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Allemagne: à peine adopté, le salaire minimum est déjà critiqué de toutes parts

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 22.01.2015 à 10 h 47

Repéré sur Die Welt, Der Spiegel, Handelsblatt, Deustche Welle

Dans le laboratoire de la Bundesbank, examen de billets d'euros détruits dans des inondations. 31 juillet 2013. REUTERS/Kai Pfaffenbach

Dans le laboratoire de la Bundesbank, examen de billets d'euros détruits dans des inondations. 31 juillet 2013. REUTERS/Kai Pfaffenbach

Après plus de dix ans de discussions entre patrons, syndicats et responsables politiques allemands, le salaire minimum est enfin une réalité outre-Rhin. Depuis le 1er janvier 2015, les salariés travaillant en Allemagne, à quelques exceptions près [1], bénéficient d'un salaire horaire minimum de 8,50 bruts.

À peine trois semaines après son adoption, il fait pourtant déjà l'objet de nombreuses critiques du côté des entreprises allemandes, qui se plaignent d'un excès de bureaucratie, rapporte le quotidien Die Welt. La nouvelle loi prévoit en effet que toutes les heures de travail effectuées par les salariés doivent être consignées, comme l'explique au quotidien financier Handelsblatt Katja Mast, porte-parole du SPD (le parti social-démocrate allemand qui est parvenu à imposer l'idée d'un salaire minimum dans la grande coalition formée avec la CDU d'Angela Merkel) sur les questions relatives au marché du travail:

«L'obligation de consignation permet de faire en sorte que le salaire minimum ne reste pas un tigre sans dents, mais qu'il arrive aussi jusqu'aux 3,7 millions de personnes qui doivent en profiter.»

Face à ces critiques, la chancelière Angela Merkel a annoncé cette semaine que les démarches administratives qui incombent aux entreprises seraient peut-être allégées à l'issue d'une période d'observation de trois mois.

Mais les plaintes ne s'arrêtent pas là. Comme le rapporte Der Spiegel, de nombreux chefs d'entreprises implantées dans l'Est de l'Allemagne estiment par ailleurs que le salaire minimum serait trop élevé comparé aux salaires très bas qui étaient jusqu'alors de mise dans ces régions, qui 25 ans après la chute du Mur affichent toujours un important retard économique.

C'est enfin au-delà des frontières allemandes que le salaire minimum suscite les plus vives protestations, de la part des entreprises de transports tchèques et polonaises. Comme l'explique le site internet de la radio et chaîne de télévision internationale Deutsche Welle, les chauffeurs routiers embauchés par ces entreprises frontalières ont eux aussi le droit d'être rémunérés 8,50 euros bruts de l'heure lorsqu'ils circulent sur le sol allemand, indépendamment des réglementations salariales en vigueur dans leurs pays respectifs, où le salaire minimum est en moyenne quatre fois moins élevé.

Dénonçant des mesures «discriminatoires et disproportionnées», une fédération de transporteurs polonais, Transport i Logistyka Polska (TLP), a même adressé le 16 janvier un courrier au président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, dans lequel elle demande à la Commission de statuer sur la question, au motif que cette mesure ne serait pas compatible avec le droit européen.

[1] Les étudiants et les apprentis en sont exclus, de même que provisoirement –jusqu'en 2017– les salariés des branches ayant passé des accords salariaux avant l'instauration du salaire minimum. Les chômeurs longue durée (en recherche d'emploi depuis plus d'un an) ne peuvent eux bénéficier du salaire minimum qu'à compter du septième mois d'embauche.

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (343 articles)
Journaliste
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