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Google Glass est enfin mort. Enfin, presque

Will Oremus, traduit par Cécile Dehesdin, mis à jour le 16.01.2015 à 14 h 01

L’idée de lunettes intelligentes au travail peut probablement être sauvée.

Le prince Charles essaye des Google Glass lors d’une visite au Canada, le 21 mai 2014. Reuters/ Mark Blinch

Le prince Charles essaye des Google Glass lors d’une visite au Canada, le 21 mai 2014. Reuters/ Mark Blinch

Google a annoncé jeudi qu’elle arrêtait de produire ses Google Glass dans leur forme actuelle. C’est-à-dire qu’à partir du 19 janvier, vous ne pourrez plus dépenser 1.500 dollars pour un ordinateur facial semi-fonctionnel et socialement controversé.

Je sais, c’est dur. Allons, allons.

Si ça peut vous consoler, Google a promis dans un statut Google+ que cela ne signifiait pas la fin de sa grande expérience Glass. Loin de là, même:

«En regardant la route qui se dessine, nous nous rendons compte que nous avons grandi plus vite que le labo et donc nous partons officiellement de Google[x] pour devenir notre propre équipe ici chez Google. Nous sommes très heureux de passer encore plus du concept à la réalité»

Je dois bien ça à Google: «passer encore plus du concept à la réalité» est un euphémisme de communication fantastique pour dire «arrêter un produit, muter l’équipe dans une autre division et recommencer à zéro». Même si l’entreprise promet qu’il y aura d’autres versions de l’accessoire, elle n’a pas donné de calendrier.

Cela dit, ça vaut le coup de croire Google quand elle dit que Glass n’est pas complètement mort, au moins pour une raison: d’après le Wall Street Journal, la personne qui reprend le projet en main est Tony Fadell. Fadell, vous le savez peut-être, a rejoint Google quand l’entreprise a acheté sa start-up de thermostat intelligent, Nest. Et avant ça, il a aidé à designer l’iPod d’Apple et a dirigé la division iPod de 2006 à 2008. Si une personne à Google est capable de construire un nouveau gadget qui attire l’attention du public d’une manière positive, ça pourrait bien être lui.

Qu'est-ce qui peut être sauvé?

On ne sait pas encore bien quelles ressources Fadell aura, et à quel point il s’investira dans Glass. Le Wall Street Journal et d’autres ont dit que l’équipe Glass serait toujours encadrée par Ivy Ross, qui le fait depuis l’an dernier et dont le boss sera désormais Fadell. Pendant ce temps, Fadell continuera à diriger Nest, qui est bien occupé à s’étendre avec des détecteurs de fumée intelligents et d’autres produits d’automatisation domestique. Donc ce n’est pas comme si on disait à Fadell «Fais marcher ce truc, sinon…». Si je me risque à une supposition, je pense qu’on lui a plutôt dit «Regarde si tu peux sauver quoi que ce soit de ce bazar».

Ce qui peut probablement être sauvé, comme je l’ai déjà écrit, c’est l’idée de lunettes intelligentes au travail. Il y a beaucoup de valeur potentielle à tirer d’un accessoire dont la caméra «voit» ce que celui qui le porte voit tout en lui laissant les mains libres pour d’autres tâches. Des médecins, des bijoutiers, des agences gouvernementales et plein d’autres seraient prêts à payer pour un tel accessoire, s’il est customisé pour leurs besoins.

Certains signes suggèrent que Google se dirige vers cette voie. D’après Fortune, Google a au moins dit à une start-up concentrée sur des applications médicales pour Glass que l’entreprise était toujours «très impliquée dans Glass at Work», son projet de Glass en entreprise.

Le défi plus difficile serait de construire une version de Glass qui plairait au consommateur lambda. The Atlantic suggère que Google devrait commencer par abandonner la caméra, parce que c’est la partie qui fait flipper tout le monde quant à l’intrusion dans la vie privée.

L'équivalent de relancer MySpace?

J’ai toujours pensé que les inquiétudes quant à la vie privée étaient exagérées, cela dit. Dans mes tests des Google Glass, la caméra est à peu près la seule fonctionnalité que j’ai trouvée utile. Un ordinateur facial qui ne fait que des choses comme des recherches sur le web et des SMS serait une alternative assez pataude à l’Apple Watch.

Quoi que fasse Google avec Glass à partir de maintenant, ce sera fait à huis clos. En théorie, sortir un prototype malhabile de son accessoire potentiellement révolutionnaire à des beta testeurs semble une bonne manière d’en régler les bugs avant de le refiler au grand public. Ça paraissait aller de pair avec la culture de Google d’une relative ouverture, par rapport à la culture de secret extrême d’Apple ou d’autres géants du matériel informatique.

Mais dans la pratique, c’était un désastre de relations publiques. Glass a été jugé aussi durement que si ça avait été un produit fini –voire plus, parce que l’exclusivité de son programme d’explorateurs a ajouté des éléments de jalousie et de ressentiment. Je pense toujours que la meilleure option pour Google serait de donner Glass à une autre entreprise pour qu’elle termine le job.

Au point où on en est, essayer de ressusciter Glass peut ressembler à essayer de relancer MySpace. Mais Google semble au moins vouloir laisser Ross et Fadell tenter leur coup. Ou alors c’est juste une façon très élaborée de tuer un projet sans admettre qu’il est mort.  

Will Oremus
Will Oremus (151 articles)
Journaliste
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