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Cristiano Ronaldo, la meilleure façon de courir (avec les bras)

Cristiano Ronaldo, le 16 décembre 2014 à Marrakech. REUTERS/Youssef Boudlal

Cristiano Ronaldo, le 16 décembre 2014 à Marrakech. REUTERS/Youssef Boudlal

Le triple Ballon d'or est un athlète hors pair.

Les romantiques auraient beaucoup aimé que Manuel Neuer devienne le deuxième gardien de but de l’histoire à décrocher le Ballon d’or, lundi 12 janvier à Zurich, mais, comme prévu, Cristiano Ronaldo, 30 ans dans quelques jours (le 5 février), s’est arrogé la récompense suprême pour la troisième fois de sa carrière.

En 2014, l’attaquant du Real de Madrid a encore fait la différence devant les buts, notamment lors du sacre de son club en Ligue des Champions, épreuve au cours de laquelle il a marqué à 17 reprises, et ses qualités de buteur prolifique ont séduit bon nombre de votants dans un scrutin dont l’organisation peut prêter, il est vrai, à discussion.

Mais au-delà de l’efficacité du Portugais, combien sommes-nous à prendre véritablement la mesure précise des qualités de coureur et de sprinteur de ce champion? 


Car avant d’être diaboliquement adroit dans l’ultime geste, Ronaldo est avant tout un athlète hors pair, sorte d’étoile filante des terrains, capable de faire la différence sur de courtes ou de longues lignes droites avec ou sans obstacles. «Si le football, c’est de la poésie, alors la course à pied, c’est de la grammaire», nous disait joliment, il y a peu, Frédéric Aubert, entraîneur issu de l’athlétisme, actuel préparateur physique de l’équipe de France féminine de football après avoir été celui de l’équipe masculine de rugby du Stade Français. A l’évidence, Cristiano Ronaldo est un parfait linguiste de son sport et, il faut bien le dire, de son art.

En 2011, la chaîne américaine ESPN, avec la collaboration active de l’intéressé, avait disséqué, par le biais d’un documentaire de trois quarts d’heure, les qualités athlétiques de Ronaldo et s’était notamment amusée à le confronter à un excellent spécialiste du 100m en Espagne, Angel David Rodriguez, champion national.

Sur un sprint en ligne droite de 25m, Rodriguez s’était imposé, mais de peu, 3’’31 contre 3’’61. En revanche, lors d’une autre course de 25m en zigzag émaillée de piquets contraignant les deux hommes à un slalom, Ronaldo avait triomphé haut la main, 6’’35 contre 6’’86.

Le documentaire de la chaîne ESPN

Et les spécialistes de la biomécanique de passer en revue l’anatomie presque parfaite du footballeur: son tour de poitrine de 109cm, son tour de cuisse de 61,7cm et ses mollets dissymétriques, le gauche étant plus développé que le droit.

En fait, Ronaldo a la particularité d’avoir les jambes d’un sprinteur, le physique d’un coureur de demi-fond et les cuisses d’un sauteur en hauteur. Lorsqu’il s’élève dans les airs sans entrave, avec l’aide de ses bras libres, il atteint une hauteur de 78cm, ce qui correspond à une détente plus importante qu’un joueur de NBA selon les techniciens. Sans les bras, en revanche, il retombe dans une moyenne presque banale.

Les bras du Portugais au moins aussi importants que ses pieds? C’est ce que pense également Frédéric Brigaud, ostéopathe, biomécanicien français qui travaille auprès d’athlètes de haut niveau et qui fera paraître deux livres dans les semaines à venir autour des problématiques du pied et de la foulée.

«Le football se joue aussi avec les bras, ce que l’on a parfois tendance à oublier, et Cristiano Ronaldo le sait mieux que les autres, dit-il. Le lien qu’il a notamment créé entre le haut et le bas de son corps est rare, voire unique dans le football.»

Ce lien si particulier pourrait se définir de la sorte selon Frédéric Brigaud:

«Quand nous sommes en position de déséquilibre ou au point de nous casser la figure, nos bras servent à tenter de corriger ou d’amortir le déséquilibre qui est en train d’apparaître au niveau du bas du corps, eh bien Ronaldo va au-delà, précise-t-il. Il utilise son haut du corps non pas pour rétablir un déséquilibre, mais pour augmenter son équilibre et modifier ses appuis

Il transforme une situation instable en un point d’ancrage qui lui permet de faire la différence. Il est difficile de savoir si c’est un mécanisme qu’il a compris instinctivement ou qui lui a été enseigné, même si Frédéric Brigaud, à la vue de certains exercices du Portugais à l’entraînement, estime qu’il a probablement conscience «du devoir de travailler cette connexion entre le haut et bas».

De manière intéressante, le biomécanicien note que Zinedine Zidane, contrairement à Cristiano Ronaldo, ne possédait pas de son côté une connexion haut/bas active.

«Dans les dribbles, ses mouvements du haut du corps et des bras étaient majoritairement passifs, explique-t-il. Ses bras se balançaient involontairement au rythme des contraintes, limitant par conséquent la vitesse d’exécution et pouvant être déstabilisants. C’est pourquoi, en dépit du niveau technique qu’il possédait et qui lui a permis de surclasser bon nombre de joueurs, on peut supposer qu’il avait encore une marge de progression importante

Qu’il soit en ligne droite ou obligé de contourner un adversaire, qu’il ait le ballon ou pas, Cristiano Ronaldo est, lui, sur un fil tendu dont il tombe rarement, sauf parfois pour quelques simulacres qui lui sont reprochés. 

Novembre 2014. REUTERS/Marcelo del Pozo

En fait, Ronaldo, c’est aussi la feinte à tous les étages grâce à l’utilisation de ses bras et de son buste qui lui permet de tromper ses adversaires au-delà de la vitesse impulsée grâce à ce haut du corps parfaitement synchronisé.

«Il a une dissociation buste-bassin qui est conséquente, remarque Frédéric Brigaud. Lorsqu’il tourne le buste vers la droite, son adversaire pense qu’il part de ce côté-là alors qu’il est train d’armer son corps pour partir à l’opposé. Il combine ensuite le pivotement du buste vers la gauche à la détente de la jambe droite développant ainsi plus de puissance et accélérant sa gestuelle.»

Face à lui, la réaction, plus que l’anticipation, est la seule réponse, souvent impossible.

Dans le film d’ESPN, Ronaldo prouve que l’expression «le faire les yeux fermés» a un véritable sens en ce qui le concerne, en étant capable de marquer dans une situation d’obscurité à partir du moment où il a pu voir le tout début de la frappe de son partenaire qui lui passe le ballon. En aveugle, il anticipe la trajectoire du ballon en bougeant son corps avec précision dans l’espace et dans le noir. Il prend très vite une décision avec peu d’informations.

Il va vite sur le terrain, mais il va encore plus vite dans sa tête.

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