Monde

Le terrorisme caucasien n'est pas le djihad

Macha Fogel, mis à jour le 30.08.2009 à 11 h 54

La Russie a longtemps justifié par la lutte contre «le terrorisme international» ses actions et ses exactions.

Lors de la deuxième guerre de Tchétchénie, plusieurs experts et politiques français avaient affirmé qu'au fond, la Russie combattait dans la région un ennemi commun: le terrorisme islamiste. Un argument régulièrement brandi par le Kremlin pour justifier ses actions et ses exactions en Tchétchénie et dont il convient de questionner le bienfondé.

Une chose est sûre: terrorisme il y a, bien évidemment, en Russie. Dans les républiques «autonomes» de Tchétchénie, d'Ingouchie et du Daguestan, la situation s'est aggravée depuis quelques mois. Et cela même si en avril 2009, Moscou a déclaré que la situation étaient définitvement réglée en Tchétchénie, après avoir, en gros, tenté d'y éliminer toute la génération masculine des 15-45 ans. Cette semaine, quatre policiers ont été tués dans un attentat suicide à Grozny, tandis que le 17 août, en Ingouchie, un autre attentat faisait au moins 27 victimes civiles.

Selon le ministère de l'Intérieur russe, 948 attentats à l'explosif ont eu lieu en 2008, dont plus de la moitié au sud du pays — c'est-à-dire, dans ce que nous appelons le Caucase Nord. Dans cette zone se multiplient à la fois les meurtres de policiers, de fonctionnaires, de ministres, enfin, de tous ceux soupçonnés de soutenir le pouvoir central de Moscou, et les assassinats de journalistes et d'humanitaires.

Moscou répond en envoyant ses forces armées et en donnant d'avantage de pouvoir aux dirigeants qu'elle a nommés dans ces républiques. Elle justifie son attitude par la lutte contre le djihadisme mondial.

La deuxième guerre tchétchène a vu brandir d'avantage de slogans religieux que de revendications séparatistes. Et dans l'ensemble, certaines tendances ont pu laisser prédire une internationalisation du terrorisme tchétchène. En 2005, Abdoul-Khalim Saïdoullaïev, «président» du gouvernement clandestin tchétchène, tué par les Russes en 2006, a fondé un «Front nord-caucasien». Quant au chef de guerre Chamil Bassaïev, il comptait instaurer en cas de victoire un califat fondamentaliste s'étendant au-delà des frontières tchétchènes.

Ajoutons que des combattants islamistes non caucasiens ont bien rejoint les rangs tchétchènes, même si deux chercheurs, Emil Souleimanov et Ondrej Ditrych, estiment qu'ils n'ont jamais dépassé le nombre de 300. Enfin, Al-Qaïda a affirmé à plusieurs reprises qu'elle comptait bien sur le Caucase Nord pour lutter contre l'Occident. Ces faits n'inscrivent pourtant pas vraiment le terrorisme nord-caucasien dans le djihad mondial.

L'élimination de chefs du type Bassaïev a d'abord beaucoup contribué à faire passer de mode une attirance superficielle pour le «djihadisme global». Mais surtout, il semble clair que l'instabilité dramatique de la région caucasienne n'est pas tant due à la présence d'éléments islamistes qu'au caractère complètement sinistré de son économie. Le taux de chômage chez les jeunes Daghestanais est de 41%, 71% celui des jeunes Ingouches. La corruption est loi et la guerre de Tchétchénie a favorisé les trafics en tous genres dans la région. Le résultat est une délinquance généralisée, dont la frontière avec le terrorisme est des plus floues. Les vendettas entre clans, les affrontements de jeunes hommes désœuvrés et armés avec les forces armées russes et les réels actes terroristes se combinent pour rendre la zone extrêmement dangereuse.

Concluons sur une apparente contradiction de la politique étrangère russe. La Russie affirme lutter contre le terrorisme mondial mais cultive ses relations avec l'Iran, la Syrie, le Hamas palestinien. Tout en entretenant dans le même temps des liens avec Israël, les deux pays échangeant leurs expériences de la lutte contre les guérillas. On expliquera cette attitude en se disant qu'en diplomatie et par tradition, la Russie aime les positions intermédiaires.

Macha Fogel

Image de une: après l'attentat contre une caserne de Nazran, en Ingouchie, le 17 août 2009, qui a fait au moins 19 morts. REUTERS

Macha Fogel
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