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US Open: l'âge d'or du tennis masculin

Yannick Cochennec, mis à jour le 30.10.2013 à 14 h 38

Des personnalités, des jeux variés, des champions en forme... Le cocktail est fort bien dosé.

Federer vient de s'adjuger l'US Open 2008 face à Andy Murray. Shaun Best / REUTERS

Federer vient de s'adjuger l'US Open 2008 face à Andy Murray. Shaun Best / REUTERS

Le tennis masculin est-il en train de vivre un âge d'or et peut-être la plus épique de son histoire? La question mérite d'être vraiment posée depuis deux tournois qui se sont déroulés au mois d'août, à Montréal et Cincinnati, épreuves de la catégorie Masters 1000 auxquelles participaient les 56 meilleurs du monde.

A Montréal, le circuit professionnel a carrément vécu un moment unique avec la présence, en quarts de finale, des huit premiers mondiaux. Du jamais vu dans aucun tournoi depuis la création du classement ATP en 1973. A Cincinnati, quelques jours plus tard, ce sont les quatre premiers de la hiérarchie qui se sont retrouvés, cette fois, en demi-finales - un carré d'as relativement rare qui avait notamment été à l'œuvre à Monte-Carlo en 2008. Vainqueur à Montréal, l'Ecossais Andy Murray en a profité pour passer de la 3e à la 2e place avant que Roger Federer ne confirme qu'il reste l'incontestable n°1 en triomphant dans l'Ohio.

A la veille de l'US Open, qui se déroulera du 31 août au 13 septembre, ces statistiques font saliver les observateurs qui s'attendent à vivre des heures fiévreuses au bord des courts de Flushing Meadows, dans la banlieue de New York. Un sport a toujours tout à gagner, en effet, lorsque ses meilleurs éléments s'affrontent régulièrement. Le spectacle n'en est que plus savoureux et les audiences télé n'en sont que plus fortes car ces joutes au sommet mobilisent les bataillons de fans qui encouragent les uns et les autres. En évitant soigneusement de se défier sur 100m avant les championnats du monde de Berlin, le Jamaïquain Usain Bolt et l'Américain Tyson Gay ont joué, par exemple, un mauvais tour à leur discipline qui n'a pas pu populariser leur rivalité.

Alors que depuis quelques mois, les meilleurs joueurs de tennis alimentent, semaine après semaine, un feuilleton dont les tournois du Grand Chelem restent évidemment les épisodes les plus attendus. Federer pleure parce qu'il a perdu contre Nadal en finale de l'Open d'Australie, mais le voilà qui s'impose enfin à Roland-Garros (Nadal, blessé, s'est incliné pour la première fois de sa carrière). Vous en revoulez encore? Allez, une finale de Wimbledon à couper le souffle entre Federer et Roddick...

Au-delà des performances et des résultats de ces champions, leur personnalité est, bien sûr, un ingrédient déterminant du succès actuel du tennis masculin à travers le monde.

Pour s'en rendre compte prenons, un par un, les huit premiers qui se sont qualifiés pour les quarts de finale du tournoi de Montréal.

Nanti du plus beau palmarès de l'histoire du Grand Chelem, avec 15 titres majeurs à son actif, Federer incarne la classe à l'état pur avec ce supplément d'âme qui manquait notamment à Pete Sampras. Rafael Nadal a, lui, tout pour séduire le public le plus jeune qui s'interroge, aujourd'hui, pour savoir si son idole pourra redevenir indestructible après la blessure aux genoux qui l'a éloigné des courts pendant deux mois.

Le mauvais caractère et la soif de vaincre d'Andy Murray, bien décidé à devenir le premier Britannique à remporter un titre du Grand Chelem depuis Fred Perry en 1936, rappellent, de leurs côtés, de bons souvenirs à certains anciens aficionados de John McEnroe et Jimmy Connors. Avec l'insolent Serbe Novak Djokovic, imitateur hors pair de ses confrères, qui l'avait vu se prendre le bec l'an dernier avec les 20.000 spectateurs du central de Flushing Meadows où il avait réglé ses comptes avec Andy Roddick, ils ont également leurs partisans zélés.

Andy Roddick, justement, si populaire depuis qu'il a perdu la dernière finale de Wimbledon 16-14 au cinquième set contre Roger Federer. A Montréal, des standings ovations l'ont accueilli chacune de ses apparitions sur le court. L'Argentin Juan Martin del Potro est peut-être le moins connu de la bande, mais à 20 ans, il en est le plus jeune et le plus prometteur — il est toujours stimulant de voir poindre la relève.

Nikolay Davydenko détonne dans le paysage de ce Top 8, mais le public s'est pris d'affection pour lui depuis qu'il a été injustement accusé d'avoir participé à des paris truqués. Face aux journalistes, le Russe, pince-sans-rire, ne pratique jamais la langue de bois. Reste enfin Jo-Wilfried Tsonga. Son charisme lui a permis de conquérir les foules en atteignant la finale de l'Open d'Australie en 2008. Mais le Français, qui a tellement confiance en lui, en irrite aussi quelques-uns parmi ses confrères du haut du tableau où peut flotter l'odeur réjouissante du souffre.

Jeux variés, cocktail détonnant

La diversité de ces profils va de pair avec la variété du style de jeu de cette élite qui n'a rien de systématique et de métronomique comme le tennis féminin, abonné aux cogneuses, nous y a habitués. A la technique léchée de Federer, Nadal oppose son tennis de grosse caisse. Face au jeu rock and roll de Roddick, Murray se cache derrière sa petite musique si particulière — il est souvent impossible de deviner où il va placer la balle.

Tout cela compose un cocktail détonnant, agité intelligemment par l'ATP, l'association qui gère le circuit professionnel et qui a su promouvoir ses stars en les rendant notamment accessibles pour les journalistes qui suivent régulièrement leurs exploits, mais aussi pour les sponsors qui investissent parfois tant d'argent dans ces épreuves. L'ATP oblige ainsi les meilleurs à rencontrer la presse à chaque début de tournois lors de tables rondes qui n'existaient pas il y a peu. C'est le fruit d'une éducation reçue par chacun des joueurs depuis leurs premiers pas sur le circuit professionnel.

Lors de séminaires organisés quand ils ont 18 ou 20 ans, l'ATP leur décrypte le monde dans lequel ils vont vivre et insiste sur le fait que les médias ne sont pas des ennemis, mais, au contraire, des alliés dans le monde ultra concurrentiel du sport de haut niveau. Mieux on parle de vous, mieux se portent votre sport et, par voie de conséquence, votre niveau de rémunération. Même si la meilleure façon de se «vendre» reste, bien sûr, d'offrir le meilleur spectacle au public. Et de ce côté-là, on est franchement vernis ces jours-ci...

Yannick Cochennec

Image de une: Federer vient de s'adjuger l'US Open 2008 face à Andy Murray. Shaun Best / REUTERS

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