France

François Hollande, lui, Président d'après le 11 janvier

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 22.01.2015 à 16 h 39

Hier décrié, voire méprisé, il est désormais reconnu pour ce qu’il est: un président à la hauteur de sa tâche, révélé à lui-même et au pays dans et par l’épreuve. Il faut maintenant qu'il parvienne à donner une traduction concrète à l'aspiration à l'unité du pays.

François Hollande avec les chefs d'Etat et de gouvernement le 11 janvier 2015 pendant la marche républicaine à Paris. REUTERS/Philippe Wojazer

François Hollande avec les chefs d'Etat et de gouvernement le 11 janvier 2015 pendant la marche républicaine à Paris. REUTERS/Philippe Wojazer

Poser la question de la situation politique de François Hollande conduit à s’interroger sur la portée du mouvement du 11 janvier: quatre millions de personnes dans les rues et le plus souvent, dans les villes petites ou moyennes, trois habitants sur quatre pour marcher et se proclamer «Charlie».

Pour les uns, il s’agit d’un immense choc émotif, qui aura tôt fait de se dissiper: nos divisions reprendront le dessus. Pour d’autres –dont je suis– ce sursaut républicain traduit une aspiration plus profonde à l’unité, dictée par la conscience du danger et des défis que nous devons affronter.

La situation a changé

En ce sens, il peut y avoir un avant –dominé par l’idéologie du déclin, celui d’une société en voie de déconstruction– et un après, façonné par une société qui redécouvre ses propres valeurs et ses vertus. Il n’y a, selon l’expression de François Hollande, «qu’une seule communauté nationale». Et, pourrait-on ajouter, qui aspire à le redevenir.

Dans le premier cas, la spectaculaire remontée de la cote de popularité du président est semblable à celle dont avait bénéficié François Mitterrand au moment de la guerre du Golfe. Il s’agit, comme le dit l’UMP, d’une «bulle» qui a vocation, aidée par l’opposition, à se dissiper au plus vite. Dans le second cas, François Hollande peut faire de la seconde moitié de son quinquennat un succès. Peut-être pas pour lui-même, mais à coup sûr pour le pays.

A ce stade, le paysage politique reste inchangé: la gauche est minoritaire et divisée; elle s’apprête à subir deux lourdes défaites aux cantonales et au régionales; la droite est en situation de remporter l’élection de 2017 quel que soit son champion; et l’extrême droite reste donnée présente au seconde tour de la présidentielle comme en 2002.

Un pays qui aspire à l'unité

Mais la situation du président a changé. Hier décrié, voire méprisé («il ne nous représente pas»), il est désormais reconnu pour ce qu’il est: un président à la hauteur de sa tâche, révélé à lui-même et au pays dans et par l’épreuve. Il nous représente, enfin! Et même s’il reste minoritaire dans l’opinion, le regard de ses compatriotes a changé.

Il a imposé le respect et incarné l’essence de sa fonction: l’unité. Au passage, il rend caduque la posture de celui qui reste son principal adversaire: Nicolas Sarkozy voulait apparaître comme le président que François Hollande ne savait pas être. Ce schéma a vécu. François Hollande retrouve un socle à partir duquel il peut de nouveau agir. Sans doute pour une période assez brève, à l’égal de la brièveté qui suit une élection présidentielle.

Sarkozy voulait apparaître comme le président que Hollande ne savait pas être. Ce schéma a vécu

 

Avant les tragédies des 7, 8 et 9 janvier, François Hollande avait engagé une tentative de réconciliation avec son propre électorat. En mettant en avant la justice comme fil conducteur d’une action nécessairement tournée vers le rétablissement des comptes publics et de la compétitivité des entreprises. Car la seule élasticité possible dans l’opinion résidait dans la reconquête de son électorat de premier tour, déçu et travaillé au corps par une extrême gauche hétéroclite (des frondeurs à Jean-Luc Mélenchon en passant par le PCF et Cécile Duflot) mais virulente. Ce travail doit bien sûr continuer. Mais François Hollande a sans doute déjà regagné le droit de se représenter! En témoigne la proclamation de son porte-parole, Stéphane Le Foll, selon laquelle «il n’y a pas d’alternative à gauche».

Après le 11 janvier, le président peut aussi s’appuyer sur l’aspiration du pays à l’unité. A la condition d’être capable de donner à celle-ci une traduction concrète. Qui aille au-delà de la lutte contre le terrorisme, au reste parfaitement cadrée par Manuel Valls: «Des mesures exceptionnelles, oui! Pas des mesures d’exception François Hollande peut aussi choisir quelques grands sujets, ouvrir deux ou trois grands chantiers républicains et solliciter, sur ces terrains choisis par lui, une approche bi-partisane. A commencer par l’école; ou bien l’idée d’un service civique obligatoire qu’il avait lui-même déjà évoqué; voire le rôle des entreprises dans un ascenseur social réputé en panne.

Les difficultés seraient ici considérables parce que l’opposition compte bien continuer à... s’opposer. Exemple: la loi Macron, ce «petit arrosoir sur la croissance», comme l’a si bien dit Valérie Pécresse; elle pourrait être votée très au-delà de la majorité actuelle; mais, à droite, les meilleurs esprits rivalisent de références à François Mitterrand qui leur aurait enseigné que l’opposition doit exclusivement s’opposer...

L'économie, toujours

En second lieu, parce que la traduction politique ultime de l’unité devrait être une grande coalition. Banalité partout ailleurs en Europe. Impossibilité en France! Créer les conditions d’une coalition conduirait à réintroduire la représentation proportionnelle. Cette fois, François Hollande se heurterait à l’ambition de son Premier ministre qui a déjà prévenu que ce serait pour lui une occasion de sortie du gouvernement au motif que la proportionnelle amènerait 150 députés du Front national.

La probabilité est donc que François Hollande mise aussi, et peut-être avant tout, sur ce qui lui a fait jusqu’à présent le plus défaut: le rétablissement de l’économie et, à terme, le recul du chômage. Car la conjonction de la baisse de l’euro, de celle du prix du pétrole et de l’action résolue de la Banque centrale européenne –c’est-à-dire des transferts massifs au bénéfice de l’Europe– recrée bel et bien les conditions d’une seconde chance. Avant 2017!

Article également publié dans Challenges le 22 janvier 2015

 

Jean-Marie Colombani
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