Il est minuit moins 3 sur l'horloge de la fin du monde

Des «horloges de la fin du monde» affichées par Greenpeace à Hong Kong en 2007. REUTERS/Bobby Yip

Des «horloges de la fin du monde» affichées par Greenpeace à Hong Kong en 2007. REUTERS/Bobby Yip

C'est l'heure la plus proche de minuit depuis 1984, pendant la Guerre froide. En plus du risque nucléaire, ce qui nous menace aujourd'hui, c'est bien le réchauffement climatique.

En 1947, le spectre d'un holocauste nucléaire a amené le Bulletin of the Atomic Scientists à inventer l'Horloge de la fin du monde. Cette horloge devait montrer à quel point les humains étaient près d'être effacés de la carte. Minuit sur l'horloge représentait une catastrophe mondiale –la fin de la civilisation telle qu'on la connaît.

Au début, le Bulletin avait réglé l'horloge sur 23h53. Chaque année, le groupe se réunit et définit la nouvelle heure de l'horloge, la reculant ou l'avançant pour refléter les changements du monde.

Jeudi 22 janvier, il a avancé l'horloge de deux minutes. Il est désormais 23 heures 57.

C'est l'heure la plus proche de minuit depuis 1984, pendant la Guerre froide. La seule fois où l'humanité a été plus proche de l'auto-destruction, selon l'horloge, c'était entre 1953 et 1960, quand elle annonçait 23:58, à cause de la stratégie du bord de l'abîme entre les Etats-Unis et l'Union soviétique. La fin de la Guerre froide a fait reculer l'horloge jusqu'à 23:43, en 1991. Alors comment se retrouve-t-on à 23:57, vingt-quatre ans plus tard?

La guerre nucléaire n'est plus la seule menace plausible et existentielle à laquelle nous faisons face selon le comité sur la science et la sécurité du Bulletin. L'autre, c'est le changement climatique.

Comme Lawrence Krauss l'a expliqué sur Slate.com il y a deux ans, le changement climatique a été ajouté en 2007 aux calculs pour savoir comment régler l'horloge, tout comme les dangers que présentent les biotechnologies et le bioterrorisme. Malgré une sensibilisation constante du public à ce premier problème, l'inaction mondiale n'a fait qu'assombrir le tableau. Dans un communiqué, le Bulletin ainsi averti le monde, ce jeudi:

«Les efforts actuels sont complètement insuffisants pour empêcher un réchauffement catastrophique de la Terre. En l'absence d'une correction de cette trajectoire dramatique, les pays auront émis assez de dioxyde de carbone et de gaz à effet de serre d'ici la fin du siècle pour transformer profondément le climat de la Terre, ce qui va nuire à des millions de personnes et menacer beaucoup des systèmes écologiques clés sur lesquels la civilisation s'appuie.»

Ce n'est pas nouveau. Plus tôt dans la semaine, lors de son discours sur l'état de l'Union, le président américain Barack Obama a dit du changement climatique qu'il était la plus grande menace pour les futures générations. Il n'essayait pas d'exagérer. Et il a peut-être raison.


Ce qui est intéressant avec l'Horloge de la fin du monde, cependant, c'est qu'elle représente une tentative –qui reste celle subjective d'un groupe de scientifiques qui ont leurs intérêts et leurs partis pris– de mettre la menace du changement climatique dans son contexte.

La situation est-elle si mauvaise? Oui, vraiment. Et pourtant, selon le Bulletin, la menace du réchauffement de la planète n'est pas aussi terrible que le menace nucléaire de 1953, ou de celle d'une guerre nucléaire en 1984.

Souvenez-vous, ce n'est pas seulement le changement climatique qui nous a précipités vers 23:57. C'est la combinaison du changement climatique et de récents développements plutôt décourageants sur le front de la prolifération nucléaire. Lors d'une conférence de presse, jeudi, la directrice exécutive du Bulletin, Kennette Benedict a mis l'accent sur les deux. Sur la menace nucléaire, elle a ainsi dit:

«Le processus de réduction des armes est arrivé dans une impasse, puisque les Etats-Unis et la Russie se sont embarqués dans des programmes importants pour moderniser leurs forces nucléaires –sapant ainsi les traités existants sur les armes nucléaires. Au même moment, d'autres Etats qui possèdent des armes nucléaires se joignent à cet engouement de modernisation onéreux et extrêmement dangereux.»

Les menaces peuvent donner l'impression de ne pas avoir de lien entre elles, mais cela vaut le coup de penser aux deux en même temps, parce qu'il existe d'intéressants parallèles. Le plus grand danger posé par les bombes nucléaires n'est pas leur pouvoir explosif. C'est la perspective d'un hiver nucléaire –qui est une forme d'un changement climatique très soudain, causé par l'homme.

Fastfission via Wikimedia Commons – CC Licence By

Quand on parle des conséquences d'un réchauffement climatique anthropogénique, il y a beaucoup d'incertitudes. En revanche, les menaces posées par le changement climatique ne sont pas aussi incertaines que celles posées par une prolifération du nucléaire. On ne connaît peut-être pas les effets d'une réchauffement de la planète, mais nous savons qu'il est train de se produire, et nous avons une assez bonne idée de ce qui va se passer si l'on ne fait rien: mauvaises récoltes, extinctions, famines, pénuries d'eau, conflits régionaux, inondations de côtes, et encore plus d'événements météorologiques extrêmes.

A l'inverse, nous n'avons aucune idée de ce qui se produira si nous ne parvenons pas à maîtriser les arsenaux nucléaires du monde. Dans le pire des cas, cela pourrait nous mener vers une guerre nucléaire, ce qui changerait le climat beaucoup plus rapidement que notre rythme actuel d'émissions de gaz à effet de serre. Dans le meilleur scenario, les pays continueront à maintenir leurs arsenaux nucléaires, mais personne ne les réutilisera. Et bien sûr, il y a tout un tas de scenarii entre les deux.

Nous pourrions passer des années à débattre de ce qui est le plus dangereux, le changement climatique, ou la prolifération du nucléaire. Mais ce serait comme se tenir près d'un bâtiment en feu et de se disputer sur ce qui serait la pire façon de mourir: inhaler de la fumée ou être écrasé par une poutre qui s'effondre?

De la même façon, nous pourrions avoir un débat intéressant pour savoir si le Bulletin of the Atomic Scientists a bien raison de dire que nous sommes plus proche du bord du désastre aujourd'hui qu'il y a quelques années, ou en 1984, ou en 1947. Mais le véritable objectif de l'Horloge de la fin du monde est de nous rappeler que nous avons le pouvoir de la faire reculer. C'est juste que récemment, nous n'avons pas fait grand-chose.

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