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Pour la Fifa, les femmes peuvent bien jouer leur Coupe du monde sur du synthétique

Amanda Marcotte, traduit par Grégor Brandy, mis à jour le 19.01.2015 à 10 h 59

Pourtant, les hommes, eux, jouent les grandes compétitions sur de la pelouse naturelle.

L'Américaine Abby Wambach, lors d'un match amical face à la Russie, à Atlanta, le 13 février 2014. Dale Zanine-USA TODAY Sports/REUTERS

L'Américaine Abby Wambach, lors d'un match amical face à la Russie, à Atlanta, le 13 février 2014. Dale Zanine-USA TODAY Sports/REUTERS

Un groupe de neuf sénateurs américains vient tout juste de rejoindre une vilaine controverse au sujet de la prochaine Coupe du monde féminine prévue pour cet été au Canada. En jeu, le destin de la pelouse synthétique, que la Fifa a installé dans trois des quatre stades choisis pour la compétition, estimant que la météo canadienne –en dehors de Toronto– ne permettait pas la pousse d'une pelouse naturelle.

Mais les joueuses, parmi lesquelles la star brésilienne Marta et l'Américaine Abby Wambach, ne sont pas d'accord et dénoncent l'attitude de la Fifa qui ne ferait pas ce qu'il faut pour leur permettre de jouer sur de la pelouse. Une attitude discriminatoire, puisque les hommes ne jouent pas leur Coupe du monde sur du synthétique. Marta et Abby Wambach, ainsi que d'autres joueuses, ont décidé d'attaquer la Fifa et la Fédération canadienne, en se fondant sur les lois anti-discrimination canadiennes dans l'espoir d'obliger la Fifa à les laisser évoluer sur une pelouse naturelle, qui selon elles, est plus sûre et plus propice au beau jeu.

Elles ont le soutien de neuf sénateurs américains, qui ont envoyé une lettre à la Fifa le 15 janvier, lui demandant de travailler avec les joueuses sur ce problème. Dans un communiqué, la sénatrice Kirsten Gillibrand a dit que «la Coupe du monde féminine présente les meilleures joueuses de ce sport, et il est scandaleux qu'elles soient soumises à une pelouse de moindre qualité. J'exhorte la Fifa à faire ce qui est juste, en permettant à nos athlètes professionnelles d'avoir la même opportunité qu'ont eu les hommes de jouer sur de la pelouse».

Les joueuses ont proposé un compromis: elles accepteraient de jouer sur les terrains synthétiques lors des premiers tours, si les demi-finales et la finale se jouent sur pelouse naturelle, mais, pour l'instant, la Fifa n'accroche pas. 

Si l'on considère le fait que la Fifa ne laisse pas la nature se mettre en travers du chemin de la Coupe du monde 2022 au Qatar, ce qui va exiger des systèmes de contrôle météorologiques très chers pour empêcher les joueurs de s'évanouir quelques minutes après avoir commencé à jouer sous cette chaleur, les arguments du coût d'un gazon naturel au Canada sont un peu durs à avaler. 

L'utilisation de pelouses artificielles n'est pas complètement nouvelle dans le monde du foot professionnel. Certains clubs professionnels européens (comme Lorient en France) s'en sont équipés et la Coupe du monde U17 (pour les jeunes joueurs) s'est jouée dessus, en 2007. Cependant, ces exemples suggèrent que pour la Fifa, le synthétique est acceptable pour des matchs «moindres», mais lorsque l'on évolue au plus haut niveau, on ne joue que sur de la pelouse. Imposer le synthétique pour la Coupe du monde féminine donne l'impression que l'on valide l'idée selon laquelle le sport féminin est moins important que le sport masculin.

Bien sûr, on pourrait dire que c'est le cas: le sport féminin est beaucoup moins populaire, moins lucratif et compte moins d'athlètes qui gagnent autant d'argent. Mais si les femmes veulent faire grandir leur sport, il est impératif que la Fifa ne traite pas le football féminin comme une discipline de seconde zone. Ce n'est pas comme si les joueuses demandaient les mêmes salaires ou contrats publicitaires. Elles veulent seulement jouer sur de bons terrains.

Amanda Marcotte
Amanda Marcotte (16 articles)
Journaliste
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