Science & santé

Les lapins se reproduisent-ils vraiment comme des lapins?

Bénédicte Le Coz, mis à jour le 23.01.2015 à 10 h 19

Selon le pape François, pas besoin de «se comporter comme des lapins» pour être de bons catholiques, reprenant une image connue dans l’imaginaire collectif français. Mais les lapins copulent-ils comme des lapins?

Deux lapins en costumes traditionnels chinois. REUTERS/Tyrone Siu

Deux lapins en costumes traditionnels chinois. REUTERS/Tyrone Siu

Retour des Philippines, le 19 janvier 2015. Le pape François donne une conférence de presse dans l’avion qui le ramène à Rome et à cette occasion appelle les catholiques à ne pas se reproduire «comme des lapins»:

«Certains pensent (excusez-moi du terme) que pour être de bons catholiques, il faut se comporter comme des lapins: mais ce n’est pas le cas!»

Des propos qui visent expressément les familles très nombreuses et ont pu heurter certains catholiques, notait La Croix . Deux jours plus tard, le pape revient sur ses propos en assurant que «c’est une consolation et une espérance que de voir tant de familles nombreuses accueillir les enfants comme un vrai don de Dieu».

Au-delà du Pape, vous avez sûrement déjà entendu ou utilisé l’expression de «chaud lapin» ou dit à propos d’un couple qu’ils «baisent comme des lapins». Mais les lapins se reproduisent-ils tant que ça et avec comme résultat tellement de petits? Explications.

Les lapins ont des accouplements rapides et fréquents

Vétérinaires et experts cunicoles (c’est-à-dire experts en lapins) s’accordent à dire que les lapins ont un mode de reproduction bien particulier. Deux raisons à cela: ils sont toujours en chaleur, et l’ovulation et la gestation des femelles sont très rapprochées.

«La plupart des animaux ont des périodes de chaleur. Pour les chiennes, ces périodes de chaleur reviennent deux fois par an. Leur système d’ovulation suppose une synchronisation des accouplements pour qu’ils soient féconds. Si une femelle ne rencontre pas de mâle pendant ses chaleurs, elle ne mettra pas bas», explique le Dr Philippe Vanhée, vétérinaire de nouveaux animaux de compagnie (NAC).

«Pour les lapins, c’est différent. La ponte ovulaire des lapines est provoquée par le coït. Elle n’est pas spontanée comme chez la majorité des mammifères. Pour faire simple, une lapine peut à tout moment tomber enceinte».

Margot Soïa, éleveuse professionnelle de lapins, ajoute:

«Le temps de gestation d’une lapine est très court: un mois en moyenne. Et dès qu’une lapine met bas elle peut, à nouveau, être inséminée. Idéalement, il faut attendre deux à trois jours après la mise bas pour faire se dérouler le coït. Alors, les chances de délivrance sont maximisées.»

Leurs rapports sont aussi très fréquents et très courts. Ils durent à peine une seconde. «Un lapin éjacule en un à deux dixièmes de seconde», d’après François Lebas, expert cunicole et directeur de recherche. «J’ai déjà vu un mâle et une femelle copuler 23 fois en une demie-heure», assure-t-il.

Une espèce très prolifique

Les accouplements des lapins ne sont pas toujours féconds. La fécondité dépendra de l’âge de la lapine et du stade de maturation de son ovule. Certaines races se reproduisent également avec plus d’aisance que d’autres.

«Les lapins nains sont moins prolifiques que les lapins de chair qui sont, comme les poules, sélectionnés dans les élevages pour leur qualité reproductrice», signale Margot Soïa.

Dans les «cas extrêmes, une lapine peut mettre bas jusqu’à douze fois en une année», raconte François Lebas. Mais en règle générale, dans la nature, une lapine a «entre cinq à six portées par an». Comptant 6 lapereaux en moyenne par portée, cela fait entre 25 et 30 bébés par an. Et autant de bouches à nourrir!

C’est pourquoi le rythme des naissances s’adapte aux ressources en nourriture disponibles. «Dans la nature, les lapins vont commencer à se reproduire en février et pourront le faire jusqu’en septembre, si les ressources sont encore suffisantes. L’hiver est une période creuse pour les naissances», estime François Lebas.

Les lapins forment donc une espèce dite prolifique et ce, pour une raison simple: l’instinct de survie. «Le lapin est une proie facile. Il compte parmi ses prédateurs les renards, les loups, certains rapaces et les hommes. S’il se reproduit beaucoup c’est pour assurer la survie de l’espèce», explique Margot Soïa.

Mettez un lapin et une lapine dans le même clapier, le mâle «essaiera sans cesse de monter la femelle. Dans les élevages les mâles et les femelles sont séparés. Sinon, leur reproduction serait sans limite».

Du bien-fondé de l’expression «se reproduire comme des lapins»

Agnès Pierron, docteur ès lettres et auteure de nombreux ouvrages dont le Bouquin des mots du sexe, réédité le 11 février prochain chez Robert Laffont, rappelle que l’association que les humains font entre lapins et sexe ne date pas d’hier:

«Le lapin, alors appelé conil, a longtemps été utilisé comme animal pour qualifier l’organe génital féminin. Il était dit d’un chasseur qu’il allait "chasser le conil" lorsqu’il allait chasser le lapin. Mais aussi lorsqu’il allait draguer. Pour lever toute ambiguïté, le chat a progressivement été préféré au lapin. On parle aujourd’hui de la "chatte" d’une femme pour désigner son sexe.»

Mais l’expression est-elle bien justifiée? «Dans l’imaginaire populaire, une lapine est prolifique parce qu’elle fornique beaucoup. Alors qu’en pratique une lapine n’a besoin que d’une insémination et donc d’un rapport sexuel pour engendrer une portée de nombreux petits», note l’auteure.

Par ailleurs, le lapin n’est pas non plus l’espèce «LA plus prolifique», précise le Dr Adeline Linsart, vétérinaire NAC.

«L’expression historique "se reproduire comme des lapins" ne doit pas être basée que sur l’aspect reproducteur du lapin. Cela tient peut-être au fait qu’il s’agit d’un animal visible et qui fait des dégâts, en opposition aux souris ou aux rats que l’on voit moins ou presque pas».

«Les rates ou les souris ont une période de gestation encore plus courte que celle du lapin: 3 semaines. Et leurs portées comportent facilement 6 à 8 petits», illustre-t-elle.

François Lebas prend, lui, l’exemple de la poule d’élevage:

«Une poule mère destinée à faire des poulets de consommation peut donner naissance à 100 voire 110 poulets par an».

Avec ses 25 à 30 lapereaux par an en moyenne, la lapine fait figure de petite joueuse.

En revanche, il peut bien être dit du lapin qu’il est «un chaud lapin». «Cette expression tient la route», estime le Dr Vanhée, qui doit «régulièrement castrer des lapins car ils sautent sur tout ce qui bouge».

Bénédicte Le Coz
Bénédicte Le Coz (5 articles)
Journaliste
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