MondeFrance

Marine Le Pen ne sait pas citer Camus (ni faire une recherche Google)

Repéré par Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 19.01.2015 à 17 h 47

Repéré sur New York Times

Marine Le Pen le 11 janvier 2015 au rassemblement organisé à Beaucaire en hommage aux victimes de Charlie Hebdo. REUTERS/Philippe Laurenson

Marine Le Pen le 11 janvier 2015 au rassemblement organisé à Beaucaire en hommage aux victimes de Charlie Hebdo. REUTERS/Philippe Laurenson

Double surprise médiatico-politique ce lundi 19 janvier: Marine Le Pen publie une tribune, en français et en anglais, dans le New York Times. Et elle cite Albert Camus en introduction de son texte:

«“Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde.” Qu’Albert Camus l’ait prononcée ou non, cette phrase décrit étonnamment bien la situation dans laquelle se trouve l’actuel gouvernement de la France.»

Camus a-t-il vraiment écrit cette formule, qui lui est souvent attribuée, comme se demande la présidente du Front national? Elle aurait pu obtenir la réponse facilement avec une simple recherche internet: c'est oui, mais dans une autre formulation. Et la paternité de l'idée revient à un autre penseur, Brice Parain, ami et contemporain de Camus (connu des cinéphiles pour son apparition dans Vivre sa vie aux côtés d'Anna Karina). Dans une étude intitulée «Sur une philosophie de l'expression», publiée en 1944, l'auteur de L'Étranger écrit en effet:

«L'idée profonde de Parain est une idée d'honnêteté: la critique du langage ne peut éluder ce fait que nos paroles nous engagent et que nous devons leur être fidèles. Mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur de ce monde. Et justement la grande misère humaine qui a longtemps poursuivi Parain et qui lui a inspiré des accents si émouvants, c'est le mensonge.»

Cette origine avait été notamment relevée par le blog Amicus Curiae au moment où François Bayrou employait fréquemment l'expression, tandis que le docteur en philosophie Jean-Pierre Dacheux a analysé sur son blog la différence entre la formulation fréquemment citée et la vraie formulation.

En 1951, Camus reprendra cette idée, sous une autre forme, dans L'Homme révolté:

«La logique du révolté est... de s'efforcer au langage clair pour ne pas épaissir le mensonge universel.»

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