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Les tatouages des prisonniers russes en disent long sur leurs crimes

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 10.01.2015 à 16 h 05

Repéré sur Der Spiegel, Vice, Mediapart, Huffington Post

Russian Criminal Tattoo Police Files. FUEL Design & Publishing

Bien qu'il soit interdit, le tatouage artisanal fait partie des grands classiques de la prison depuis des siècles. En Russie, les détenus avaient au XIXe siècle une culture du tatouage très particulière, leurs tatouages dépeignant leur carrière criminelle, comme l'explique dans un interview publiée sur le site de l'hebdomadaire allemand Der Spiegel le designer anglais Damon Murray:

«Ils sont comme un curriculum vitae. Les tatouages de prisonniers américains signalent l'appartenance à des gangs. Chez les Russes, au contraire, ils traitent de la biographie du criminel de métier. Pourquoi celui-ci est derrière les verrous, combien d'années il a pris, quelle est sa position au sein de la hiérarchie de la prison. Est-il agressif ou neutre, ses parents sont-ils encore en vie, quand a-t-il commis son premier crime?»

Fasciné par la Russie et plus particulièrement par les reliques de l'ère soviétique, Damon Murray étudie depuis plusieurs années la sous-culture carcérale en Russie, à laquelle il a consacré plusieurs ouvrages. Son dernier livre, Russian Criminal Tattoo Police Files, rassemble près de 200 clichés de criminels tatoués pris entre 1965 et 1985 dans des pénitenciers russes par un ancien policier russe aujourd'hui à la retraite, Arkady Bronnikov, comme le racontait Damon Murray au magazine Vice en octobre 2014:

«Cet expert en criminalistique a travaillé au Ministère Intérieur de l'URSS pendant plus de 30 ans, ce qui l'a mené à visiter des institutions pénitentiaires dans l'Oural et en Sibérie. […] Il a interviewé, photographié et recueilli des informations sur les détenus et leurs tatouages. Il a donc créé l'une des archives les plus complètes à ce jour.»

Des yeux tatoués sur le torse étaient par un exemple un symbole de pouvoir, explique Damon Murray:

«Je suis un criminel de haut rang, je regarde au-delà du séjour en prison et j'observe chacun d'entre-vous.»

Des symboles évoquant la rose des vents placés sur chaque épaule, comme les étoiles d'un général, sont également un signe de pouvoir et de dangerosité. Un serpent autour du coup signale la toxicomanie, une vierge à l'enfant indique que le premier crime de celui qui l'exhibe a été commis alors qu'il était encore mineur. Une église comportant plusieurs tourelles renseigne sur le nombre de séjours en prison du détenu, tandis que des symboles telles que la statue de la liberté ou l'aigle à double-tête signalent la haine du régime soviétique.

Certains tatouages sont également réalisés sous la contrainte pour imprimer une hiérarchie interne à la prison, comme l'explique Damon Murray:

«Des yeux sur le postérieur sont un stigmate, un signe pour les victimes de viol en prison. Du point de vue de la société carcérale, ces détenus ont perdu leur statut d'être humain. […] Il y a aussi d'autres tatouages que les détenus devaient porter lorsqu'ils ont perdu leur rang, sur le visage par exemple. Celui qui coopère avec l'administration de la prison recevait parfois une croix gammée sur la joue. Cela ne renseignait en rien sur ses convictions politiques, mais chaque détenu comprenait tout de suite : celui-là, c'est un marginal.»

Un autre livre consacré aux tatouages de prisonniers est sorti en 2014 en France : dans l'ouvrage Mauvais Garçons, Jérôme Pierrat et Éric Guillon rassemblaient 150 photos de détenus torse nu qui donnaient eux-aussi des indications sur leur statut social au sein de la geôle, comme Jérôme Pierrat le faisait remarquer sur Mediapart:

«Au premier regard, ces tatouages peuvent passer pour de vulgaires marques décoratives. Aux yeux des initiés, ils sont une véritable carte d'identité.»

Une autre collection de tatouages de détenus polonais a été «immortalisée» par la photographe Katarzyna Mirczak: celle du Département de médecine médico-légale de l'université Jagiellonian de Cracovie, comme le rapportait au printemps dernier le Huffington Post Québec. Un ensemble de morceaux de peau qui était prélevés sur les détenus à leur mort dans le but d'«identifier les possibles connexions entre eux».

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (344 articles)
Journaliste
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