Pas de présidence de l'Europe à exalter. Une conjoncture plus terne, dans laquelle le nouveau venu sur la scène internationale, Barack Obama, a largement tenu la vedette, éclipsant l'activisme du président de la République française. Cette rivalité larvée a-t-elle poussé Nicolas Sarkozy à se placer à la pointe du combat contre le programme nucléaire iranien?

Sans doute le chef de l'Etat est-il préoccupé depuis toujours par les projets prêtés au régime de Téhéran d'accéder à l'arme nucléaire. Il a constamment manifesté une grande fermeté dans le propos et s'est prononcé pour un renforcement des sanctions, même si les paroles n'ont pas toujours été suivies d'actes. Il est vrai que la décision ne dépend pas seulement de la France. La position des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, plus l'Allemagne qui a été associée depuis le début au dossier iranien, est fondamentale. Des sanctions économiques aggravées par rapport au régime actuel se heurtent aux intérêts commerciaux et politiques de la Russie et de la Chine. Ces deux pays ne verraient pas d'un bon œil un Iran nucléarisé mais comme ils ne croient pas à un danger imminent, ils essaient à la fois de ne pas briser la solidarité de la communauté internationale et de garder de bonnes relations avec les mollahs.

Mais Nicolas Sarkozy ne se contente pas de réclamer un durcissement des sanctions contre Téhéran. Il est à peu près acquis que, malgré encore une fois les réticences russes et chinoises, un petit pas sera fait dans cette direction par le Conseil de sécurité au cours des prochains mois. Le président français considère surtout que l'ouverture faite par Barack Obama en direction des dirigeants iraniens a bel et bien échoué, avant même que l'administration américaine ait abouti à la même conclusion. «Aujourd'hui, disons les choses telles qu'elles sont, nous n'avons reçu aucune réponse positive à nos propositions. Aucune», a-t-il dit, laissant entendre que la politique de la main tendue n'avait pas connu un sort meilleur que le «paquet» maintes fois proposé par les Européens.

Ce n'est pas la première fois que la diplomatie française se permet de faire à la leçon à Barack Obama. Au lendemain de son élection, le ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner avait mis en garde, dans une intervention à la Brookings Institution à Washington, contre la naïveté consistant à croire qu'Ahmadinejad serait sensible aux appels au dialogue bilatéral, alors que les Européens s'évertuaient depuis des années à ramener les Iraniens à la table des négociations. C'est le même message que Nicolas Sarkozy a envoyé aux Etats-Unis dans son discours à la conférence des ambassadeurs.

En réalité, les positions des uns et des autres ne sont pas très éloignées. Si les Européens peuvent craindre d'être marginalisés dans une éventuelle négociation directe entre Washington et Téhéran, la priorité est d'arracher au régime iranien un signe de bonne volonté, alors que le prochain rapport de l'AIEA, l'Agence internationale de l'énergie atomique, devrait montrer que l'Iran poursuit son programme d'enrichissement de l'uranium. Des sanctions renforcées peuvent-elles y aider? Ce n'est pas sûr. Les Américains sont conscients que des frappes américaines et/ou israéliennes sur les sites iraniens auraient un effet déstabilisateur pour toute la région.

Faut-il alors se résigner à ce que l'Iran devienne un pays dit du seuil, c'est-à-dire ait la capacité de fabriquer une bombe sans passer tout de suite à l'acte? Et prévoir dès maintenant comment la dissuasion et l'endiguement pourraient fonctionner vis-à-vis d'un Iran au seuil du nucléaire? Mais ceci est une autre histoire.

Daniel Vernet

Image de Une: Barack Obama et Nicolas Sarkozy Larry Downing / Reuters

Daniel Vernet
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