L'extrême gauche ne profite pas de la crise par Eric Le Boucher
Les solutions faciles, «faisons payer les riches», «interdisons les licenciements», «changeons de système», ne sont plus crédibles.
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Ce devait être son heure. Ce devait être le Grand moment, sinon tout à fait le Grand soir. La crise, la crise annoncée du capitalisme, la crise de la finance, l'effondrement de l'ultra-libéralisme, devaient pousser les masses à suivre les vaillantes « avant-garde » d'extrême gauche. Le rapport de force rendu favorable par la dégradation des conditions de la vie ouvrière, devait conduire à... on ne sait trop quoi, mais en tous cas à quelque chose comme une grande avancée. L'extrême gauche, trotskiste et alter, allait franchir un nouveau cap et reprendre l'ascendant politique et intellectuel à gauche en France. Et pour longtemps.
C'est l'inverse qui s'est passé. La crise n'a pas profité à l'extrême gauche, au contraire. On peut dire en cela que la crise 2008-2009 est l'envers de 1995, la grande crise française déclenchée par les retraites dans les services publics et qui avait permis l'ascension du «mouvement social», ensemble disparate mais combatif regroupant le syndicat Sud, les «alter» de toutes sortes dont Attac et, derrière ou devant comme on veut, la LCR (Ligue communiste révolutionnaire), de Krivine-Besancenot. Les esprits français resteront, jusqu'à hier, marqué par 1995 et l'idéologie de la «juste résistance» contre le capitalisme qui nous pousse vers une société toujours plus pénible.
La crise démontre ce que cette vision avait (en partie) de juste: la destruction des régulations, les spéculations, le règne de l'argent, les inégalités ont provoqué l'explosion. Mais, au moment même de son triomphe, le vainqueur est privé de sa victoire. Les élections en Europe marquent des défaites de la gauche et en France s'engage un tournant historique à notre échelle. La pensée radicale perd son hégémonie. Ce qui fut la force du PC puis la mauvaise conscience marxiste plombant le PS depuis plus d'un siècle puis la vigueur anachronique du trotskisme, en un mot le sur-moi révolutionnaire, est en train de se dissoudre dans les acides de la crise. Un vrai paradoxe: le chômage ne serait plus favorable à la Révolution! Le Nouvel Obs a beau appeler le vieux Karl au secours, la main change: le réformisme s'impose en France. La «lutte finale» est rangée aux oubliettes. Les traders, ces «salauds», ont eu la peau de Besancenot.
Pourquoi? Comment? Que se passe-t-il? Il faudra des thèses et des thèses pour répondre. Mais aujourd'hui il faut bien faire le constat : le mouvement Attac ne sait plus où il habite et le NPA est totalement isolé dans son radicalisme face au réalisme multicolore de Daniel Cohn-Bendit et il est combattu sur le terrain avec succès par les syndicats ouvriers dont la CGT (n'en déplaise à la complaisance médiatique envers un cgtiste de l'entreprise Continental qui traite Bernard Thibault de «racaille»). Le réalisme syndical national est une nouveauté à saluer.
Derrière ce recul de l'extrême-gauche, une explication: les idées anti-capitalistes reprises depuis 1995 en tremblant par le PS, n'ont plus court. Certes, personne n'adore plus l'ultra-libéralisme, la concurrence partout et l'Etat minimum, mais l'échec du capital a désarmé ceux qui demandent son éradication. La maison est par terre, le chômeur se dit que l'heure est à la reconstruction concrète des emplois, plutôt qu'aux discours de terreur. Les solutions faciles, le «faisons payer les riches», le «interdisons les licenciements», le «changeons de système» apparaissent pour ce qu'elles sont: des non-solutions. Des slogans de manuel qui, sur le terrain, ne sauvent aucun emploi, au contraire souvent, ils découragent les investisseurs. Le capitalisme ajoute en sus une touche cruelle à la défaite gauchiste: il récupère ses idées radicales qui le servent: les nationalisations des banques par exemple!
2009, l'anti-1995 ? Regardez comme la France s'est en définitive comportée dans cette crise sans plus de sur-moi idéologique. Le gouvernement a choisit la relance keynésienne mais par l'investissement et des aides aux plus démunis et en évitant ses anciennes réponses comme «une hausse du smic». Les syndicats ont été pragmatiques, à Paris comme sur le terrain, acceptant des compromis, sur l'assurance chômage ou le travail à temps partiel par exemple. Le PS lui même n'a certes rien dit mais au moins il n'a pas dit de bêtises. Démonstration est faite que ce réformisme est, dans l'hiver de la crise, beaucoup plus utile que les slogans.
Il n'y a qu'une partie de la population qui ne s'est pas aperçue de ce tournant historique et qui continue de croire vivant le spectre révolutionnaire: les dirigeants du PS. Qui peut le leur expliquer et leur dire qu'avec la crise ce devrait être à eux, aux sociaux-démocrates réformistes, leur heure et leur grand moment?
Eric Le Boucher
Image de Une: La Bourse de Francfort Pawel Kopczynski / Reuters
Mis à jour le 01/09/2009 à 9h44








































les Français, entre ceux qui ont peur de perdre ce qui leur reste et ceux qui ont perdu mais ne souffrent pas encore exagérément, ne sont pas prêts pour l'aventure révolutionnaire. Cela n'a rien de surprenant, et tant mieux. De là à croire que les Français ne vont pas, calmement, à leur rythme, remettre en cause les politiques classiques et modifier significativement leurs croyances, cela reviendrait à s'enfermer dans un schéma de pensée "conservateurs contre révolutionnaires" qui fait certainement partie des idées défuntes. L'analyse du facteur passait à la trappe de ses idées révolutionnaires, cette analyse a gagné, les idées révolutionnaires restent à la trappe, tant mieux encore. Mais croire que le triomphe de ses analyses restera sans conséquence, quelle naïveté! On ne sait pas sous quelle forme l'évolution des idées se concrétisera, mais qui peut encore croire à l'avenir des politiques classiques? et qui sait ce qui va sortir de ce naufrage?
Quand l'heure du choix remplace celle des phantasmes, un bon vieux capitalisme en crise reste préférable au communisme triomphant du XXe siecle !
Les Français savent bien que l'anti-capitalisme mène dans le mur.
Ils réclament néanmoins toujours des contre-pouvoirs aux passe-droits des possédants, c'est une vieille histoire d'ailleurs. Cette histoire reste d'ailleurs à écrire et l'échec de Besançenot ne signifie pas la fin des revendications. Il va bien falloir, un jour, que l'état soit impartial, au service de l'intérêt général et arrête de privilégier les possédants.
Au moins une partie des français savent aussi que le capitalisme est une impasse, où des "responsables" irresponsables nous conduisent à tombeau ouvert. L'économie ne doit pas occuper tout le devant de la scène, et aussi tout l'arrière-plan. Elle n'est qu'un moyen parmi d'autres pour les humains de vivre dans des conditions acceptables. Cela, beaucoup l'ont oublié. Sinon, on ne verrait pas de disparités aussi criantes, aussi hurlantes. La vie sociale, en harmonie avec notre environnement, est autrement plus importante. Il serait parfaitement possible de régulariser tout cela, si les hyper-nantis n'en avaient décidé autrement.
Posséder un toit décent, sans plus, est légitime. Le reste plonge dans l'inacceptable, de plus en plus. Et comme vous le soulignez, l'Etat se doit de privilégier l'intérêt général, et non celui des nantis.
Tout-à-fait d'accord avec votre analyse.
Je pense que si le PS n'a rien dit c'est que son intérêt est de protéger ses positions acquises dans la gestion locale et d'essayer de ne pas prendre de coups dans la politique générale de la France sur laquelle il se prononce de moins en moins. Sans s'en rendre compte, il devient ainsi un parti croupion et il ne rend pas service à notre démocratie.
En ce qui concerne le réalisme des grands syndicats Français, je serai moins optimiste que vous: il est vrai qu'ils vont sur la bonne voie mais nous sommes en période de crise et on peut se demander ce qu'ils feront quand les tensions économiques seront apaisées ou faut-il souhaiter vivre en état de crise économique constante pour avoir des syndicats enfin responsables?
Rien a dire devant cette analyse, sinon ce serait nier l'evidence des derniers resultats electoraux des mois predecedants qui semblent lui donner raison mais
que dire et comment analyser les resultats de ce we de die linke en allemagne? y aurait il une exception allemande?
que dire de ce qui se passe en amerique du sud? comptent ils pour du beurre?
La mise en place de la taxe carbone dans une dizaine de pays a t elle plus de chance de réussir a ameliorer la survie de la planete que la mise en place d'une politique anticapitaliste dans une dizaine de pays n'en a d'etre le tremplin d'un nouveau mode de production?
pourquoi toujours croire et se referer au politiquement, economiquement correct?.
un autre monde doit etre possible, le tout est de s'y mettre...et de le dire. en ce qui me concerne je ne pense pas qu'écologie et capitalisme soient compatibles. Les Verts français ne veulent pas aborder le probleme et annoncer clairement les consequences de leur programme, mais dans la pratique on ne doit pas etre tres loin d'un mouvement anticapitaliste pour le mettre en place et pour qu'il reussisse.
salutations
gg
Si Mr Besancenot ne recueille pas les fruits de la crise c’est peut-être tout simplement parce que les Français savent maintenant que toux ceux qui ont tenu le même type de discours et ont réussi à conquérir le pouvoir ont conduit leurs peuples sur le chemin de l’intolérance, de la dictature et des morts par millions. Nombre de Français souhaitent un changement de rapports à l’intérieur de la société, afin qu’une plus grande justice sociale s’établisse, mais ils ne veulent pas de ceux qui finissent toujours par entraîner leurs pays vers des lendemains pleins de douleur et de haine.
On peut préférer la réforme à la révolution mais discerner la montée d'une révolte contre la dictature de la finance ; les victimes actuelles et futures de la crise finiront par se rassembler et exiger de vrais changements, dans le calme ou la violence. Or la réforme est-elle possible ? Est-elle voulue par ceux qui détiennent un peu de pouvoir ? Sinon, l'extrême gauche se manifestera et pèsera sur notre avenir.
Ne l'enterrons pas trop tôt...
Loiseau
L'extreme gauche fait la confusion entre le capitalisme et le libéralisme. Cette crise est l'occasion d'enlever encore un peu plus de liberté au marché pour favoriser les forces en présence, c'est le retour au capitalisme, le vrai, le dur, et à la bonne volonté des seigneurs. C'est là qu'est l'erreur. Il aurait fallu demander en réalité plus de liberté, plus d'égalité (parce qu'il n'y a pas de liberté sans égalité et inversement), contre la formation de communautés d'intérêts de plus en plus restreintes qui valorisent toujours plus le pouvoir de nuisance.
La financiarisation en soit a du bon, le problème n'était pas là, il aurait fallu voir comment la société de consommation, en réalité, permet toutes les émancipations en détrônant le point de vue unique de la production.
Enfin c'est pas grave, nous allons de toutes façons vers des déconvenues toujours plus grandes avant de vraiment adopter de nouvelles façons de concevoir les choses.
A mon avis, Eric Le Boucher se trompe. Sur plusieurs points. La solution n'est pas dans une relance qui apportera les mêmes effets aux mêmes causes : les investisseurs vont continuer à acheter du papier sans valeur, sans vraie contrepartie économique. Ils vont continuer à casser le tissu industriel, uniquement pour leur bénéfice égoïste.
Les centrales syndicales (pas la base, entendons-nous bien) continuent à brader le droit du travail, le sort des plus démunis (y compris salariés) à coups d'acceptations croissantes du chômage partiel ou d'un travail du dimanche ridicule. La contrepartie ? Quelle contrepartie ? Certains patrons gagneront encore plus, c'est tout.
Le NPA se fourvoie dans des théories si fumeuses que rien n'en émerge nettement. Au contraire, il faut se pencher sur des solutions où une décroissance raisonnée ramènera paradoxalement des emplois, en évitant ou en résorbant les délocalisations. Penser global, agir local. C'est une façon de rendre inutiles les nuisibles grandes entreprises planétaires, voraces et assassines. L'avenir est dans un retour de la solidarité. Soudain les banques d'affaires, les traders, les publicitaires, tous aussi mensongers que pervers, deviendront inutiles, et ce sera très bien.
Il ne faut pas oublier une arme redoutable, et imparable. Coluche l'avait sans doute exprimé mieux que moi, mais je n'ai plus sa citation. Si on n'achète pas, en face on ne vendra pas. Ce sera l'écroulement d'un commerce basé sur l'incitation à désirer le superflu. Les multinationales doivent craindre cette prise de conscience, qui les ruinera. Sur leurs cendres encore fumantes, émergera autre chose. C'est à cela qu'il faut tendre. Je n'en retrouve aucune trace dans le texte d'Eric Le Boucher.
Un modèle qui reste à inventer… un modèle ni ultra libéral, ni anticapitaliste, juste un entre deux, permettant une souplesse dans l’entrepreneuriat, la création de richesses et la préservation/amélioration des protections sociales, modèle dont l’idéal devrait permettre à tout humain de vivre décemment !
La vraie révolution se trouvera dans ces compromis, et le changement des mentalités a la fois dans l’esprit du travail (le/les attentes) que dans le travail lui-même (management/organisation). Il faudra aussi modifier (pour les grandes entreprises) la part des revenus du capital dans le triptyque « actionnaire/entreprise/salarié »
Dire, comme le fait Eric Le Boucher que « Les traders, ces «salauds», ont eu la peau de Besancenot » est aussi un raccourci simpliste et facile. Que ce soit les partis dits « révolutionnaires », « ultra » ou « anti » quelque chose, ils ont toujours été à la traine des mouvements sociaux qui se sont déroulés au cours de cette crise. Il existe surement une colère encore vivace, une colère rentrée, pour une partie de la population, dont on ne peut encore mesurer aujourd’hui, l’intensité du ressentiment. Cette partie de la population, qui a perdu confiance envers les politiques et les partis (y compris le pseudo « réaliste » patchwork Cohn-Bendit), mais aussi vis-à-vis des syndicats et de tous ceux qui leur promettent... Compassion, compréhension et pitié... En oubliant l’essentiel... Avoir de quoi vivre décemment et dignement !!!
Il y a un mensonge qu'on s'obstine à diffuser c'est de mettre côte à côte capitalisme et libéralisme. Etre ultra-libéral rend forcément anticapitaliste. La réalité c'est que le capitalisme est mort, que le mur est tombé côté ouest 20 après celui de l'est et que le monde reste à ré-inventer en totalité. Ce n'est pas un problème d'entre-deux justement: les deux sont tombés.
Mettre sur le même plan socialisme et libéralisme:
Les socialismes sont des théories globales et donc des idéologies ayant été appliquées sur des populations pas toujours consentantes et dont les réalisations se sont terminées par d'effroyables systèmes totalitaires ne profitant qu'à une étroite oligarchie se cramponnant au pouvoir;
Le capitalisme et les libéralismes qui en découlent sont d'abord le fonctionnement empirique des sociétés humaines qui en se complexifiant et s'étendant ont donné naissance à des théories économiques essayant de rendre compte (souvent bien imparfaitement!) des échanges de biens entre les hommes et parfois d'instituer des normes.
Il est donc difficile de comparer un système de dictature et une recherche empirique fût-elle normalisatrice.
Tout d'abord toute construction sociale est empirique à partir du moment ou elle a lieu. Le capitalisme est incontournable dans le sens ou il est présent, mais il y a bien d'autres choses qui sont présentes. En l'occurrence il me semble que nous sommes à un moment de l'histoire ou il n'est pas question de le repousser mais nous sommes en train de le dépasser, peut-être (enfin clairement l'histoire continue, c'est la fin de la fin de l'histoire).
Par rapport au socialisme je suis bien d'accord mais pourquoi confondre à nouveau libéralisme et capitalisme ? Le capitalisme aussi aboutit à des dictatures. D'autre part le capitalisme essaye aussi d'empêcher de nombreuses mutations sociales complètement naturelles par rapport à des principes complètement théoriques (prenons les nouvelles technologies par exemple). Je comprends pas votre histoire d'empirique.
@ ropib,
L’empirisme en politique regroupe l’ensemble des attitudes qui tiennent compte de l'état de la société et cherchent à l'améliorer progressivement.
Non, le socialisme n'est pas une construction sociale empirique en ce qu'il repose sur un dogme, sur des recettes préexistants à sa mise en œuvre et qu'il a été appliqué et imposé à des populations diverses avec une recherche de conformité maximum par rapport à ses « textes sacrés » (livres de Marx et de Lénine, petit livre rouge...). Ce mode d'organisation d'une société a systématiquement abouti à des dictatures impitoyables dont les pays concernés ont bien du mal à se sortir (Cuba, Corée du Nord, Chine, Russie...). Des dictatures sont aussi apparues dans des régimes capitalistes mais il n'est pas du tout évident que ce mode de gestion de la société soit la cause essentielle, voire déterminante de l'instauration de ces systèmes autoritaires. C'est d'autant plus évident que ce sont des pays capitalistes qui luttent ou qui ont lutté pour ramener la liberté et la démocratie dans ces pays capitalistes gangrénés par les despotismes. L'expérience montre d'ailleurs qu'à long terme (trop long terme!) capitalisme et dictature ne font pas bon ménage: la Chine sera-t-elle la première exception?
Je ne confonds pas libéralisme et capitalisme. Le capitalisme est une étiquette que l’on apposé au XIXe siècle sur le fonctionnement économique des sociétés occidentales qui faisaient du capitalisme sans le savoir et sans même se poser la question. A partir de cette théorisation de l’économie et de la vie sociale qui en découle, deux positions principales se sont fait jour :
- ceux qui étaient favorables au capitalisme et qui voulaient moderniser et améliorer cette organisation en introduisant plus de libertés tout en gardant les acquis de l’expérience : les libéraux (empiriques)
- ceux qui étaient défavorables au capitalisme y voyant la négation des valeurs humaines au bénéfice des profiteurs et ont cherché à inventer et à appliquer de nouveaux modes de fonctionnement de la société : les socialistes (dogmatiques).
L’Histoire montre, jusqu’à maintenant du moins, que les libéraux avaient raison et l’actualité nous fait voir que le capitalisme, sur lequel repose le libéralisme, est loin d’être mort, il se transforme, il se modifie, il choisit de nouvelles règles mieux adaptées au contexte actuel, il demeure tel qu’en lui-même : EMPIRIQUE.
Monsieur le Boucher, on vous adore, mais écrire ``avoir court'', ce serait compréhensible pour un joueur de tennis, pas pour un économiste de votre calibre !