Iran: Sarkozy fait la leçon à Obama
Le Président français considère que l'ouverture faite par Barack Obama aux dirigeants iraniens a échoué.
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Il y a un an, Nicolas Sarkozy s'était présenté devant la traditionnelle conférence des ambassadeurs, auréolé de son récent succès de faiseur de trêve, sinon de paix, entre la Russie et la Géorgie. Cette année, pas de haut fait à célébrer. Pas de présidence de l'Europe à exalter. Une conjoncture plus terne, dans laquelle le nouveau venu sur la scène internationale, Barack Obama, a largement tenu la vedette, éclipsant l'activisme du président de la République française. Cette rivalité larvée a-t-elle poussé Nicolas Sarkozy à se placer à la pointe du combat contre le programme nucléaire iranien?
Sans doute le chef de l'Etat est-il préoccupé depuis toujours par les projets prêtés au régime de Téhéran d'accéder à l'arme nucléaire. Il a constamment manifesté une grande fermeté dans le propos et s'est prononcé pour un renforcement des sanctions, même si les paroles n'ont pas toujours été suivies d'actes. Il est vrai que la décision ne dépend pas seulement de la France. La position des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, plus l'Allemagne qui a été associée depuis le début au dossier iranien, est fondamentale. Des sanctions économiques aggravées par rapport au régime actuel se heurtent aux intérêts commerciaux et politiques de la Russie et de la Chine. Ces deux pays ne verraient pas d'un bon œil un Iran nucléarisé mais comme ils ne croient pas à un danger imminent, ils essaient à la fois de ne pas briser la solidarité de la communauté internationale et de garder de bonnes relations avec les mollahs.
Mais Nicolas Sarkozy ne se contente pas de réclamer un durcissement des sanctions contre Téhéran. Il est à peu près acquis que, malgré encore une fois les réticences russes et chinoises, un petit pas sera fait dans cette direction par le Conseil de sécurité au cours des prochains mois. Le président français considère surtout que l'ouverture faite par Barack Obama en direction des dirigeants iraniens a bel et bien échoué, avant même que l'administration américaine ait abouti à la même conclusion. «Aujourd'hui, disons les choses telles qu'elles sont, nous n'avons reçu aucune réponse positive à nos propositions. Aucune», a-t-il dit, laissant entendre que la politique de la main tendue n'avait pas connu un sort meilleur que le «paquet» maintes fois proposé par les Européens.
Ce n'est pas la première fois que la diplomatie française se permet de faire à la leçon à Barack Obama. Au lendemain de son élection, le ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner avait mis en garde, dans une intervention à la Brookings Institution à Washington, contre la naïveté consistant à croire qu'Ahmadinejad serait sensible aux appels au dialogue bilatéral, alors que les Européens s'évertuaient depuis des années à ramener les Iraniens à la table des négociations. C'est le même message que Nicolas Sarkozy a envoyé aux Etats-Unis dans son discours à la conférence des ambassadeurs.
En réalité, les positions des uns et des autres ne sont pas très éloignées. Si les Européens peuvent craindre d'être marginalisés dans une éventuelle négociation directe entre Washington et Téhéran, la priorité est d'arracher au régime iranien un signe de bonne volonté, alors que le prochain rapport de l'AIEA, l'Agence internationale de l'énergie atomique, devrait montrer que l'Iran poursuit son programme d'enrichissement de l'uranium. Des sanctions renforcées peuvent-elles y aider? Ce n'est pas sûr. Les Américains sont conscients que des frappes américaines et/ou israéliennes sur les sites iraniens auraient un effet déstabilisateur pour toute la région.
Faut-il alors se résigner à ce que l'Iran devienne un pays dit du seuil, c'est-à-dire ait la capacité de fabriquer une bombe sans passer tout de suite à l'acte? Et prévoir dès maintenant comment la dissuasion et l'endiguement pourraient fonctionner vis-à-vis d'un Iran au seuil du nucléaire? Mais ceci est une autre histoire.
Daniel Vernet
Image de Une: Barack Obama et Nicolas Sarkozy Larry Downing / Reuters
Mis à jour le 01/09/2009 à 9h45










































L'ouverture d'Obama n'avait qu'un seul objectif à savoir tester l'unité du régime. Dans son état actuel, le régime Iranien ne peut pas avoir un discours humaniste sur Israél et l'occident. Les soubresauts suite à la réélection d'Ahmadinedjad démontrent néanmoins que les Iraniens demandent des changements et tout cela prendra du temps. Quant à durcir les sanctions, on aimerait bien comprendre à quoi cela servirait quand on voit que l'Angleterre ou même la Suisse peuvent se coucher devant Khadafi pour quelques dollars. M. Sarkozy avait d'ailleurs été le premeir à aller se coucher à Tripoli et on attend toujours, 2 ans après, les contrats promis.
Le commentaire de Sarkozy sur la fin de non-recevoir du régime iranien actuel aux propositions des 5+1 montre au moins qu'il ne réagit pas en suiviste et que la France à une attitude beaucoup plus ferme que celle de l'administration en cours de rodage à Washington. Peut-être, vous n'en faites pas mention, veut-il ainsi dissuader Israël de lancer une attaque préventive. En tout cas il montre, et vous ne le dites pas non plus, qu'il n'est pas prêt à céder au chantage des mollahs dont l'enjeu est la liberté de Clotilde Reiss. Pour tout cela je pense que Sarkozy méritait un coup de chapeau, mais c'est tellement plus vendeur de l'attaquer à tout propos…
Personne n'est prêt à céder au chantage des mollahs, c'est justement le but de l'ouverture d'Obama d'entamer des négociations pour ramener l'Iran dans la communauté des nations. Mais l'habitude de donner des leçons qu'a pris notre cher président devient de plus en plus désagréable. L'ouverture d'Obama est un échec? Attendons de voir la suite de sa politique à l'expiration de la période annoncée. Mais nous, Européens, sommes-nous vraiment en droit de porter un jugement pareil, alors que les seules solutions que nous apportons sont les menaces de répression?
C'est aussi très vendeur de critiquer à tout venant le président des États-Unis, simplement pour se prouver que nous aussi, nous pouvons agir. Vendeur de donner l'illusion que la clef du problème au Proche-Orient réside dans la politique iranienne. Comment accepter de placer cette question au centre des négociations sur l'ouverture de négociations entre Israël et l'Autorité palestinienne? Finalement, on dirait bien que nous avons céder à un chantage. En quoi celui-ci est-il plus légitime? Israël tient à sa sécurité? Nous aussi. Mais nous ne pouvons pas à ce prétexte humilier une population palestinienne dont les droits sont bafoués au quotidien, nous ne pouvons pas accepter le chantage portant sur le gel des colonies, en se cachant derrière un autre problème même s'il est lié. Que ferions nous si la Syrie décidait de coloniser le Golan? Notre politique permet-elle d'apporter la sécurité à l'ensemble des populations de la région? Il paraît évident que non.
Aucune question ne sera résolue si nous ne décidons pas de mener une politique internationale honnête, en ne sacrifiant pas des vies humaines aux intérêts économiques, en appliquant les mêmes règles de droit international à tous les États, quel que soit leur poids et leurs affinités sur le plan international.
Lilia,
Excusez-moi, mais il semble que votre post, pour l'essentiel, réponde à mon post précédent. Je vous signale, puisque cela semble vous avoir échappé, qu'à aucun moment je n'ai critiqué Obama. Je ne sais donc à qui s'adresse votre reproche selon lequel « c'est très vendeur de critiquer à tout venant le président des Etats-Unis ». Mais peut-être parliez-vous de précédent président…
En revanche, par ma remarque (« c'est tellement plus vendeur d'attaquer [Sarkozy] à tout propos ») je faisais mienne celle d'Alain Finkielkraut qui, dans son entretien avec Aude Ancelin dans le dernier Nouvel Obs (voir à http://bibliobs.nouvelobs.com/20090827/14302/lechappee-belle-dalain-finkielkraut#) déclare : « Pour faire carrière, il faut désormais cracher sur le président. Il y a désormais un tel divorce entre pouvoir politique et pouvoir social que, pour qu'on vous fiche la paix, il faut produire ses titres d'anti-sarkozysme. »
Obama n'a rien a voir là-dedans, la lumpenintelligentsia française tout !
En ce qui concerne le Proche-Orient, je n'ai pas très bien compris ce que vous reprochez à Sarkozy. Permettez-moi de vous renvoyer à son intervention à la conférence des ambassadeurs, le 26 août dernier (lire ici : http://www.elysee.fr/documents/index.php?mode=cview&cat_id=7&press_id=2851&lang=fr) où il a notamment déclaré : « la France soutient la création d’un État palestinien. C’est un élément fort de la politique française et sur lequel nous ne reviendrons pas. Et je souhaite que la rencontre, aujourd’hui même, entre le Premier Ministre d’Israël et l’envoyé du Président des Etats-Unis débouche. Débouche sur quoi ? Chacun connaît mon amitié pour Israël, et je le dis comme je le pense : débouche sur un gel précis et complet de la colonisation. Les vrais amis d’Israël doivent lui dire la vérité. La vérité, c’est qu’il n’y aura pas de paix avec la poursuite de la colonisation ».
Ilex,
il est vrai que certains passages de mon post répondent au vôtre. J'aurai du les dissocier du reste pour plus de clarté. Je vais répondre à vos questions et remarques dans l'ordre dans lequel vous me les avez soumises.
Je ne pensais pas que vous critiquiez Obama : je faisais simplement remarquer que si l'anti-sarkozysme faisait vendre, Nicolas Sarkozy le dit lui-même dans ses discours, notre président utilise aussi le même procédé commercial en construisant une grande partie de ses discours de politique internationale autour de l'anti-Obama, même si par ailleurs ils sont en accord sur de nombreux points. Je trouve cela particulièrement injustifié ici, puisque la période d'ouverture envers l'Iran n'a pas encore expiré, et donc qu'aucune mesure concrète n'a pu être prise. Cette remarque ne s'adressait donc pas à vous même si elle s'appuyait sur vos propos.
Ce que je reproche à Nicolas Sarkozy au sujet du Proche-Orient rejoint assez ce que lui-même semble reprocher à Obama. Si j'ai suivi son discours devant les ambassadeurs, j'ai aussi suivi celui qu'il a prononcé à la Knesset le 23 juin 2008. Je les compare : j'y trouve les mêmes choses, une sacralisation de la justice et du droit entre autre. Sur le papier, je suis d'accord dans l'ensemble avec ses idées sur la résolution du conflit. Qui ne pourrait l'être parmi les partisans s'une solution à deux États? Mais je constate dans la pratique que Sarkozy ne donne pas autant d'importance à la justice et au droit. Je m'explique avec trois points épineux du conflit.
D'abord, la colonisation : la majorité des États occidentaux, la France parmi les premiers, se prononcent contre, exhortant Israël de geler le processus en vue d'un accord de paix. Mais où sont les sanctions. Les dirigeants gazaoui envoient quotidiennement des roquettes en direction d'Israël, violant son territoire. Nous y avons répondu par embargo, rupture des relations, etc. Cela correspond à une juste condamnation des actes terroristes. Mais les colonies sont aussi une violation du territoire, alors pourquoi ne pas prendre de mesures contre Israël? Je ne reproche pas à Nicolas Sarkozy son amitié pour Israël, mais si elle soit conduire à une justice inégale, une justice du faible, institutionnellement parlant, et une justice du fort, alors quelque chose ne va pas. On dit que ces territoires ne seront pas reconnus comme appartenant à Israël, tout comme cela a été dit pour Jérusalem en tant que capitale. Mais la France a reconnu Jérusalem capitale d'Israël dans les faits.
Ensuite, le mur : c'est une violation flagrante du droit international. Seuls les pays arabes ont soumis la question à l'Assemblée générale des Nations unies (ce qui contribue à creuser le fossé entre les pays arabes et Israël) et la Cour internationale de justice a rendu un avis sur la question, jugeant contraire au droit international ce mur. Mais cet avis est consultatif, il n'a pas de force contraignante. Qu'ont donc fait les États? Qu'a fait la France? Rien, si ce n'est des condamnations verbales, qui ont bien fait rire le ministre du commerce et de l'industrie du gouvernement israélien de l'époque.
Enfin, le Golan : j'ai bien conscience de la position stratégique de ce plateau et des richesses qu'il renferme (l'eau surtout). Mais je ne crois pas que cela soit une raison pour qu'Israël puisse ainsi y établir sa souveraineté. L'AG des Nations unies l'a d'ailleurs souligné lors de sa séance du 13 décembre 1996 ( http://www.unhchr.ch/Huridocda/Huridoca.nsf/TestFrame/d8e2af3c07c157448025666d00329ee7?Opendocument ). De même, L'AG ne peut rien faire, c'est au Conseil de sécurité, dont la France est l'un des cinq membres permanents, d'agir. Mais là encore, rien. Pas de sanctions. Israël continue pendant ce temps à violer le droit international et les conventions de Genève sur la protection des personnes civiles en temps de guerre.
Je demande donc à Nicolas Sarkozy de cesser de parler pour ne rien faire par la suite. Ce problème est complexe, la solution simple, mais le chemin pour y arrivé est long et douloureux pour les populations de la région. Il ne s'agit pas ici de son amitié pour Israël mais de respect du droit. Le mélange des deux amène à des situations catastrophiques. Il serait temps de les dissocier. Le temps des mots est révolu : il est temps de passer à l'action, à des sanctions justes d'un côté comme de l'autre, pour qu'enfin les populations israéliennes et palestiniennes puissent vivre chacun de leur côté en paix, puisque les États n'auront probablement jamais de relations cordiales.