Monde

Pourquoi manque-t-on d’informations sur Boko Haram?

Repéré par Bénédicte Le Coz, mis à jour le 20.01.2015 à 11 h 14

Repéré sur Huffington Post, Guardian

Baga, Nigéria, le 21 avril 2013 REUTERS/Stringer

Baga, Nigéria, le 21 avril 2013 REUTERS/Stringer

Le groupe islamiste Boko Haram mène depuis plusieurs mois des raids meurtriers dans le nord-est du Nigeria. Il perpétrait ce qui est probablement son «pire massacre» le 7 janvier, ravageant pas moins de 16 villages dans le secteur de Baga.

On lui impute des centaines voire des milliers de morts. Pourtant, certains reprochent aux médias occidentaux de sous-traiter Boko Haram dans les journaux.

Quelles explications à cet oubli? Cause trop lointaine? Lauren Wolfe s'interrogeait déjà à ce sujet quand était retombé l'élan international après l’enlèvement de lycéennes nigérianes par Boko Haram et #BringBackOurGirls

Trois raisons se dégagent aujourd'hui:

1.Le phénomène du mort kilométrique

Le 7 janvier, une série d’attaques, toutes perpétrées au nom d’un islamisme extrémiste, a eu lieu. L’une faisant 17 morts à Paris. La seconde tuant au moins 150 personnes au Nigeria. «Devinez laquelle a attiré le plus l’attention?», demande le Time.

«Beaucoup parlent de l’assaut de Charlie Hebdo comme d’une attaque contre la liberté d'expression et même plus largement contre les valeurs occidentales. Mais, ailleurs, ces mêmes valeurs sont actuellement menacées par des extrémistes qui veulent répandre leur doctrine fondamentaliste», écrit la journaliste.

Pourquoi préférer parler des attentats meurtriers à Charlie Hebdo? Simon Allison invoque dans le Daily Maverick la loi de proximité: 

«Même au 21ème siècle les vies africaines ont un moindre intérêt médiatique. Elles sont, par conséquent, moins valorisées que celles d’occidentaux.»

Il reconnait le défi que représente la couverture médiatique de tels évènements –«le journaliste le plus proche est à des centaines de kilomètres»– mais alerte sur la portée des attaques: «Boko Haram contrôle entièrement l’Etat de Borno. Il ne s’agit plus seulement d’un groupe terroriste: il devient, de facto, un état à part entière».

En Afrique aussi, les événements de Paris ont été beaucoup plus traités que ceux à Baga. Il ajoute: 

«L’indignation et le soutien africain après le massacre de Paris, sont la preuve que nous-mêmes africains négligeons les tragédies qui nous affectent et donnons la priorité aux vies des occidentaux plutôt qu’aux nôtres».

2.Le gouvernement nigérian ne communique pas

La BBC rappelle que les premiers commentaires du gouvernement nigérian n'ont été faits que plusieurs jours après le massacre de Baga. Et qu’ils étaient alors pour le moins vagues. 

À la veille d’élections –Goodluck Jonathan se représente en février–  les inventaires macabres ne font pas bonne publicité. «Le président n’a pas intérêt à débattre d’une insurrection qui a déjà lourdement endommagé sa réputation pendant sa campagne», explique Nnamdi Obasi, analyste pour l’International Crisis group, au Huffington Post. 

A l’inverse, il est dans l’intérêt de l’opposition de faire passer l’actuel gouvernement pour incompétent –«les chiffres sont manipulés des deux côtés», affirme-t-il. Les problèmes de gouvernance au Nigeria -une bureaucratie mollassonne ne jouant pas le jeu de la transparence- ont ralenti la réponse du gouvernement, ajoute-t-il enfin.

3.Un terrain d'enquête périlleux

Le gouvernement nigérian –et a fortiori les journalistes– ont beaucoup de difficultés à obtenir des informations en provenance des régions attaquées. Le Nord-Est du Nigeria, déjà isolé, l’est d’autant plus aujourd’hui. Boko Haram a détruit les infrastructures de télécommunication relate le Huffington Post. Les journalistes locaux ou internationaux ont du mal à s'aventurer sur les terrains occupés par le groupe.

Seuls les rescapés, fuyant pour leur vie, témoignent, alors que les combats font toujours rage. Les bilans tirés de ces exposés ne peuvent être que provisoires.

Osita Benjamin Chidoka, membre du gouvernement Nigérian, justifie ainsi au World Post le peu de communication officielle, et assure que le gouvernement communique les informations dont il dispose dès qu’elles peuvent être confirmées.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte