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Syriza, une chance pour Hollande

Daniel Vernet, mis à jour le 26.01.2015 à 7 h 28

Evidemment, les soutiens français les plus évidents de la gauche radicale grecque sont plutôt Cécile Duflot, Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon. Mais si le parti d'Alexis Tsipras accède au pouvoir, Hollande pourrait se retrouver dans la position qu’il adore: celle du médiateur et du conciliateur entre deux orientations extrêmes, celui qui fait la synthèse.

Une affiche de Syriza, le 21 janvier 2015 dans une rue d'Athènes. REUTERS/Marko Djurica

Une affiche de Syriza, le 21 janvier 2015 dans une rue d'Athènes. REUTERS/Marko Djurica

Le parti de gauche radicale Syriza est arrivé en tête des élections législatives en Grèce, dimanche 25 janvier, avec 36% des voix et 149 sièges sur 300, selon des résultats quasi-définitifs. Nous republions à cette occasion une analyse du scrutin publiée le 23 janvier.

Dans le jeu de François Hollande, une nouvelle carte peut apparaître au soir du dimanche 25 janvier.

Syriza, le parti de la gauche radicale grecque, est bien placé pour remporter les élections anticipées, aux dépens de la Nouvelle démocratie (ND-centre droit) et du Pasok (socialiste). Ces deux partis historiques qui se sont succédé au pouvoir depuis la chute des colonels en 1974, gouvernaient ensemble depuis 2012. Si la Nouvelle démocratie du Premier ministre sortant Antonis Samaras peut espérer faire presque jeu égal avec Syriza, le Pasok s’est effondré. Les deux partis paient en tous cas leur adhésion à la cure d’austérité imposée par la fameuse «troïka» (Banque centrale européenne, Commission européenne et Fond monétaire international) pour tenter de rétablir la situation économique d’un pays au bord de la faillite.

Le chef de Syriza, Alexis Tsipras, a fait campagne contre le «memorandum» de la troïka: baisse des salaires et des pensions, privatisations, réforme de l’Etat et des services publics. Il a promis, s’il arrive au pouvoir, de renégocier la dette grecque, qui atteint 175% du PIB et qui continue d’augmenter malgré les coupes claires dans les dépenses publiques. Il ne prône ni la sortie de la Grèce de l’Union européenne ni l’abandon de l’euro, mais il se propose de «réorienter» la politique européenne, au moins vis-à-vis de son pays.

Pour François Hollande, c’est une bonne nouvelle. Après tout, c’est le but qu’il s’était fixé en arrivant à l’Elysée en 2012. Certes sur un mode plus modéré. Et c’est là qu’il a –en partie– échoué. Pour créer un rapport favorable à une réorientation de la politique européenne dans un sens moins rigoureux que souhaité par l’Allemagne, il comptait sur le soutien de l’Italie gouvernée par le centre-gauche et même de l’Espagne des conservateurs. L’axe des pays du sud n’a pas fonctionné.

Si Syriza l'emporte, ce serait la première fois qu'un parti ouvertement opposé à la politique d'austérité arriverait démocratiquement au pouvoir

 

Une victoire de Syriza rebattrait les cartes. Ce serait la première fois, depuis la crise financière et économique de 2008, qu’un parti ouvertement opposé à la politique d’austérité arriverait démocratiquement au pouvoir.

Jusqu’à maintenant, les formations dites «anti-système» avaient obtenu de bons scores à divers scrutins, dont les élections européennes du printemps 2014, mais aucun n’était en mesure de former un gouvernement et donc de contester concrètement la ligne officielle issue du Pacte de stabilité et de croissance. Avec Syriza, la donne changerait.

Certes le programme affiché par ce parti ne ressemble pas à la politique menée par la France, surtout depuis le «virage social-démocrate». Il rappelle plutôt le programme Mitterrand de 1981. S’il présente aussi quelques parentés avec le discours du Bourget, point d’orgue de la campagne présidentielle de François Hollande, celui-ci s’était bien gardé de manifester une quelconque proximité avec Alexis Tsipras, avant comme après son élection. A la veille des élections grecques, la France a rappelé que les Grecs étaient libres de voter comme ils veulent, mais que le prochain gouvernement quel qu’il soit devra «respecter les engagements pris». Ce qui ne manque pas d’ironie quand on sait combien le gouvernement français a été attentif à respecter les engagements successifs pris auprès des instances bruxelloises.

Les amis de Syriza en France se recrutent plutôt chez les adversaires de gauche du président de la République. Jean-Luc Mélenchon du Parti de gauche, Pierre Laurent du Parti communiste, Cécile Duflot d’Europe-Ecologie les Verts, ont organisé un meeting parisien pour soutenir Syriza. Et Jean-Luc Mélenchon voit dans la possible victoire d’Alexis Tsipras à Athènes le début d’une marche triomphante de la gauche radicale en Europe.

Il faudra trouver des alliés

Il risque d’être déçu. Même en cas de succès, Syriza devra se trouver des alliés plus modérés et mettre un bémol à ses revendications les plus radicales. Au contraire, François Hollande pourrait tirer profit de ce succès. Ses arguments sur le risque politique que représente pour les pays européens une politique trop orientée vers la réduction des déficits aux dépens de la croissance s’en trouveraient renforcés. Même s’il ne voudra pas apparaître comme un soutien trop voyant d’Alexis Tsipras, il pourrait se retrouver dans la position qu’il adore, à savoir celle du médiateur et du conciliateur entre deux orientations extrêmes.

A elle seule, la victoire de Syriza en Grèce, un pays qui ne représente que 2% du PIB européen, ne suffirait pas à bouleverser la politique de l’UE. Mais elle interviendrait dans un contexte où les interdits tombent les uns après les autres.

La Commission de Bruxelles vient de donner une interprétation plus flexible des règles budgétaires et financières alors que Mario Draghi annonce un rachat par la Banque centrale européenne d’une partie des dettes souveraines. Un tabou que les Allemands ont beaucoup de mal à abandonner mais une décision qu’ils acceptent, comme ils ont accepté au fil des ans de fermer les yeux sur les infractions répétées aux traités.

Dans l’Union européenne, une nouvelle constellation est en train de se mettre en place qui peut favoriser les desseins français, à condition que François Hollande saisisse habilement sa chance.

Daniel Vernet
Daniel Vernet (439 articles)
Journaliste
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