LGBTQFrance

IVG-PMA: le combat pour la libre disposition de nos corps continue !

Amandine Miguel, mis à jour le 17.01.2015 à 12 h 03

La loi Veil a quarante ans. Aujourd'hui encore, le combat des femmes à disposer de leur corps est un combat permanent. Que cela soit pour avorter (IVG) ou pour procréer (PMA, procréation médicalement assistée). Une tribune de la porte-parole de l’Inter-LGBT et déléguée chargée de la Visibilité Lesbienne, Amandine Miguel.

Manifestation de soutien à l'avortement et aux femmes espagnoles, en février 2014. REUTERS/Philippe Laurenson

Manifestation de soutien à l'avortement et aux femmes espagnoles, en février 2014. REUTERS/Philippe Laurenson

Ce 17 janvier 2015, la loi sur l’avortement a 40 ans. Cette avancée historique de la société ne doit pas faire oublier que le combat des femmes à disposer de leur corps est un combat permanent. Que cela soit pour avorter (IVG) ou pour procréer (PMA, procréation médicalement assistée).

Aujourd’hui en France, c’est d’une manière insidieuse que le droit à l’avortement libre et gratuit est mis en danger. 

Le droit de librement disposer de son corps

Les politiques d’austérité ont ainsi entraîné la fermeture de 5% des établissements publics et de 48% des établissements privés pratiquant l'IVG au cours de ces dix dernières années, soit plus de 130 établissements au total[1]. Ces fermetures interdisent de fait l’accès à l’IVG dans certains territoires, contraignant les femmes ayant dépassé le délai légal de 12 semaines à se rendre à l’étranger pour avorter, comme il y a quarante ans. Parce que toute remise en cause du droit à l’avortement réduit les femmes à une fonction reproductive, elle impacte toutes les femmes, qu’elles soient hétérosexuelles, lesbiennes, bisexuelles et trans. En leur déniant la liberté de décider pour elles-mêmes, cette remise en cause entretient les femmes dans une position d’infériorité et dans un statut d’infantilisation par rapport aux hommes.

L’Inter-LGBT rappelle que les lesbiennes, les bisexuelles et les hommes trans peuvent être amené-e-s à avoir recours à l’IVG et ce, quel que soit le motif: tel qu’une grossesse non désirée, une malformation du fœtus, une grossesse entraînant des risques importants pour la santé de la mère biologique (avortement thérapeutique) ou un viol.

Quant à la PMA, elle n’est toujours pas ouverte aux couples lesbiens et aux femmes célibataires.

Cette interdiction est non seulement une discrimination faite aux femmes qui ne sont pas en couple avec un homme mais aussi une entrave au droit à disposer de son propre corps et ce, indépendamment de l’aval d’un homme.

L’ouverture de la PMA se situe dans la lignée de l’ouverture à l’IVG: toute femme doit pouvoir disposer librement de son corps, que ce soit pour procréer ou pour avorter. Aujourd’hui, les femmes célibataires ou en couple avec une femme font face aux mêmes obstacles que rencontraient les femmes voulant avorter avant le droit à l’IVG en France. Pour celles qui en ont les moyens: fuite à l’étranger dans les pays où la PMA est autorisée (comme la Belgique et l’Espagne), ou, pour celles ne pouvant avoir recours à des PMA à l’étranger (trop souvent du fait de barrières financières): pratique artisanale.

Ces PMA dites «artisanales» (indépendamment de tout encadrement médical) exposent les femmes à de nombreux risques de santé et de violences. Les pratiques de PMA dites «artisanales» sont indépendantes de tout encadrement médical et comportent de nombreux risques pour la femme et l’enfant, tel que l’achat du sperme sur Internet (sans possibilité d’avoir une assurance sur l’état de santé et les antécédents médicaux du donneur, ainsi que sur les risques de maladies rares pour l’enfant, exposant en outre les femmes aux risques de contaminations au VIH ou autres IST).

S’il ne s’agit pas à proprement parler de PMA, le sperme peut être aussi obtenu par des rapports non protégés avec un inconnu, exposant de fait là encore les femmes à des risques de contamination au VIH et IST. 

Une urgence sanitaire

Par ailleurs, le rapport sexuel non désiré, contraint par l’impossibilité de mener ce projet parental, est souvent vécu comme une violence extrême: une véritable expérience traumatisante impactant sur la santé psychique et mentale de la mère, ce qui ne sera sans conséquence sur le développement du fœtus. Il s’agit enfin d’une situation de mise en danger de la femme: la rencontre avec un inconnu l’exposant à d’éventuelles violences (agressions physiques et/ou sexuelles).

Le droit français, en refusant le droit aux couples lesbiens et aux femmes célibataires d’avoir accès à la PMA, condamne celles engagées dans ce parcours à le poursuivre dans la clandestinité, en dehors des parcours médicalement encadrés, juridiquement protecteurs pour l’enfant et la mère. La condamnation à la clandestinité de ces projets parentaux expose les femmes célibataires et les couples lesbiens à des risques de santé diversifiés.

Ainsi, de la même manière que l’IVG, l’ouverture de la PMA à toutes les femmes est aujourd’hui une urgence sanitaire. Les procédures de procréation médicalement assistée doivent être ouvertes sans plus tarder à toutes les femmes, célibataires ou en couple, quelle que soit leur situation civile ou leur orientation sexuelle.

Par conséquent, l’Inter-LGBT s’engage fermement pour le respect du droit de toutes les femmes et des personnes trans à disposer de leur corps. Autant pour l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), que pour celui à la procréation médicalement assistée (PMA) ou pour un parcours de transition. La libre disposition de soi renvoie aux libertés fondamentales ainsi qu’à la lutte pour l’émancipation de toutes les personnes.

Ainsi, en ce 17 janvier 2015, jour anniversaire des 40 ans de la loi sur l’avortement, l’Inter-LGBT marche dans la manifestation unitaire et nationale pour les droits des femmes et réaffirme son combat pour la libre disposition du corps des femmes par et pour elles-mêmes.

1 — Rapport du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes relatif à l’accès à l’IVG dans les territoires, 07/11/2013 Retourner à l'article

 

 

Amandine Miguel
Amandine Miguel (1 article)
Porte-parole de l’Inter-LGBT
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