Sports

Le tennis s'en sort moins bien couvert

Yannick Cochennec, mis à jour le 21.01.2015 à 17 h 15

L’Open d’Australie propose désormais trois courts avec des toits rétractables. C'est indéniablement un progrès pour les organisateurs et les les télévisions. Pour ce qui est du sport en lui-même, cela se discute.

Le toit de la Rod Laver Arena s'ouvre, en 2013. REUTERS/David Gray

Le toit de la Rod Laver Arena s'ouvre, en 2013. REUTERS/David Gray

Engagée dans une course de longue haleine face aux opposants de l’extension du stade de Roland-Garros telle qu’elle est proposée actuellement, la direction de la Fédération française de tennis peut regarder avec envie ses lointains cousins des antipodes.

En effet, l’Open d’Australie, premier tournoi du Grand Chelem du calendrier, qui se dispute à Melbourne jusqu'au 1er février, est désormais pourvu de trois courts dotés chacun d’un toit rétractable qu’il est donc possible de fermer en cas de pluie ou de trop forte chaleur. Après la Rod Laver Arena, le central inauguré en 1988 et qui est en fait une arène dédiée à toutes sortes de spectacles tout au long de l’année, après la Hisense Arena, sortie de terre en 2001, dont la fonction principale est d’être le reste du temps un vélodrome qui se transforme en un court sans âme pendant l’Open d’Australie, voici donc venu le temps de la Margaret Court Arena. Troisième court en capacité de Melbourne Park avec 7.500 places, il est capable de se fermer en quelques minutes pour protéger les champions d’une averse ou du soleil trop ardent. 


A Roland-Garros, un toit est également prévu à l’horizon probable de 2020 pour couronner le court Philippe-Chatrier, mais il ne sera pas complètement clos car des ouvertures sur le côté maintiendront les joueurs au contact des températures ambiantes qui peuvent être très fraîches au cœur du printemps parisien, surtout le soir, puisqu’il y aura alors des nocturnes aux Internationaux de France. Dans le projet de l’extension de Roland-Garros, il a été indiqué que tous les matchs du soir, quel que soit le temps à Paris, se joueront sous toit fermé.

A Wimbledon, un toit est déjà mis en service sur le court central depuis 2009 et un deuxième est programmé pour 2019 et le court n°1. A l’US Open, les grues sont entrées en action en novembre 2014  pour donner également un toit au Stadium Arthur-Ashe dès 2016 sachant qu’une autre couverture est déjà envisagée, celle du nouveau Stadium Louis-Armstrong à venir.

Contrairement à l’Open d’Australie, les trois autres tournois du Grand Chelem n’utilisent pas ou n’utiliseront pas (en principe) leurs courts (couverts) pour d’autres éléments de spectacle en dehors du tennis. Il s’agit d’un investissement, souvent somptuaire, dédié à leur seule épreuve d’une durée de deux semaines et au nom du sempiternel principe de précaution. En ces temps où les chaînes de télévision payent des fortunes en droits pour s’arroger l’exclusivité des images, il n’est plus question d’admettre une sorte de coupure d’écran à cause des intempéries. «The show must go on», la terrible malchance de l’US Open, contraint de reculer sa finale masculine du dimanche au lundi cinq années de suite à cause de la pluie, ayant fini de convaincre les plus sceptiques.

Faut-il s’en réjouir? Oui, si l’on est observateur relativement lointain des choses du tennis. Non, si l’on est un passionné plus sourcilleux qui estime que les tournois du Grand Chelem sont voués au grand air et qu’ils se sont tous terminés depuis qu’ils existent au prix, parfois, c’est vrai, de quelques débordements dans la programmation (une seule en 40 ans à Paris pour la finale du simple messieurs).

Goran Ivanisevic-Patrick Rafter, finale de Wimbledon 2001

Ces prolongations ont d’ailleurs même réussi à déboucher sur un chef-d’œuvre à l’image de la finale 2001 de Wimbledon entre Goran Ivanisevic et Patrick Rafter jouée un lundi devant un public plus jeune qui avait fait la queue toute la nuit pour obtenir l’un des 13.000 billets. Dans une ambiance de kermesse, la fête avait été totale, inoubliable, mais rideau! Il n’en sera plus question à l’avenir.

Dommage, car le toit change tout ou accentue tout, comme on voudra.

En plein air, les conditions, très souvent perturbantes, vent, chaleur, froid, soleil aveuglant, jouent sur les nerfs. Et la maîtrise des nerfs est peut-être la donnée essentielle dans le haut niveau.

Un expert en la matière comme Mats Wilander ne voulait d’ailleurs pas du toit quand la Rod Laver Arena avait été inaugurée en 1988. Le souci est qu’on le ferme pour une simple averse qui va durer une demi-heure et que le match, à partir du moment où il a commencé ou repris sous le toit en question, est obligé de se poursuivre dans cette configuration alors que le soleil est revenu à l’extérieur.

En 1996, Boris Becker, spécialiste du tennis en salle, avait ainsi remporté son deuxième Open d’Australie avec l’avantage de disputer deux de ses sept matchs sous le toit fermé à cause des intempéries –ce qui changeait absolument tout pour lui et défavorisait clairement ses adversaires– sans oublier en ce qui le concerne trois autres rencontres «à la fraîche», en nocturne (privilège des meilleurs), loin du cagnard de l’après-midi.

Le toit ne fait pas que révolutionner la programmation d’une épreuve. Il modifie aussi les équilibres techniques et tactiques

 

A l’avenir, lorsque des joueurs évolueront le soir sur la terre battue pleine d’humidité de Roland-Garros, il est clair que s’ils sont un tant soit peu attaquants, ils maudiront peut-être le fait de ne pas avoir été programmés l’après-midi quand les conditions de jeu sont plus rapides, notamment par temps chaud. Le toit, qui révolutionne la programmation d’une épreuve, modifie aussi les équilibres techniques et tactiques en redistribuant une partie des cartes.

En Australie, les trois couvertures sont d’autant plus «contestables» qu’elles ne servent pas seulement en cas de pluie (très rare en janvier), mais elles sont également rendues nécessaire dans l’hypothèse d’une vague de chaleur comme celle de 2014 à Melbourne où un joueur canadien avait vu Snoopy et où certains spectateurs étaient tombés par dans les pommes aux quatre coins du stade. «C’est Koh Lanta», s’était exclamée la jeune Française Kristina Mladenovic.

A partir du moment où le thermomètre atteint les 40°C et où le taux d’humidité crève le plafond selon un index qui fait la synthèse de tous ces éléments extrêmes, il est décrété à Melbourne que les matchs continuent à l’abri sous un toit et dans un stade climatisé et que les parties programmées sur les courts extérieurs sans toit s’arrêtent aussitôt.

Le test physique, certes ultime voire dangereux, est remplacé par un effort nettement moins contraignant dans un environnement complètement différent. Les tout meilleurs, programmés sur ces courts principaux couverts et déjà privilégiés par le fait de jouer souvent le soir quand la température est plus clémente pour les organismes, bénéficient clairement d’un traitement de faveur à Melbourne. 

En 1988, Brian Tobin, président de la Fédération australienne en passe alors de devenir le président de la Fédération internationale de tennis, ne souhaitait pas la fermeture du toit de la Rod Laver Arena lors de son inauguration.

«L'Open d'Australie doit rester un tournoi en plein air, avait-il affirmé au journaliste australien Alan Trengove. Les conditions atmosphériques font partie des facteurs importants du tennis. Nous nous rendons parfaitement compte qu’il serait injuste que des joueurs puissent jouer sur court couvert quand d'autres iront se battre contre le soleil et le vent. Pas question, d’autre part, de fermer le toit pour une averse!»

Vœu pieux et presque naïf à la vue de l’histoire qui a suivi. Steffi Graf avait, elle, tout compris dès 1988:

«Le central est magnifique, mais j’espère qu'il pleuvra pendant les deux semaines du tournoi, car il n'est pas toujours drôle de jouer sous le soleil et dans le vent

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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