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Les défis du nouveau roi d'Arabie saoudite, Salmane Ben Abdel Aziz

Le nouveau roi d'Arabie saoudite Salmane Ben Abdel Aziz. REUTERS/Yuya Shino.

Le nouveau roi d'Arabie saoudite Salmane Ben Abdel Aziz. REUTERS/Yuya Shino.

Le souverain devra notamment affronter la chute du cours du pétrole, les menaces de l’Etat islamique et un conflit larvé avec l'Iran.

Le roi d'Arabie saoudite Abdallah Ben Abdel Aziz al-Saoud est mort, jeudi 22 janvier, plongeant dans le trouble un allié-clef des Etats-Unis alors même que Washington s’appuie de plus en plus sur Riyad, de l’incertaine bataille contre l’organisation Etat islamique (EI) à ses tentatives intermittentes pour évincer Bachar el-Assad en Syrie.

Abdallah, à 90 ans, régnait officiellement sur le royaume depuis août 2005, mais supervisait largement sa politique intérieure, ses efforts de sécurité intérieure et sa politique étrangère depuis l’attaque cérébrale qui avait frappé, en 1996, son demi-frère le roi Fahd. La télévision d’Etat saoudienne a rapporté que son frère, le prince Salmane Ben Abdel Aziz, 79 ans, lui succèderait.

L'avenir du Yémen, une «menace existentielle»

La mort du roi intervient à un moment délicat pour le royaume pétrolier, qui doit faire face, sur le plan intérieur, à l’impact de la plongée des prix du brut, mais aussi à la montée en puissance de l’EI et de l’Iran, dont l’influence grandit au Moyen-Orient à mesure que ses protégés prennent un rôle important en Irak, au Liban et en Syrie.

Le successeur d’Abdallah devra aussi faire face à une crise qui s’intensifie au Yémen, dont le gouvernement, soutenu par les Saoudiens, a été dans les faits renversé par des rebelles houthi soutenus par l’Iran. Un responsable saoudien a ainsi récemment expliqué dans une interview que Riyad voyait l’avenir du Yémen comme une «menace existentielle».

Les relations américano-saoudiennes ont été tendues ces dernières années, Riyad s’énervant des discussions du gouvernement Obama avec Téhéran sur le nucléaire. L’Arabie saoudite et l’Iran se mènent une guerre secrète depuis des années et Abdallah et ses proches pensent que Barack Obama a accepté de faire trop de concessions à Téhéran dans sa quête d’un accord sur le nucléaire.

Dans une étrange alliance, les peurs qu'exprimait Abdallah sont partagées par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, qui viendra sous peu à Washington s’adresser au Congrès pour faire pression en faveur d'une initiative législative visant à imposer de nouvelles sanctions à l’Iran si les discussions ne mènent à rien. Obama a menacé de mettre son veto à cette loi, position qui a le soutien discret de nombreux diplomates saoudiens et du Golfe, et a publiquement rembarré Netanyahou en annonçant qu’il ne le rencontrerait pas lors de sa visite.

Quand le pétrole achetait la paix sociale

A court terme cependant, rien ne sera plus compliqué à gérer pour le nouveau roi saoudien que la baisse significative et durable des prix mondiaux du pétrole. Le brut a plongé à 50 dollars le baril environ, frappant durement le gouvernement saoudien, qui dépend presque entièrement des revenus pétroliers. Pour la première fois depuis des années, le budget saoudien sera en déficit en 2015.

Cette baisse des prix pétroliers va mettre Salmane face à deux défis. D’abord, dans les faits, le royaume s’est acheté une stabilité interne depuis des décennies en mettant en place un système social extrêmement généreux, qui offre aux citoyens, parmi d’autres avantages, une éducation et un accès à la santé gratuits. Ce sera plus difficile à maintenir avec un pétrole qui s’échange à son prix le plus bas depuis des décennies.

Ensuite, l’Arabie saoudite a utilisé son pétrole pour construire une des armées les plus puissantes du Moyen-Orient, en achetant de nombreux armements américains et en engageant des milliers de soldats américains et occidentaux pour former ses propres troupes. Le royaume a récemment également augmenté son soutien financier aux rebelles qui tentent d’évincer Assad ainsi qu'au nouveau gouvernement égyptien, qu’il voit comme un rempart contre un retour des islamistes qui ont contrôlé le pays pendant le court mandat du président Mohamed Morsi.

Des réformes lancées, mais pas menées à terme

Pour l’instant, beaucoup de Saoudiens vont s’interroger sur l’avenir des réforme lancées mais pas menées à leur terme par Abdallah. Il a travaillé à réduire la dépendance du pays au pétrole en promouvant l’usage de l’électricité nucléaire et d’autres formes d’énergie renouvelable. Le roi a également fait quelques modestes pas vers plus de libertés pour les femmes, bien qu’une promesse de les autoriser à voter aux élections municipales a été suspendue sine die face aux critiques des religieux et des conservateurs.

Salmane a passé des années dans les cercles du pouvoir, mais on est loin de savoir quel sorte de leader il s’avèrera être. L’ancien analyste de la CIA Bruce Riedel notait, il y a presque deux ans, qu’on «rapportait que [Salmane] est de plus en plus malade… et souvent pas en état de diriger». Des rumeurs autour de sa mort se propagent depuis des années, mais lui et ses conseillers ont systématiquement nié qu’il souffre d’un quelconque problème de santé significatif.

Le nouveau roi devra forger sa propre relation avec Obama et décider de la fermeté avec laquelle repousser l’Iran sur les champs de bataille du Moyen-Orient et dans les négociations à Vienne et Genève. Abdallah a maintenu son pays dans une relative stabilité à une époque où la majorité de la région était déchirée par la violence et des changements politiques rapides. L’avenir de l’Arabie saoudite repose sur la capacité de son frère à faire de même.

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