LGBTQ

Enfin, les jeunes gays s'intéressent aux Silvers

Didier Lestrade, mis à jour le 26.01.2015 à 16 h 40

Et c'est une excellente nouvelle.

Stephen Fry lors d'une avant-première du «Hobbit» à Los Angeles, le 2 décembre 2013. REUTERS/Phil McCarten

Stephen Fry lors d'une avant-première du «Hobbit» à Los Angeles, le 2 décembre 2013. REUTERS/Phil McCarten

Il y a quelques jours, le célèbre acteur anglais Stephen Fry s'est marié avec un homme deux fois plus jeune que lui. Cette différence d'âge a été remarquée dans les médias britanniques et illustre un phénomène nouveau dans la société. Les différences d'âge entre partenaires gays sont plus importantes qu'entre partenaires hétéros. A une époque où l'on parle sans cesse du fossé culturel grandissant entre générations, c'est un des rares signes positifs d'évolution intergénérationnelle. Dans le sexe, l'amour et la vie commune.

On ne va pas revenir ici sur le phénomène très populaire des Couguars et Milfs, ou des Pumas pour décrire les hommes âgés qui ont du succès. Stephen Fry n'est peut-être pas l'étendard  de cet homme nouveau dont la sexualité cinquantenaire est épanouie, mais c'est un acteur et journaliste respecté, aimé. Il ne s'est pas contenté de développer une carrière, il est engagé à la télé pour les droits LGBT. Stephen Fry est aussi populaire sur Twitter avec 8.5 millions de followers. En fait, il appartient à cette prestigieuse bande d'acteurs gays seniors qui sont out, très militants tout en étant adorés du public: Ian McKellen, Alec Guiness, John Gielgud, etc.

Quand Stephen Fry a annoncé son mariage avec Elliott Spencer, la presse anglaise a réagi avec gentillesse et très peu d'ironie sur la différence d'âge des futurs mariés, voir cet article du Guardian. Fry a 57 ans, son amoureux 27. Trente années les séparent, trois décennies pendant lesquelles il s'est passé beaucoup de choses. Et le rythme s'accélère comme le montre cet article de Slate de 2011 car cela dépasse désormais largement le seul cadre de la gérontophilie telle qu'elle est décrite dans le film de Bruce LaBruce, Gerontophilia (2014) .

Une tendance qui s'accentue

Pourtant, à la suite du mariage de Stephen Fry, pas un seul article qui ait creusé sur l'évolution des relations intergénérationnelles entre hommes. Car c'est une nouvelle tendance. Les baby boomers vieillissent et cherchent à rester séduisants. De leur côté, les jeunes ont plus de curiosité envers les hommes âgés, ils sont décomplexés

Certains sites de drague sont spécialisés dans ces rencontres et il est connu que l'écrivain Edmund White a retrouvé une nouvelle jeunesse sexuelle sur le site SilverDaddies (assez glauque quand même). Mais c'est surtout les applis comme Grindr et Scruff qui mettent en contact des hommes de générations très différentes. Les bars et les clubs étant moins visités, c'est sur Internet que les jeunes côtoient des hommes qui pourraient être leur père ou parfois leur grand-père. Recevoir un woof d'un cub (un jeune bear) est une des belles surprises modernes.

Loin des sugar daddies

On est loin du système gay traditionnel où le premier pas venait des mecs âgés qui couraient après les jeunes. Ce sont eux, désormais, qui disent bonjour. Et ça bouleverse l'idée courante chez les gays selon laquelle après 48 ans, on ne sert plus à rien. 

Par exemple, dans mon entourage, ils sont nombreux les gays quinquagénaires qui se plaignent de ne plus être l'objet d'intérêt. Pendant toute leur vie sexuelle, ils n'ont pas eu à ramer pour attirer un homme. Certains sont toujours sexy et objectivement beaux. Mais ils ont la nette impression que plus personne ne les regarde. Pour eux, le seul moyen de préserver une activité sexuelle partagée, c'est de payer un escort. La prostitution est la seule possibilité. Tout le monde n'a pas un budget escort, surtout en période de crise. 

La particularité de ces jeunes qui se tournent vers les hommes âgés, c'est qu'ils sont loin de chercher un sugar daddy. Ils ont des grands idéaux, ils n'aiment pas qu'on leur offre de l'argent, ils sont très attentifs à ne pas donner l'impression de chercher des relations tarifées. On est loin des relations de duperie avec ce qu'on appelait, il y a trente ou quarante ans, un micheton.

Le sexe

Ce qui motive ces jeunes, c'est principalement l'envie d'apprendre. Souvent, ils sont fiers de dire qu'ils sont «curieux», ce qui contrebalance leur idée du sarcasme permanent. Bien sûr, ils sortent avec des jeunes de leur âge, ils ont clairement envie de tomber amoureux d'un homme de leur génération, mais ils ont envie de découvrir une autre manière de faire l'amour. Souvent, d'ailleurs, ils admettent que les hommes mûrs sont plus attentifs et les traitent mieux que les autres. Ils considèrent que se tourner de temps en temps vers un silver, ces hommes grisonnants, c'est une expérience comme une autre qui permet d'apprendre de nouvelles astuces sexuelles. Et ça comble certaines lacunes en matière d'éducation sexuelle (par exemple, ils sont sous-informés en matière de prévention. 

Stephen Fry est donc un des chanceux de notre époque. Il a 57 ans, son mari 30 ans de moins. En général, on dit que qu'un senior peut sortir avec un partenaire qui fait la moitié de son âge +7 ans. Chez les gays, c'est OK de sortir avec un jeune qui fait le tiers de l'âge +10. Mais même ces règles bourgeoises sont contestées. La société est beaucoup moins critique envers ces relations intergénérationnelles. On ne se moque plus d'un jeune de 24 ans qui sortirait avec une femme de dix ans son aînée. Une différence d'âge de 10 ans était la règle, maintenant une différence de 30 ans ne choque plus (seuls les parents grincent des dents mais, parfois, ça les rassure de voir leur kid avec un homme sérieux). Et les amis de ces jeunes regardent ces nouvelles relations d'une manière positive et parfois même envieuse.

 La responsabilité de la société

La société est d'autant plus bienveillante envers ces relations qu'elle est en partie responsable. Près de la moitié des jeunes de 18 à 25 ans vivent encore chez leurs parents. Ils sont rebelles face à l'autorité mais parviennent à respecter la personne qui servira de modèle. Leur besoin de coaching est important. Le désir d'aller voir ailleurs est immense. Ils ont une soif d'apprendre. Et ils sont moins coincés sexuellement que les jeunes des générations précédentes. Vraiment, c'est une des rares belles histoires de notre époque.

Didier Lestrade
Didier Lestrade (71 articles)
Journaliste et écrivain
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