Monde

Cinq raisons d'espérer une meilleure année 2015 pour le Moyen-Orient et le monde arabe

Aaron David Miller, traduit par Chloé Leleu, mis à jour le 19.01.2015 à 17 h 35

Il y a bien sûr des raisons de s'inquiéter, mais regardons les points positifs.

Une Tunisienne après avoir voté, le 21 décembre 2014 à Tunis. REUTERS/Anis Mili

Une Tunisienne après avoir voté, le 21 décembre 2014 à Tunis. REUTERS/Anis Mili

Las d'entendre parler d'un Moyen-Orient brisé, agité, disloqué (en d'autres termes, BAD, jeu de mots avec «bad», mauvais, NDLE)? Fatigué de cette litanie d'analyses catastrophistes et d'actualités alarmantes où tout est pareil, toujours pareil, voire pire? Convaincu que les choses ne changeront jamais?

Cela se comprend. La Fondation Carnegie pour la paix internationale a récemment demandé à ses experts quelle était selon eux la région du monde qui vivrait «les crises les plus médiatisées» en 2015. 75% des interrogés ont répondu le Moyen-Orient.

Mais n'arrêtez pas votre lecture. Hommes et femmes de foi, d'optimisme et d'espoir, tenez-vous prêts. L'année qui s'annonce pourrait peut-être être plus clémente que celle qui vient de se clore. 2015 pourrait même être potentiellement –j'ai bien dit potentiellement– charnière à plusieurs égards: un accord sur le nucléaire entre l'Iran et les Etats-Unis pourrait commencer à rétablir l'équilibre des puissances dans la région; un nouveau gouvernement en Israël pourrait faire progresser la possibilité d'une solution à deux Etats; et une stabilisation de la situation en Irak pourrait voir l'organisation Etat islamique (Daech) refluer et en rabattre sur ses récentes victoires.

Ne sont-ce là que les rêves d'incurables optimistes? Peut-être. Mais les questions valent d'être étudiées alors qu'une nouvelle année commence au Moyen-Orient.

Un accord sur le nucléaire iranien?

Les négociations entre les Etats-Unis et l'Iran ont jusqu'ici réservé surprises (accord temporaire de novembre 2013) et déceptions (suite des pourparlers de novembre 2014). 2015 sera une année test.

Le temps, le champ de manœuvre politique et les explications sont quasi épuisés; il ne pourra pas y avoir davantage de prolongations. Si un consensus politique sur les sujets majeurs est trouvé d'ici à la date butoir de mars 2015, cela permettra de poursuivre les discussions après juillet, afin de s'entendre sur les nombreux détails techniques qui demandent à être traités pour parvenir à un accord définitif. Quoi qu'il en soit, 2015 signera la réussite ou l'échec de cette entreprise diplomatique. Si les tractations n'aboutissent pas, les discussions cesseront et une relation d'une autre nature, moins civile, se fera jour.

Pourquoi, dans ce cas, jouer les ravis de la crèche? D'abord, observons la situation présente: tout est encore loin d'être réglé en ce qui concerne la capacité d'enrichissement et la levée des sanctions, et la méfiance entre l'Iran et les Etats-Unis reste profonde. Sans quoi, il y aurait déjà un accord. En outre, avec un Congrès aujourd'hui majoritairement républicain, les Américains considèrent sûrement qu'ils ont déjà atteint les limites de leur souplesse.

Or cela pourrait paradoxalement être très bénéfique aux négociations, car rien n'est plus propice à l'efficacité d'esprit que le manque de temps et l'idée d'avoir à affronter des options autrement plus douloureuses (et fort inquiétantes au demeurant). Si 2015 s'achève sans véritable accord, il faut presque certainement s'attendre à des tensions, des affrontements, voire des interventions militaires de la part d'Israël ou des Etats-Unis, dans l'hypothèse où l'Iran déciderait de mettre l'accélérateur sur son programme nucléaire. Pour éviter d'en arriver là, il est nécessaire de trouver une solution, et vite.

Ces négociations ne sont pas comparables à l'interminable processus de paix israélo-palestinien qui, pour reprendre la formule inoubliable de feu Robert Strauss, est «comme essayer de s'essuyer le train avec une roue de chariot: ça tourne en rond et rien ne se passe».

En d'autres termes, contrairement au conflit israélo-palestinien dans lequel, faute d'accord, les tensions et les violences reprennent à intervalles réguliers sans autres conséquences dans la région, en Iran, l'absence d'accord sur le nucléaire entraînerait des sanctions plus lourdes, encore davantage de problèmes économiques –surtout avec des prix du pétrole au plus bas qui ont brisé les espoirs des milieux d'affaires– et, possiblement, la guerre. Pour les Etats-Unis, cela pourrait se traduire par une guerre à distance, avec la main de l'Iran agissant en Irak et en Afghanistan, voire avec un nouveau conflit entre Israël et le Hezbollah si l'Etat hébreu procédait à des frappes contre Téhéran.

2015 sera l'année du maintenant ou jamais

 

2015 sera donc l'année du maintenant ou jamais. Si l'on ajoute à cela le fait que le gouvernement d'Obama a presque accordé à l'Iran le droit d'enrichir son uranium et, de ce fait, de produire à terme de l'énergie nucléaire à échelle industrielle, bingo! vous détenez là de puissants arguments pour un «oui» iranien. Ce «oui» sera-t-il jamais prononcé? Difficile à dire, puisque la décision, quel que soit le marché dans la balance, est entre les mains d'une seule personne, le Guide suprême. Mais ce qui compte, c'est que le pacha en chef a précisément le pouvoir de faire passer cet accord.

Notons cependant que, même si cela arrive, il est peu probable que les relations entre les Etats-Unis et l'Iran en soient transfigurées. A côté, Cuba sera une partie de campagne. (Et attendons un peu de voir à quel point sera complexe et tortueuse la normalisation avec la patrie de Castro.)

De fait, l'accord entre les Etats-Unis et l'Iran relève plutôt du deal d'affaires, de la transaction sans affect conçue pour prévenir un problème plutôt que pour ouvrir des possibilités. Cela étant, une fois la machine lancée, on ne sait jamais où cela peut mener. Comme mettait en garde Ian Malcom, le théoricien du chaos de Jurassic Park (interprété par le magnifique Jeff Goldblum):

«On ne peut pas retenir la vie. La vie force le passage pour s'étendre à de nouveaux territoires.»

Pour ce qui est des Etats-Unis et de l'Iran, l'ampleur et la vitesse de l'extension sont matière à débat. Ma collègue du Wilson Center, l'inestimable Haleh Esfandiari, avance non sans arguments qu'il existe de sérieux freins à la normalisation. Reste que la résolution de l'impasse nucléaire ôtera une grosse épine et offrira, en tout cas sur le papier, une possibilité d'amorce de détente dans les relations depuis longtemps houleuses entre les deux pays. Mais toute normalisation sera suspendue à une convergence de vues minimale sur plusieurs sujets à litige dans la région, dont la Syrie. Et comme le Guide suprême prendra bien garde à ne créer aucune ouverture pour les Etats-Unis ou l'Occident qui risque d'affaiblir sa puissance, il ne faut guère s'attendre à des miracles.

Elections israéliennes: le temps du changement?

Il est encore trop tôt pour se perdre en conjectures. Deux des trois victoires remportées par le Premier ministre Benyamin Nétanyahou furent facilitées par l'actualité –en 1996, la vague de terreur propagée par le Hamas et la mauvaise campagne de Shimon Peres  en 2008/2009, l'échec d'Ehud Olmert à faire véritablement plier le Hamas lors de l'opération Plomb durci, et sa gestion du conflit israélo-libanais de 2006.

Il semble pourtant de plus en plus certain que le Premier ministre, qui détient le deuxième record de longévité de mandat du pays, vive ses derniers jours à la tête du pouvoir.

Ce n'est encore qu'un frémissement –à peine un courant, pas du tout un raz-de-marée. Si de nombreux observateurs israéliens considèrent que l'enjeu des prochaines élections sera de choisir entre devenir un Etat paria ou rester fidèle aux valeurs de judaïté et de démocratie, une grande part de la population ne s'intéresse pas encore vraiment à la campagne et n'envisage pas l'avenir de manière aussi tranchée.

Ce que suggèrent néanmoins les sondages, c'est que la majorité des Israéliens (54%) estiment qu'après six ans de Nétanyahou, le pays ne va pas dans le bon sens, et que «Bibi» ne devrait pas être reconduit comme Premier ministre (53%).

Par ailleurs, s'il est vrai que le pays a opéré un glissement à droite ces six dernières années, le milieu politique a également pris ses distances avec Nétanyahou. L'un des bénéficiaires de cette évolution est l'ancien ministre des Communications du Likoud, Moshe Kahlon, dont le nouveau parti Koulanou se trouve en très bonne position.

Reste aussi à savoir si le centre-gauche, composé aujourd'hui du Parti travailliste sous la houlette d'Isaac Herzog, et de Hatnuah, le parti de l'ancienne ministre de la Justice Tzipi Livni, peut présenter une option crédible et être capable de former un gouvernement de coalition viable. D'après les sondages, cette alliance de centre-gauche se défend pour l'instant plutôt bien face au Likoud.

Mais il existe encore nombre d'inconnues, parmi lesquelles le score que réaliseront les «faiseurs de rois» sur le flanc droit de l'échiquier, tels Naftali Bennett et Avigdor Lieberman. Le fait est que la politique israélienne est aujourd'hui en quête de repères, plus ouverte, plus mouvante et plus incertaine. La vigueur de la droite en Israël rend toujours possible une nouvelle victoire de Nétanyahou, mais rien n'est moins sûr et encore moins gagné d'avance. En réalité, à ce jour, son accession à un quatrième mandat déjouerait tous les pronostics.

Israël/Palestine: vers un véritable processus de paix?

Un nouveau gouvernement israélien, plus centriste, pourrait certainement relancer un processus de paix au point mort.

La question est de savoir si un tel gouvernement serait capable de prendre des décisions fortes sur les points essentiels, sur les frontières, la sécurité, Jérusalem. Aujourd'hui, même la gauche dresse la crête contre de possibles compromis. Mais souvenons-nous de la visite de Nixon en Chine; de Begin et du Sinaï; de Rabin et des accords d'Oslo; de Sharon ordonnant le démantèlement des colonies de Gaza.

L'histoire de la paix en Israël est celle de faucons qui ont mué, de personnalités dures ayant œuvré pour la sécurité et jouissant de la confiance de la population. Une coalition centriste d'apparence plus amène serait la bienvenue, mais elle n'aurait peut-être pas la cohésion et la discipline nécessaires pour faire véritablement avancer les négociations. Un nouveau Premier ministre encore peu éprouvé en aurait-il le courage?

L'histoire de la paix en Israël est celle de faucons qui ont mué

 

Sur les 22 dernières années, seuls deux centristes au courage en acier trempé (Yitzhak Rabin en 1992 et Ehoud Barak en 1999) l'ont emporté sur la droite. L'un comme l'autre étaient des faucons par pragmatisme qui avaient prouvé leur engagement en termes de sécurité. Le chef du Parti travailliste, Herzog, qui pourrait devenir le Premier ministre de centre-gauche, ne semble pas pouvoir en montrer autant.

Bien entendu, le processus de paix ne dépend pas que d'Israël. De son côté, le mouvement palestinien, divisé, est-il en mesure de produire des chefs qui puissent prendre des décisions conformes aux besoins de l'Etat hébreu en termes de frontières et de sécurité? Et acceptera-t-il de négocier avec un gouvernement israélien dont le Premier ministre ne souhaiterait ni ne pourrait répondre à l'exigence affichée des Palestiniens, qui voudrait que soient satisfaits près de 100% de leurs besoins et laisserait donc une infime marge de manœuvre?

Un ancien négociateur palestinien me confiait que son peuple préfèrerait en réalité une droite dure en Israël, plutôt qu'un gouvernement plus modéré incapable de prendre des décisions fortes. La première configuration faciliterait en effet la campagne publique visant à isoler l'Etat hébreu à l'international, ce qui aurait pour conséquence de mettre la pression sur les Israéliens. Avec un gouvernement modéré, en revanche, les Palestiniens auraient davantage de mal à faire valoir leur cause et leurs besoins aux yeux du monde concernant entre autres les questions de Jérusalem et des frontières. Cela contreviendrait sérieusement à leur projet d'accroître la pression internationale sur Israël et pourrait même finir par inverser la vapeur.

Quelles que soient les écueils côtés palestinien et israélien, une chose est sûre: qui dit nouveau gouvernement israélien dit retour du secrétaire d'Etat américain John Kerry et de sa délégation pour la paix.

Au cours de ses 18 derniers mois d'exercice (et de ceux du président Obama), Kerry va certainement se démener et pousser autant qu'il le peut pour faire parvenir à un accord des parties qui ne seront pas forcément prêtes. Il sera tel un missionnaire fervent qui croit être le seul à pouvoir sauver la solution à deux Etats. Et la réaction d'Obama sera très instructive.

Lui qui ne s'est jamais montré aussi enthousiaste que son chef de la diplomatie concernant le processus de paix, se sentira-t-il obligé, pour la pérennité, de prendre plus de risques et de mouiller un peu plus la chemise aux derniers temps de son mandat? Sera-t-il favorable à un grand Camp David III, ou se contentera-t-il de laisser derrière lui une sorte de guide détaillé des négociations, avec peut-être une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU à l'appui? Et quelle incidence aura là-dedans la campagne présidentielle américaine de 2016, où deux canditat(e)s s'affronteront pour prendre la barre du principal allié israélien? En 2014, le mal nommé processus de paix semblait fermé pour travaux. En 2015, il sera peut-être rouvert, du moins le processus, si ce n'est de paix.

Irak: chacun sa partition?

L'année dernière a été passablement terrifiante en Irak. Cet été, l'organisation Etat islamique semblait en passe de piétiner le monde, ou en tout cas, une grande partie du pays, Bagdad même se trouvant menacé. Et à force de favoriser les chiites, le Premier ministre sortant Nouri al-Maliki a mené la politique du pays dans l'impasse et renvoyé les Kurdes et les sunnites à leur sort.

Cette sombre page est-elle enfin en train de se tourner? A moins de croire au père Noël, la réponse est assurément non. Il est peu probable que ce pays soit jamais un Etat vraiment homogène, aux frontières surveillées et où se partagent dans l'entente les pouvoirs politique et économique, sans parler d'une identité nationale clairement définie.

Mais tout n'est pas si noir: en Irak, 2014 a bien mieux fini qu'elle n'a commencé. Maliki n'est plus au pouvoir, et le nouveau Premier ministre apparaît se soucier un minimum d'intégrer les différentes communautés; le gouvernement central a récemment passé un accord avec les Kurdes; les provinces sunnites clés font l'objet d'un regain d'intérêt et d'une forme de soutien; un gouvernement à peu près viable est en place à Bagdad; l'avancée de l'organisation Etat islamique semble temporairement stoppée; et les Etats-Unis se penchent de nouveau sur le cas du pays. Autant de points qui permettent d'espérer.

Malgré tous les défis –armer les tribus sunnites contre Daech, promouvoir un véritable partage du pouvoir entre chiites, sunnites et Kurdes, constituer et entraîner une armée irakienne– il existe bel et bien une stratégie américaine qui, espérons-le, parviendra à consolider les victoires et peut-être à faire refluer Daech en 2015.

La Tunisie et le monde arabe: plus viables que l'on croit?

En 2014, l'actualité a pu laisser penser que la totalité du monde arabe était englué dans la crise. En fait, seuls 20% des pays arabes sont aujourd'hui plus au seuil de l'effondrement: ce sont la Libye, la Syrie et le Yémen. Quand bien même on compterait un Irak sur les rotules, un aspirant Etat de Palestine aux airs d'arche de Noé (entre le Fatah et le Hamas, tout va par paires: les constitutions, les services de sécurité, les mécènes, etc.), et un non-Etat libanais, il reste toujours une majeure partie du monde arabe en état de marche.

La Tunisie en est, bien sûr, le phare, elle qui a su traverser deux élections de transition. Le pays dispose à présent d'une constitution qui accorde aux femmes les mêmes droits qu'aux hommes, protège le droit de croire ou de ne pas croire et assure l'alternance pacifique du pouvoir –ce qui est sans précédent dans le monde arabe. Certes, la réussite se mesurera à l'épreuve des faits. Mais la Tunisie est en bonne voie pour édifier dans cette région du globe quelque chose que l'on pourrait réellement qualifier –sans frémir– de régime démocratique stable et opérant.

Les royaumes et les émirats (Arabie saoudite, Qatar, Emirats arabes unis, Maroc, Jordanie, Oman, Bahreïn et Koweït) ont tous de grands défis à relever, y compris, pour les puissances pétrolières, celui de la baisse des prix du pétrole. 

Mais un ensemble de facteurs qui s'appliquent à divers degrés selon les pays –rente pétrolière, légitimité des régimes islamiques en place, modestes réformes, efficacité des services de sécurité, chefs encore respectés par la population, et peur de connaître le souffle du Printemps arabe– les a tous maintenus à flot dans la tourmente. Que l'Egypte ne soit pas entre les mains des Frères musulmans ou qu'elle n'ait pas sombré dans l'anarchie est une autre bonne nouvelle pour 2015. Cependant, l'inaptitude de l'armée égyptienne à régler les problèmes politiques et économiques du pays promet un avenir très perturbé.

Etant donné les bouleversements et les menaces portés par ce qu'on a appelé le Printemps arabe, réjouissons-nous, en cette nouvelle année, que le monde arabe ne soit pas en plus piètre état et que l'Amérique ait encore des partenaires (tous des régimes autoritaires) avec qui coopérer et faire des affaires.

Alors, bonne année?

Tout cela est-il un chouïa trop positif à votre goût? Ne vous inquiétez pas, même le plus incurable des optimismes a ses remèdes. Le Moyen-Orient va sûrement rester BAD pour un moment.

Je vous épargnerai la liste des catastrophes à venir, comme la montée en puissance et la persistance de Daech, les guerres sanglantes en Syrie, les dysfonctionnements égyptiens, la plongée de la Libye dans le chaos, l'avenir compromis du Yémen, ainsi que les innombrables cas de manquements, de mauvaise gouvernance, d'inégalités entre les sexes et de non respect des droits de l'homme et de la liberté de conscience qui font de ces malheureuses terres les moins susceptibles de s'en sortir en 2015 et dans les années qui suivront.

Mais assez de sinistrose pour l'instant. Levons nos verres dans la joie et la bonne humeur. Les choses peuvent toujours être pires. Souhaitons de tout cœur, pour la nouvelle année, qu'elles ne le soient pas.

Aaron David Miller
Aaron David Miller (7 articles)
Spécialiste du Moyen-Orient
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