Culture

Arrêtons de nommer les films quand les histoires sont incroyables: il faudrait que les films le soient

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 17.01.2015 à 12 h 40

Benedict Cumberbatch dans «The Imitation game»

Benedict Cumberbatch dans «The Imitation game»

Les nominations aux Oscars ont été dévoilées cette semaine, et outre quelques bons films, beaucoup de mauvais. On ne va pas se mentir, ce n'est pas très surprenant. C'est en revanche très agaçant de trouver là des films qui sont toujours mis en avant pour leur sujet plutôt que leur intérêt artistique. 

Le documenraire A la recherche de Vivian Maier en est un exemple. L'histoire du film, dont vous avez probablement entendu parler si vous ne l'avez pas vue, est celle d'une photographe américaine, Vivian Maier, qui a été gouvernante toute sa vie, et dont le travail formidable a été retrouvé au hasard d'une vente aux enchères en 2007, deux ans avant sa mort, dans des cartons de pellicules dont très peu avaient été développées et qui n'avaient jamais été montrées à personne. Très belle histoire. Mauvais documentaire. 

 

Sur Slate.com, Dana Stevens explique son agacement

«A la recherche de Vivian Maier est l'un des pires documentaires que j'ai pu voir en 2014, ou d'un moins porteur de l'un des plus grands décalages entre la valeur intrinsèque de la matière et le peu de soin intellectuel et esthétique et moral avec lequel cette matière est mise en avant. Vivian Maier mérite un bien meilleur documentaire que celui-là— ainsi qu'un bien meilleur conservateur de ses oeuvres que John Maloof [co-réalisateur et détenteur des droits],qui semble plus occupé à se vanter de sa chance à être tombé sur ces pellicules par hasard qu'à comprendre l'importance artistique de ces images, ou la vie compliquée et troublante de la femme qui les a créées.»

D'autres nominations aux Oscars s'inscrivent exactement dans la même configuration: histoire géniale, film médiocre. The Imitation game par exemple, qui raconte l'histoire d'Alan Turing (joué par Benedict Cumberbatch), l'homme qui a été capable pendant la Deuxième Guerre mondiale de décrypter les messages générés par la machine Enigma, utilisée par les nazis pour envoyer des messages codés. Ses découvertes ont en partie permis de gagner la guerre. Ce qui n'a pas empêché la justice britannique de le condamner pour son homosexualité, de lui faire subir un traitement chimique pour le «guérir» et de le laisser mourir (se suicider? l'affaire n'est pas encore certaine), affaibli, dépressif, dans une grande souffrance. L'histoire est fascinante. Le scénario, écrit par Graham Moore, et basé sur une biographie d'Andrew Hodges de 1983 a été en 2011 numéro 1 sur la Black List, un classement informel des meilleurs scénarios non produits à Hollywood. Le film, nommé dans la catégorie meilleur film, est un biopic aux partis pris assez faibles et sans grand intérêt. 

Idem encore pour Une merveilleuse histoire du temps, sélectionné dans la même catégorie, et qui a valu à Eddie Redmayne le Golden Globes du meilleur acteur le 11 janvier dernier. Le film raconte la vie du mathématicien Stephen Hawking, connu notamment pour ses recherches sur les trous noirs. Le grand scientifique, atteint de dystrophie neuromusculaire depuis sa jeunesse, a malgré tout connu une grande histoire d'amour qui est racontée ici. Si Redmayne, qui joue Hawking, est effectivement impressionnant, le film n'est rien de plus qu'un mélo assez lisse. 

Ces choix basés tantôt sur la qualité d'un film (The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson) tantôt sur le talent d'un producteur/réalisateur/scénariste à trouver une bonne idée, rendent les nominations aux Oscars incroyablement hétéroclites. Et la reconnaissance de «meilleur réalisateur» sans la moindre valeur. Il n'y a rien de commun entre les oeuvres d'Alejandro Gonzalez Iñárritu (Birdman) et celle de Morten Tyldum (Imitation Game). 

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (740 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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