France

Il ne faut pas surestimer l'effet d'un drame national sur la popularité d'un dirigeant

Temps de lecture : 2 min

François Hollande entouré de chefs d'Etat lors de la marche du 11 janvier 2015, à Paris. REUTERS/Philippe Wojazer.
François Hollande entouré de chefs d'Etat lors de la marche du 11 janvier 2015, à Paris. REUTERS/Philippe Wojazer.

Il semble au premier examen évident que François Hollande, comme tout chef de l’exécutif dans une telle situation, va voir sa popularité augmenter après la semaine sanglante vécue par une France confrontée à l’attentat le plus meurtrier de son histoire depuis 1961.

Les analystes des principaux instituts de sondage, interrogés par l'AFP, s’accordent pour anticiper un regain de popularité du président de la République. L’effet avait déjà été observé lors de l’engagement de l’armée française au Mali, mais son ampleur était restée faible. François Hollande a d’ores et déjà gagné 4 points de popularité par rapport au mois de décembre selon le baromètre Opinion Way, qui a interrogé un échantillon de Français entre le 6 et le 8 janvier. Un quart de cet échantillon a été interrogé avant les attentats et le gain est de 5 à 6 points pour les Français interrogés après, selon Reuters.

Si les événements de la semaine du 7 janvier auront sans doute un impact important, l’effet sur la popularité du chef de l'Etat risque de n’être que provisoire, préviennent les sondeurs. Les tueries de Toulouse et Montauban, perpétrées par Mohammed Merah, s’étaient déroulées en mars 2012, un mois avant l’élection présidentielle. Dans le contexte tendu de la campagne, elles n’avaient pas fait évoluer le rapport de forces entre les deux candidats en tête, François Hollande et Nicolas Sarkozy.

Les crises intérieures ou internationales ont pour conséquence un effet de ralliement bien connu autour du chef de l'Etat et/ou du gouvernement. Ce rally effect, ou «effet de rassemblement», est défini dans un article de deux chercheurs américains paru en 2007 comme «l’accroissement soudain et important d’opinions favorables vis-à-vis du président, qui survient en réponse à certains types d’événements dramatiques internationaux». Le président devient alors l’incarnation de l’unité nationale, «une sorte de drapeau vivant» à qui profitent les événéments.

L'exemple le plus évident est celui de George W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001, dont la cote de popularité était passée de 51% à 86% en cinq jours, mais il constitue davantage une exception qu'un modèle. Lors de précédentes crises internationales, comme la crise des missiles à Cuba en 1962 sous Kennedy et l’invasion de l’Irak en 1991 par George Bush Senior, des hausses soudaines comparables avaient été observées, mais au bout d’un moment, le président était revenu à son point de départ. Bush fils a lui aussi chuté après l'effet 11-Septembre, mais sa cote s'était maintenue sur un plateau plus élevé que son niveau de départ.

Comparaison de la hausse de popularité des présidents américains après trois crises internationales: la crise des missiles de Cuba, l'opération «Tempête du désert» en Irak et les attentats du 11 septembre 2001. Source: «Anatomy of a rally effect: George W. Bush and the war on terrorism».

Dans le même article, les auteurs notent que la durée exceptionnelle de la forte popularité de Bush après cet effet de ralliement est due, non pas à l’union sacrée du pays au moment des attaques, mais au fait que les leaders de l’opposition l’ont soutenu durablement dans sa guerre au terrorisme. En conséquence, les médias ne pouvaient publier que des déclarations allant que dans le sens du président, maintenant ainsi sa popularité chez les citoyens qui étaient privés de critiques à son encontre.

Jean-Laurent Cassely Journaliste

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