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Après les attentats, la France ne va pas changer de politique de défense. L'Europe est-elle prête à le faire?

Un soldat français de l'opération Barkhane et son homologue malien, à Tombouctou, le 5 novembre 2014. REUTERS/Joe Penney.

Un soldat français de l'opération Barkhane et son homologue malien, à Tombouctou, le 5 novembre 2014. REUTERS/Joe Penney.

Déjà engagée sur plusieurs fronts, la France est arrivée aux limites de ses capacités opérationnelles et financières. Pour intensifier la lutte extérieure contre le terrorisme, de nouveaux engagements de l'Europe seront nécessaires.

Vers l’Orient compliqué, le porte-avions Charles-de-Gaulle vogue vers un objectif simple. Au moins en principe. Participer aux raids aériens contre Da’ech en Irak, aux côtés des appareils français qui décollent des Emirats et de Jordanie. L’intervention de la France au Moyen-Orient reste inchangée. François Hollande l’a confirmé dans ses vœux aux armées, prononcés justement depuis le Charles-de-Gaulle une semaine après la tuerie de Charlie Hebdo.

Les attentats du 11 septembre 2001 avaient provoqué une modification radicale de la politique étrangère de George W. Bush. Arrivé à la Maison blanche au début de cette année-là avec un programme de retenue diplomatique contrastant avec l’interventionnisme de son prédécesseur Bill Clinton, le nouveau président américain s’était rallié aux thèses néoconservatrices après la destruction du World Trade Center. Conséquence: la guerre en Afghanistan, commencée en octobre 2001, puis le renversement de Saddam Hussein en Irak en 2003.

Plusieurs opérations déjà en cours

Il n'y a, à l'inverse, pas de retournement en vue pour la politique extérieure française. Les interventions extérieures, le président de la République les a décidées avant les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de Vincennes. La lutte contre le terrorisme, qu’il n’est plus tabou d’appeler officiellement une «guerre», s’est traduite, depuis l’arrivée de François Hollande à l’Elysée, par l’opération Serval au Mali contre al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), transformée en opération Barkhane dans l’ensemble du Sahel, et par l’opération Sangaris en Centrafrique. Elle se poursuit en Irak dans la coalition contre l’organisation Etat islamique, même si la France se refuse à participer aux bombardements en Syrie contre les djihadistes pour ne pas avoir à choisir entre les islamistes et le régime de Bachar el-Assad.

Paris est de plus en plus sollicité pour une intervention en Libye, où la déliquescence de l’Etat a libéré toutes les forces terroristes. L’armée française a créé une base dans le nord du Niger, à Madama, dans le but d‘empêcher les infiltrations depuis le sud libyen vers les Etats africains de la bande sahélienne, en soutien aux armées locales. La France n’interviendra pas seule en Libye, répètent les responsables français. Mais ils n’excluent pas qu’elle participe à une action internationale sous l’égide du Conseil de sécurité si celui-ci se mettait d’accord. Ce qui est peu probable: la Russie et la Chine, échaudées par le précédent de 2011 –la décision d’établir une zone d’exclusion aérienne pour protéger Benghazi a abouti à la chute de Kadhafi–, ne sont pas prêtes à donner leur feu vert à une nouvelle intervention.

En tous cas, la France est arrivée aux limites de ses capacités opérationnelles, avec 20.000 soldats à l’étranger, comme l’a confirmé François Hollande, sans compter plus de 10.000 militaires déployés sur le territoire national pour protéger les lieux sensibles. Elle est aussi aux limites de ses possibilités budgétaires. Et elle a de plus en plus l’impression de travailler au profit, non seulement de sa propre sécurité, mais de la sécurité de l’Europe dans son ensemble, sans que les partenaires européens prennent leur part du fardeau, qu’il soit financier ou militaire. Sans même souvent qu’ils soient conscients que la menace extrémiste les concerne directement.

Plusieurs types de soutien envisageables

L’absence d’une politique de sécurité commune dans l’Union européenne ne doit pas servir de prétexte pour ne rien faire. Il ne faut pas compter sur un engagement significatif de forces européennes sur les théâtres d’opérations où la France est en premier ligne –en général, la contribution européenne se limite à quelques centaines de «formateurs» ou à des moyens logistiques.

Cependant, plusieurs types de soutien sont envisageables. Une partie des moyens mis à la disposition des opérations extérieures pourrait être soustraite dans le calcul du déficit budgétaire autorisé par le pacte de stabilité et de croissance européen. Autre possibilité: la création d’un fond commun qui serait abondé par les Etats membres de l’UE en fonction de leurs moyens et qui servirait à financer, en partie, les opérations extérieures auxquelles le Conseil européen délivrerait un label communautaire.

Ces simples mesures soulageraient les efforts faits par la France et manifesteraient la prise de conscience commune d’une menace partagée. Elles se heurtent toutefois à des obstacles analogues à ceux qui bloquent une véritable politique européenne de défense et de sécurité. Les vingt-huit membres de l’UE n’ont pas la même tradition diplomatique et militaire, les mêmes liens historiques avec les régions les plus troublées, y compris dans le voisinage européen, la même analyse de la menace. Certains regardent plus vers l’est que vers le sud. De plus, il est difficile, pour Paris, de vouloir maintenir une autonomie de décision quand il s’agit d’opérations extérieures et de demander un soutien des partenaires. Le principe vaut toujours: qui paie décide.

Lors des récents attentats puis de la manifestation du 11 janvier, les dirigeants européens ont manifesté leur solidarité avec la France. Après Paris, Angela Merkel a marché à Berlin en hommage aux victimes. Au-delà des déclarations, cette solidarité doit maintenant prendre des formes concrètes. Elle fonctionne plutôt bien entre les différentes polices. Mais le front intérieur n’est qu’une partie de la lutte contre le terrorisme international. Sur le front extérieur, l’Europe est trop souvent absente.

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