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Golf: ça swingue sur la décharge

Yannick Cochennec, mis à jour le 27.08.2009 à 19 h 18

Sur ce parcours de milliardaire pour milliardaires, la caravane du PGA tour joue gros.

Cette semaine, le PGA Tour, le circuit professionnel de golf, fait une halte à New York, sur les fairways du Liberty National Golf Club, un parcours que fouleront notamment Tiger Woods et Phil Mickelson à l'occasion d'un tournoi baptisé The Barclays, en hommage à son sponsor principal.

Disputée du 27 au 30 août, cette épreuve est un véritable événement. Elle est le point de départ de ce qu'on appelle les FedEx Cup playoffs, un mini circuit de quatre tournois censé animer la fin de saison. Après New York, les meilleurs joueurs du monde s'arrêteront ainsi à Boston, à Lemont, et à Atlanta, en Géorgie. A chaque tournoi, 7,5 millions de dollars seront mis en jeu (1,3 million pour le seul vainqueur) ainsi qu'une énorme quantité de points qui servent à établir une hiérarchie baptisée FedEx Cup qui prend en compte tous les résultats du PGA Tour depuis le début de l'année. Sachant que les quatre tournois en question — ces fameux playoffs — distribueront beaucoup plus de points (en moyenne cinq fois plus) que tous les autres qui les ont précédés, ils vont s'avérer décisifs pour désigner, le 27 septembre, le grand vainqueur du circuit.

Contrairement à son confrère féminin, le LPGA Tour, en pleine déconfiture économique, le PGA Tour ne connaît pas (trop) la crise puisque le vainqueur de la FedEx Cup touchera, le 27 septembre, la bagatelle de... dix millions de dollars (7 millions d'euros). Oui, dix millions, somme astronomique, même pour Tiger Woods, actuellement en tête du classement, qui a déjà empoché 7,7 millions en 2009 (5,4 millions d'euros) et 90 millions (63 millions d'euros) sur l'ensemble de sa carrière (hors contrats publicitaires). Le deuxième se «contentera» de trois millions, le troisième de deux et ainsi de suite jusqu'au 125e et dernier qui recevra 70.000 billets verts pour tous ses efforts infructueux lors de la saison.

Un an presque jour pour jour après la catastrophe financière qui a mis Wall Street à genoux, c'est donc à New York, au Liberty National, que cette course extravagante aux dollars, la plus folle que ce sport a connue, va entamer son sprint final dans un lieu exclusivement réservé aux plus grandes fortunes de Big Apple. Le Liberty National, qui accueillera pour la toute première fois un tournoi du PGA Tour (autre raison d'avoir un œil sur ce tournoi), n'est pas, en effet, un club comme un autre. Exclusivement réservé à l'élite de Manhattan qui peut encore se permettre de faire partie d'un club comme celui-là, son seul droit d'entrée pour être membre est fixé à 500.000 dollars. Le Liberty National est, en fait, carrément l'opposé de Bethpage que je vous avais présenté lors de l'US Open.

Né en 2006, le Liberty National est l'incarnation du rêve de Paul Fireman qui a dépensé 250 millions de dollars pour le rendre possible. Fireman fait partie de ces milliardaires toqués de sport qui décident un beau jour d'investir une (toute petite) partie de leur colossale fortune pour se payer le droit de devenir l'un des personnages importants du football, du basket, du baseball, du tennis, du rugby ou du golf (Silvio Berlusconi et Milan AC, Roman Abramovitch et Chelsea FC, Paul Allen avec les Seattle Seahawks et les Portland Trailblazers). Avec, derrière la tête, l'idée d'organiser un jour un tournoi du PGA Tour - voilà qui est fait - et, plus tard, un tournoi du Grand Chelem, comme l'US Open ou le PGA Championship.

Fireman a fait fortune en rachetant (et revendant) après avoir hypothéqué sa maison, une marque anglaise alors en déshérence et qu'il a transformée en l'une des plus puissantes et reconnues (Reebok). Sa passion à lui, c'est le golf. Et le voilà donc qui s'offre, si l'on peut dire, le droit de recevoir « chez lui » le meilleur joueur de la planète, Tiger Woods.

Heureuse histoire car quand il a mis la main sur les 56 hectares de terrain sur lesquels sont disposés aujourd'hui les 18 trous, Fireman était tout simplement devenu le propriétaire... d'une décharge publique. Cette bande de terre, qui dépassait à peine le niveau de l'Hudson River qui la borde, était une sorte de dépotoir qu'il a carrément fallu décontaminer en raison des produits chimiques qui avaient longtemps séjourné là. L'endroit était également réputé pour avoir été le cadre de règlements de compte de la mafia qui y abandonnait régulièrement quelques cadavres. Mais Fireman a fait table rase de ce sinistre passé en faisant venir des centaines de milliers de mètres cubes de terre qui se sont ainsi accumulés pour rehausser de 13 mètres le niveau du sol sur lequel a été construit ce parcours confié aux architectes Bob Cupp et Tom Kite qui ont commencé à travailler sur le projet en 1992.

Lorsqu'on visite le Liberty National — ce qui m'est arrivé il y a un an au prix de longues démarches tant il est difficile de séduire le très difficile service de communication du club et de montrer patte blanche à la porte du club gardée par un très impressionnant service d'ordre — ce n'est pas le parcours, très plat, qui attire l'œil. C'est la vue extraordinaire qu'il offre sur les tours de Manhattan et surtout sur la Statue de la Liberté, toute proche, qui fait carrément partie du décor (particulièrement sur le trou n°2). Les chaînes de télévision vont à coup sûr se régaler dans un endroit aussi photogénique qui sera l'occasion d'une très belle mise en scène que les amateurs de golf ne devront pas manquer cette semaine.

Dans les gravats du club-house alors en construction, et qui a coûté 25 millions de dollars à lui tout seul, il était possible aussi d'imaginer le luxe qui doit être aujourd'hui celui des vestiaires pavés de marbre. A quelques mètres de là se situait l'embarcadère où arriveront ces jours-ci, en bateau, certains des spectateurs triés sur le volet quand il n'atterriront pas en hélicoptère.

Pour rentrer dans ses frais, même s'il ne s'en fait pas une obligation, le bonheur d'organiser un tournoi comme celui-là suffisant à son bonheur de milliardaire, Paul Fireman espère attirer environ 300 membres permanents. Il y a un an, il était loin du compte puisqu'ils n'étaient environ que 80 parmi lesquels l'ancien maire de New York, Rudolph Giuliani. «Nos membres ne doivent pas avoir le sentiment d'être trop nombreux», m'avait indiqué la personne en charge de me faire visiter l'endroit. Ce matin-là, il n'y avait que... quatre joueurs sur le parcours. Quatre privilégiés qui jouissaient de cette vue fabuleuse et de la présence de cette Statue de la Liberté qui semblait s'amuser avec eux. Prise de panique boursière, New York avait, au loin, mauvaise mine, mais, comme toujours, promettait de se réinventer, à l'image de cette ancienne décharge publique sur laquelle Tiger Woods, cette semaine, va marcher avec majesté.

Yannick Cochennec

Image de une: Tiger Woods au départ du trou 14, mercredi sur le parcours du Liberty National Golf Club. REUTERS/Gary Hershor

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