Culture

«American Sniper», le dernier Clint Eastwood, accusé de faire l'apologie de la guerre

Temps de lecture : 2 min

Sienna Miller, Clint Eastwood et Bradley Cooper à la première d'American Sniper. New York le 15 décembre 2014. REUTERS/Carlo Allegri
Sienna Miller, Clint Eastwood et Bradley Cooper à la première d'American Sniper. New York le 15 décembre 2014. REUTERS/Carlo Allegri

American Sniper, dernier film de Clint Eastwood, retrace l'histoire de Chris Kyle, tireur d'élite envoyé en Irak pendant l'intervention américaine. Nommé six fois aux Oscars 2015, le film est néanmoins critiqué par différentes personnalités du monde du cinéma et des médias qui l'accusent de glorifier la guerre.

Cela n'empêche pas le long-métrage de connaître un franc succès au box-office américains. En seulement un week-end de projection il a fait pas moins de 90,2 millions de dollars de recette. Un succès sans précédent, d’après le DailyCaller.

American Sniper fait-il de la propagande? Certains internautes ont tranché. Sur Twitter, on peut lire entre autres commentaires les messages suivants: «American Sniper me donne envie de shooter des arabes», «American Sniper me fait dix fois plus apprécier les soldats et 1.000.000 fois plus détester les musulmans», ou encore «Enfin un film où les arabes sont dépeints pour ce qu’ils sont vraiment: de la vermine déterminée à nous détruire #AmericanSniper».

Dans une tribune dans The Guardian, Lindy West, chroniqueuse Culture à GQ, alerte et titre: «Le vrai “American sniper” était un tueur haineux. Pourquoi les patriotes simplistes le traitent-ils comme un héros?»

American Sniper est en effet l’adaptation du livre autobiographique de Chris Kyle, tireur d’élite des Navy SEAL. Surnommé «la légende», Chris Kyle (mort en 2013) était réputé pour être le snipeur le plus redoutable de l’histoire américaine, avec à son compteur 160 morts confirmées. Dans son livre, lui se vantait d’avoir tué 255 Irakiens, comme le rappelait le Washington Post plus d’un an après sa mort.

Les passages marquants de l’autobiographie du sniper sont compilés par la journaliste freelance Rania Khalek. Elle surligne les passages où Chris Kyle nomme les Irakiens des «sauvages, abjects et mauvais», où il admet qu'il aurait «voulu en tuer plus». «Voilà une question que les gens me posent sans cesse: Cela ne vous fait-il pas de la peine d’avoir tué tant d’Irakiens? Je leur réponds que non», écrivait-il.

«J’adorais ce que je faisais. Je ne mens pas, ni n’exagère en disant que c’était même marrant.»

Rania Khalek reconnaît que pour la plupart ces phrases ne sont pas prononcées dans le film, ou elles ont été modifiées. Alors qu’un psychiatre demande à Bradley Cooper, qui interprète Chris Kyle, s’il regrette certains de ses actes, lui répond que non mais que ce qui le hante ce sont tous les soldats américains qu’il n’a pas pu sauver.

Un lissage hollywoodien jugé insuffisant par Michael Moore, qui explique sur sa page Facebook avoir apprécié la performance de Bradley Cooper, le montage et les costumes mais regretté que, tout au long du film, les Irakiens soient appelés «sauvages» par les soldats américains.

Des critiques auxquelles Bradley Cooper répond. Dans une interview pour le DailyBeast, il assure que le film n’est rien d’autre qu’un film introspectif, «l’étude d’un personnage et de la détresse des soldats».

«Mais je ne peux pas contrôler la façon dont les personnes vont instrumentaliser ce film.»

Slate.fr

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