Economie

Emploi, le bout du tunnel?

Gilles Bridier, mis à jour le 26.01.2015 à 7 h 24

L’aggravation du chômage en 2014 devrait se poursuivre au premier semestre 2015. Mais les baisses de l’euro et du pétrole et les effets du CICE pourraient redistribuer les cartes et l’intérim semble déjà se redresser.

Tunnel towards another tunnel. Smabs Sputzer via Flickr CC License by.

Tunnel towards another tunnel. Smabs Sputzer via Flickr CC License by.

Avec 0,4% de croissance en 2014 –soit trois à quatre fois moins que le niveau à partir duquel une économie crée de l’emploi–, il aurait été vain d’espérer que la courbe du chômage, dont l’inversion n’avait pas eu lieu fin 2013, puisse intervenir un an plus tard. Au contraire: avec près de 3,49 millions d’inscrits à Pôle emploi en France métropolitaine à la fin novembre (et plus de 5 millions de chômeurs si l’on prend en considération les personnes qui ne sont plus répertoriées mais se trouvent durablement éloignées du marché du travail), le bilan s’est alourdi de quelque 200.000 personnes dans l’Hexagone.

Et même si 2015 devrait être plus dynamique avec, sur l’année, une prévision d’au moins 1% de croissance, alimentée par les baisses de l’euro et du prix du pétrole, l’emploi ne devrait pas repartir au premier semestre: de 10,4% fin 2014, le taux de chômage devrait grimper à 10,6% dans six mois. 

Mais à défaut d’enregistrer une baisse effective du taux de chômage, existe-t-il des indicateurs avancés qui permettraient de pronostiquer enfin l’inversion sans cesse repoussée?

Le premier élément favorable serait, bien sûr, la consolidation d’une croissance au-dessus de 1%, comme François Hollande en a fixé le cap. Le programme de rachat par la BCE de plus de 1.000 milliards d’euros de dettes des Etats détenues par les institutions financières devrait y concourir. Il vise à stimuler l’activité dans la zone euro en poussant la monnaie à la baisse, ce qui devrait profiter à la France comme aux autres membres si toutefois ce programme, qui revient à faire tourner la planche à billets, atteint son objectif. 

Un autre élément passe par la montée en puissance du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice), entré en vigueur début 2013 mais dont les retombées sonnantes et trébuchantes n’ont été perçues par les entreprises qu’en 2014. L’an dernier, la stimulation n’a pas suffi, mais une enquête de l’Insee a montré qu’une entreprise sur trois envisageait d’utiliser le dispositif pour renforcer l’emploi.

Perspectives favorables

Certes, de nouveaux postes ne seront créés que si la charge de travail le justifie. Mais si la croissance –même modeste– est au rendez-vous, ces entreprises sont prêtes à développer leurs effectifs, à condition toutefois que la consolidation de l’activité ne soit pas qu’un feu de paille.

Or, d’autres frémissements seraient d’ores et déjà perceptibles. Ainsi, l’intérim, considéré comme un indicateur avancé du marché de l’emploi, serait orienté à la hausse de 1,7% sur un an à la fin 2014, avec une accélération plus marquée en fin d’année, selon une enquête de Pôle emploi.

Certes, avec 613.000 intérimaires fin novembre, le niveau reste plus bas que début 2011, avec environ 50.000 intérimaires de moins. Mais par rapport au creux du début 2013, le marché du travail temporaire offre aujourd’hui des débouchés à 50.000 personnes de plus. Ce qui peut annoncer des perspectives favorables, notamment dans l’industrie et les services, où les effectifs intérimaires ont augmenté alors que, dans la construction toujours en crise, ils continuent de baisser.

L’industrie ayant massivement recours à l’emploi temporaire (44% des intérimaires y sont employés), ce sont des régions à potentiel industriel qui ont le plus profité de ce regain d’embauche sur un an, à commencer par le Nord-Pas de Calais (+12,7%), suivi par la Haute Normandie, le Limousin, l’Auvergne et la Bourgogne.

Des statistiques qui se contredisent

Toutefois, l’interprétation des indicateurs avancés est toujours délicate, surtout lorsque les statistiques ne vont pas toutes dans le même sens. Ainsi, le baromètre Prism’Emploi, qui suit mensuellement l’évolution de l’intérim, apparaît moins optimiste. Alors que Pôle Emploi évalue à 2,5% la hausse du nombre des intérimaires en novembre par rapport à octobre, Prism’Emploi considère que les effectif du travail temporaire ont reculé de 2,7% d’un mois sur l’autre à cause de la chute des effectifs dans le bâtiment et les travaux publics.

Ainsi, selon que l’on se réfère aux statistiques de l’un ou l’autre des baromètres, l’interprétation de l’indicateur avancé aboutit-elle à des projections fort différentes sur le marché de l’emploi à venir. Ce qui en dit long sur la difficulté de bâtir des prévisions.

Reste qu’à ce stade, compte tenu de l’inertie du marché de l’emploi et des perspectives de croissance malgré tout modérée, les experts n’anticipent pas de reprise possible des embauches avant le deuxième semestre. Car il faut également tenir compte de la mauvaise tenue de l’emploi salarié dans les secteurs marchands (en recul en fin d’année dernière), qui ne peuvent donc pas absorber les nouveaux arrivants sur le marché du travail, et des incertitudes, qui sont toujours un frein à la consommation.

Avec l’euro, le prix de l’énergie et le CICE les cartes vont être rebattues. Mais le jeu n’est pas encore distribué et dépendra de la capacité des entreprises à investir. Or, après la frilosité de 2014, elles n’anticipent pas de reprise dans l’immédiat…

Gilles Bridier
Gilles Bridier (663 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte