Inégalités dans le monde: les drôles de chiffres de l'ONG Oxfam

Des activistes d'Oxfam posent avec des masques des dirigeants du G20, à Los Cabos (Pacifique), le 17 juin 2012. REUTERS/Andres Stapff

Des activistes d'Oxfam posent avec des masques des dirigeants du G20, à Los Cabos (Pacifique), le 17 juin 2012. REUTERS/Andres Stapff

On le sait, une information a d’autant plus de chances d’être retenue, approuvée et partagée qu’elle vient en confirmation et en appui de ce dont nous étions déjà persuadés avant d’en prendre connaissance. Exemple parfait: l’ONG Oxfam, qui lutte contre la pauvreté, a publié, lundi 19 janvier, un rapport au titre choc repris à peu près partout.

Selon l’ONG, les 1% les plus riches s’arrogent déjà 48% de la richesse mondiale. Et le seuil symbolique de 50% devrait être atteint cette année, puisqu’ils «possèderont plus que le reste de la population en 2016», selon l'organisation.

On se sent un peu mal à l'aise de devoir briser le consensus autour de cette publication, mais, sans que cela revienne à minimiser les inégalités économiques entre les zones géographiques et, de plus en plus, au sein des sociétés elles-mêmes, il faut noter que, depuis plusieurs années, des journalistes et économistes critiquent la méthode employée par l’ONG. 

Oxfam se base sur des données de la banque Crédit Suisse, qui publie un rapport annuel sur la richesse mondiale [PDF]. Dans ce rapport, celle-ci intègre un tableau de la distribution de la richesse mondiale par aire géographique et par décile.

Composition régionale de la distribution de la richesse globale en 2014. Crédit Suisse.

Comme le remarquait en 2014 Felix Salmon sur Reuters, les chiffres sont pour le moins surprenants: on ne trouve aucun Chinois dans le premier décile (zone rouge à gauche), c’est à dire chez les 10% des plus pauvres du monde, alors qu’on voit que 7,5% ce ces 10% de plus pauvres sont Américains (le petit coin bleu foncé en haut à gauche du graphique). Pourquoi? Parce que le Crédit suisse calcule le patrimoine en en retranchant les dettes. Résultat, des gens très pauvres au Bangladesh ou au Pakistan ne sont pas comptabilisés parmi les plus pauvres parce qu’ils ne s’endettent pas, alors que des Américains ont, avec leurs crédits immobiliers, à la consommation et leurs dettes étudiantes une «richesse» négative, quand bien même certains d'entre eux peuvent espérer rembourser rapidement lesdits crédits.

La richesse cumulée des 2 milliards de plus pauvres, selon cette méthodologie, n’est donc pas nulle, écrit encore Salmon, mais négative! Il suffit de disposer de 50 centimes par jour pour être plus riche que ces 2 milliards. Il y a donc de quoi s’interroger sur les standards journalistiques des publications qui laissent passer une telle énormité, écrit encore The Spectator, qui se livre au même démontage du dernier rapport en date de l’ONG.

C'est aussi le cas, sur France TV Info, de l'économiste Alexandre Delaigue, qui pointe que selon ce mode de calcul, «la personne la plus pauvre du monde n'est pas un Africain affamé: c'est Jérôme Kerviel, qui depuis sa condamnation doit environ 5 milliards d'euros à la Société Générale, ce qui lui vaut le patrimoine net le plus bas du monde, à moins 5 milliards». Il s'interroge par ailleurs sur l'intérêt de se livrer à des comparaisons au niveau mondial plutôt que national en notant que, à l'autre extrémité de la répartition des richesses, «appartenir aux 1% les plus riches mondialement dans ce rapport nécessite un patrimoine net de 650.000 euros». Cela représente, en France, selon le site de Thomas Piketty Révolution fiscale, environ 5% des adultes, soit 2,5 millions de personnes –assez loin, on en convient, de l'image du «super-riche» symboliquement associée à la catégorie des 1%.

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